Notre corps nous appartient !

"  Notre corps nous appartient " criaient les féministes qui luttaient pour qu'enfin on leur donne le droit de ne pas être seulement des mères !
Le droit des femmes à disposer de leur corps était pourtant loin d'être gagné et pour tout dire, on en est encore bien loin... Bien sûr aujourd'hui le droit à l'avortement et la contraception semble acquis en Europe, exception faite de l'Irlande.
Mais qu'en est-il des mentalités qui, loin des lois, régissent la vie quotidienne des femmes dans leurs rapports avec les hommes ? Qu'en est-il de ce passage quasi-obligatoire de la plupart des femmes par le viol ou l'agression sexuelle ?

En 2002 êtes vous vraiment sûres, mesdames que votre corps vous appartient ?
Le Pen ne remettait-il pas en cause, il y encore quelques semaines cette idée que l'on croyait irréfutable ?
Si notre corps nous appartient dans les lois, dans les mentalités, il reste ce qu'il à toujours été : un objet de jouissance masculine dont chaque homme peut disposer au moment qui lui convient avec ou sans notre consentement.
Et pourquoi toujours le corps, alors que bien peu d'hommes au cours de l'histoire ont remis en question les capacités intellectuelles des femmes.
Pour comprendre ce paradoxe de la pensée patriarcale, il faut revenir aux pratiques du néolithique ou se pencher sur les mariages arrangés qui, sous nos yeux transforment chaque jour nos copines de lycée ou de fac en banales marchandises.

L'impossibilité des hommes à procréer, leur incapacité à pouvoir assurer seuls la survie de l'espèce, a fait de nous, d'abord un objet d'échange entre tribus, puis, les tribus devenant de plus en plus petites, ce sont les familles qui ont pris le relais.
L'échange de la vie contre d'autres marchandises, un beau départ pour le capitalisme !
L'occident a progressivement abandonné ces pratiques, un peu à cause de leur aspect barbare, beaucoup parce le boom démographique allait difficilement de pair avec la croissance économique.
Cette idée nous a laissées le pire des reliquats : le viol…

Encore à ce jour, l'arme suprême de la colonisation " nous vous prenons vos terres, vos biens, et en plus, tous les enfants qui naîtront seront de notre sang ". Le viol reste à jamais une histoire de territoire, un tout petit territoire qui est celui de notre survie, et qui s'appelle le corps.
La première nécessite du viol, c'est la pénétration - l'on rentre dans un espace sans y être autorisé et là, pas de quartier, il n'est pas nécessaire d'être une femme , mais d'avoir un orifice susceptible d'être pris d'assaut. Il est pourtant étrange de constater que quiconque, homme ou femme, qui est violé est considéré comme une femme ou assimilé. Le viol fait disparaître la répartition des genres en fonction des morphologies. Ici, rien à voir avec la sexualité, s'il s'agit de plaisir, c'est celui du dominant sur le dominé . Le viol est l'antithèse de la sexualité, le contraire d'une sexualité d'échange ou de plaisir, une ivresse de pouvoir qui ne s'exerce que sur les plus faibles que soi - femmes, enfants, hommes jeunes, de petite taille ou simplement seule contre plusieurs. Cette menace qui pousse certaines d'entre nous à ce cacher, à raser les murs le soir, à éviter les transport en commun, n'est rien d'autre qu'une menace de guerre.

Si j'écris cet article un peu touffu - mais le sujet n'est pas simple ! - , ce n'est pas parce que, moi aussi, j'ai été la proie d'une bestiole à organes génitaux externes - le terme d'homme me semble insulter l'humanité - , qui se disait qu'il était plus simple de se donner l'impression du pouvoir devant une gamine de 14 ans tout en se vidant les couilles, que devant la société pour laquelle il était un looser. Cinq d'analyse ont dénoué la toile dans laquelle cette bête immonde m'avait faite sombrer. Mais plutôt parce que je sais qu'il y a sur ce site, et partout dans le monde, des jeunes filles, des femmes, des hommes et des enfants qui continuent à se terrer dans le silence, rongés par une peur et une culpabilité irrationnelles. Des enfants qui comme moi il y a des années n'oseront pas le révéler à leurs parents, de peur de subir les insultes de ceux pour qui la loi du plus fort est toujours la meilleurs.
Parce que l'amour n'est pas la guerre, parce que les femmes ne sont pas des marchandises, parce que vivre en société n'est pas un combat d'arrière-garde, il nous faut sortir sans honte et monter au grand jours les cicatrices de cet holocauste qui détruit la moitié de l'humanité au cris de : " toutes des salopes ! ! ! "

Karole

P.S. : c'est en écrivant cet article que je réalise à quel point il est difficile d'en parler !