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Les préjugés se dissolvent lentement et dans l'eau douce Le mois dernier, nous avons publié un article où l'auteur, pour illustrer son propos, nous racontait une anecdote. Une soirée en boite où elle se retrouve à discuter avec une personne. Et « cette personne a l'apparence d'une femme, mais est-ce un homme ? Une femme ? Une transsexuelle ? Un travesti ? ». L'auteur n'avait pas eu la réponse, mais avait désiré cette personne. Qu'avions-nous fait là ??? Il semblerait que nous aurions dû au minimum exiger la correction de cette phrase, voire une remaniement du fond de l'article parce que tel quel, il était choquant. Mais nous ne l'avons pas fait. Alors quoi ? Les Fées seraient-elles devenues de méchantes transphobes qui considèrent qu'une femme d'origine transsexuelle est différente d'une femme et doit être listée à part ??? Non. Ah, c'est sûr : sortie de son contexte, cette phrase prête au minimum au doute. Mais plus je lis cet article et plus je trouve que non. Ce n'est pas de la transphobie. Pourquoi ? Parce que la Fée en question nous parle de comment elle s'est découverte lesbienne, il n'y a sans doute pas si longtemps que ça, comment elle s'est rendu compte qu'il lui fallait construire son identité. Et que, quand on est homo... la société nous renvoie une certaine image, surtout quand on se sent bien avec un look plutôt androgyne ; nous met, nous, les autres et nos désirs, dans une case. Mais le désir ne se laisse pas enfermer ni dans une case ni dans une autre. Cet article m'a touchée. Justement à cause de cette phrase maladroite. Aussi à cause de l'emploi du terme « homosexuelle », que je n'ai quasiment entendu que dans la bouche de femmes pas encore (ou toujours pas) à l'aise avec leur homosexualité, leur lesbianisme. Et parce que, au delà de son sujet propre (« être homosexuel ne résume pas toute notre personnalité et ne nous enferme pas dans une case »), il en dit tellement sur le cheminement, l'évolution de l'auteur entre la jeune femme hétéro que tout le monde était convaincue qu'elle était et la jeune femme lesbienne qui s'assume qu'elle est en train de devenir (tout cela n'est bien sûr que mon opinion sur cet article). Et il m'a rappelé moi à la même période. Et toutes les femmes, à peine sorties de l'adolescence ou déjà nettement plus âgées, que j'ai vues passer par là. Par cette phase où on se rend compte qu'on est lesbienne ou bisexuelle, où on commence à réaliser ce que ça implique, où on commence à voir tous les préjugés auxquels cela nous expose, puis les préjugés auxquels d'autres sont exposées... et où on se rend compte que nous sommes élevées dans ces préjugés, que nous en sommes bourrées et que ça craint. Alors on commence à les remettre en question ces préjugés sexistes, homophobes, transophobes, biphobes... sauf que bon, on est élevées dans cette société sexiste, homophobe, transophobe, biphobe... et on n'a jamais vraiment eu l'occasion de croiser les associations qui luttent contre ça... parce que bon... c'est pas facile de tomber dessus quand on sait même pas qu'elles existent. Alors, on arrive avec nos gros sabots au milieu de femmes et d'hommes qui sont militants, depuis des années, qui dissèquent ces préjugés, depuis des années, qui débattent de ces sujets, depuis des années. Et on commence à s'exprimer sur ces sujets, pour faire le point, pour faire le tour, pour évoluer, apprendre... avec notre vocabulaire issu de notre société sexiste, homophobe, transophobe, biphobe... Alors, forcément, ça fait contraste. On a le même vocabulaire que l'ennemi et on prétend être une alliée. Mais ça ne dure pas. Pour peu qu'on fréquente des endroits où peuvent arriver des « nouvelles », on a toutes été ou on sera toutes, confrontées à ce genre de situations. À ce genre de propos. Et nous avons le choix dans notre réaction : soit on les considère, du haut de notre expérience, littéralement, comme d'insupportables propos homophobes, transophobes, biphobes et nous exigeons le lynchage de cette suppôte du Malin soit nous nous souvenons. Nous nous souvenons que nous sommes toutes passées par là. Et que heureusement que nous sommes tombées sur des gens compréhensifs qui ont pris nos propos pour ce qu'ils étaient : une remise en cause de ces préjugés, des premiers pas dans un apprentissage. En ce qui me concerne, ce sont ces réactions bienveillantes, ces discussions calmes, ces explications de mes propres préjugés qui m'ont fait évoluer. On n'apprend rien à personne en hurlant. Des réactions épidermiques et violentes à des propos maladroits par ignorance ou par manque d'habitude, j'en ai vu et j'en vois tous les jours. La parution de cet article en a encore apporté son lot. Et même si ça peut faire paraître mes opinions ambiguës ou douteuses, je serai toujours aussi indulgente envers les maladroites que je suis dure avec les intolérantes... et celles qui lynchent. Parce que les premières me semblent aller, cahin-caha, vers plus d'ouverture d'esprit, alors que les secondes s'en éloignent. Clairement. Alors, mes surs, avant d'hurler à l'intolérance, faisons un effort de mémoire, essayons de voir à qui nous avons affaire. Et restons calmes. |