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Quand je suis arrivée sur Toulouse pour finir mes études, deux choses se sont produites. J'habitais enfin seule, à plus de 600km de mes parents, je pouvais donc enfin envisager de vivre ma vie de lesbienne. Mais en même temps, j'ai eu tellement de boulot que ça m'a fourni une bonne excuse pour ne pas le faire... Bref j'ai passé les deux premières années de ma vie toulousaine dans une cellule monacale dont j'avais moi même fermé la porte. Et puis la dernière année de mon cycle d'études est arrivée et j'ai eu la bonne idée de vouloir faire deux années en une (toujours plus maline que les autres). Et je me suis vue devant une telle marée de travail, de stress, que supporter en plus la solitude était carrément inenvisageable. Alors je me suis lancée. J'avais acheté l'année d'avant un joli guide lesbien, où le Bagdam Cafée de Toulouse était chaudement recommandé. J'étais revenue exprès de vacances une semaine avant la rentrée histoire de pouvoir y aller tous les soirs pour m'acclimater. J'étais prête. Le jour dit je me présentai donc, stressée mais décidée, à 18h sonnantes (heure indiquée sur mon guide) à la porte du Bagdam. Qui était fermée. « Ça commence bien » me dis-je avec mon optimisme habituel. Je fis donc un tour du patée de maison et décidai de boire un café ailleurs en attendant. Une demi-heure après, j'y retournai. Toulours fermé. Elles étaient vachement en retard ! Re-tour du patée de maison, montée de stress notable et dix minutes plus tard, retour vers le Bagdam où je vis s'engouffer une jeune femme. Que je me hatai de suivre en maugréant quelque chose comme « C'est pas trop tôt ». Le cœur battant, j'entrai dans mon premier bar lesbien. Complètement vide. Avec une serveuse qui me regardait comme si j'étais un supporter de rugby venant faire le kéké chez les gouines. Tremblante mais décidée je filai m'asseoir à une table et regardai la serveuse installer le bar sans me prêter plus d'attention qu'à une chaise. Il y avait des programmes sur la table que je lus, avec attention, jusqu'aux horaires d'ouverture, qui précisaient bien que le Bagdam était ouvert à partir de 19h… Il était 18h45. Comme je pus le constater ce soir là et tous les soirs de la semaine, les filles n'arrivaient pas avant 20h. C'est dire si je suis restée comme une conne toute seule à ma table, cherchant ostensiblement à m'occuper, sans même oser me lever pour feuilleter les revues qui trainaient, jusqu'à ce qu'il y ait un peu de monde. Et puis Sylviane, la chef du bar du Bagdam Cafée est arrivée et très vite elle m'a crié quelque chose comme « Eh ben alors, vous n'allez pas rester toute seule comme ça ! Venez donc avec nous ! ». Et je fus accueillie et sauvée. Cette année là et les suivantes, j'ai passé quasiment l'intégralité de mes week-ends au Bagdam Cafée, devant et derrière le bar, aux soirées littéraires, aux fêtes mensuelles,… J'y ai appris beaucoup, rencontré une foule de femmes, de tous ages, de tous horizons, ce qui était une véritable bouffée d'oxygène à côté de mon école-couvent. J'y ai trouvé une deuxième famille (ne riez pas je vous prie !). Et puis le Bagdam Cafée a fermé. Ses adhérentes se sont dispersées. Ça ne m'a pas trop affectée parce qu'à l'époque j'avais de nouveau beaucoup de travail. Et puis j'avais commencé une relation de couple qui me prenait l'essentiel de mon temps libre. Et puis il y avait d'autres lieux quand nous voulions sortir. Et puis nous avons toutes les deux commencé un travail plus prenant, alors nous sortions moins. Mais quand même, dans les lieux où nous allions, ce n'était pas pareil. On aurait dit qu'il y avait moins de groupes qui se formaient dans le bar lui-même. On y venait en bande et on restait scotchées ensemble. Celles qui y venaient seules en repartaient seules sauf si elles n'étaient pas timides. Bref quelque chose manquait, alors nous sortions moins. Et puis cette relation de couple s'est arrêtée. Et j'ai passé de longs mois à refaire surface, à digérer tout ça devant ma télé. En me disant que quand même je devrais faire des efforts pour me reconstruire une vie sociale. Mais j'étais amorphe. Et puis de rumeurs ont couru et se sont précisées : Sylviane, la chef du bar du Bagdam, ouvrait un nouveau lieu, un café culturel et ça avait l'air sympa. Alors j'ai rassemblé toute mon énergie, me suis renseignée sur l'adresse et les horaires d'ouverture après travaux et je me suis lancée. J'étais prête. J'y ai retrouvé toutes mes vieilles connaissances, persuadées que j'avais quitté Toulouse, heureuses de me revoir. J'y ai retrouvé un tabouret de bar où poser mes fesses et des serveuses avec qui papoter toute la soirée si je suis toute seule. J'y ai retrouvé ce sens de l'accueil que j'apprécie tant. Je suis rentrée à la maison. Et en bonne fille prodigue, on m'a reçue à bras ouverts. « Mais pourquoi elle nous raconte sa vie ?, vous entends-je râler d'ici, Un nouveau lieu a ouvert à Toulouse, certes, et après ? ». Eh bien, lectrices de mon cœur, si je vous raconte tout ça c'est parce que je voudrais vous convaincre de quelque chose. La vie de lesbienne n'est pas toujours facile. Surtout quand on est célibataire. Ça peut être sclérosant de faire la navette entre un boulot où on est souvent entourée d'hétéros à qui on ne peut pas toujours tout raconter et son chez soi accueillant mais parfois un peu vide. Non, la vie de lesbienne n'est pas toujours facile, mais elle est beaucoup plus douce quand on s'est trouvé une deuxième famille. Une à laquelle on n'a pas a expliquer ce qu'est une lesbienne. Bref, si vous ne connaissez pas d'endroit aussi chaleureux que ceux que j'ai eu la chance de trouver sur ma route, mettez vous en quête tout de suite. Et s'il n'en existe pas dans votre ville… eh bien créez le ! Vous verrez : c'est vital.
P.S. : Donc, si vous avez bien suivi, dorénavant le week-end, vous
me trouvez à Folles saisons
(pub !).
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