Retour vers le futur ?

C'est drôle, ce matin, en sortant les chiens, une drôle d'impression m'a saisie... Il était tôt, il y avait peu de monde dans les rues , et malgré mon grand âge, je me sentais jeune, si jeune... l'agent de police en pélerine m'a saluée... je croisai ensuite deux jeunes curés en soutane, la concierge d'â côté balayait devant sa porte en blouse à carreaux, et soudain, un grand bruit au carrefour... une 403 Peugeot venait d'emboutir une Simca 1000...
Houlà... je venais de comprendre... c'était l'effet Raffarin...

Je venais de faire un saut de plus de 30 ans dans le passé... la France était alors bloquée sur 2 vitesses... le ron-ron tranquille des notables endormait les français bien tranquilles, bien rangés dans leurs petits placards hérités de Vichy. Les mentalités restaient petites, étroites, les femmes étaient à leur place, les homosexuels, ces monstres, n'osaient pas se montrer... manquait plus que ça... Pis, les immigrés, notamment ceux d'origine algerienne, ils avaient intérêr à se faire tout petits... on était chez nous quand même... Pendant que tout ça me tournait dans la tête, je me disais qu'il y avait un truc qui ne tournait pas rond... Il manquait quelque chose à ce monde aseptisé sorti tout droit d'Amélie Poulain... mais quoi ? c'est comme si mon cerveau avait été anesthésié... mais qu'est-ce qu'ils m'avaient fait ?? Ca tournait dans ma tête pendant que je cherchais le chaînon manquant... tout semblait si... anodin, si ronronnant... oui, il manquait un truc... mais quoi ?

Je fouillai la poche de mon jean à la recherche de mon briquet... quand mes doigts se refermèrent sur un bout de papier... je le défroissai, avidement, à la recherche de l'indice qui me ferait sortir de cette spirale... un tract... pour une manifestation le 1er mai 2002... tout se mit à tourner, et d'un coup mon cerveau fut assailli d'images... j'ai 18 ans sur le boulevard Saint-Michel, un jour de Mai 68, un rouquin appelé Cohn Bendit haranguait la foule devant la Sorbonne, une course folle avec des CRS derrière, des baisers échangés en riant avec une fille blonde, un corps qui n'était pas encore le mien, des écrans de télévision avec des bombes s'abattant sur le Viet-Nâm, une jeunesse plus belle que jamais avec des cheveux partout et des rires d'enfants, des petits livres rouges, des femmes qui commençaient à parler, à réaliser que leur place était à prendre, 343 "salopes" qui signaient un manifeste pour disposer de leur propre corps, le "Front Homosexuel pour une Action Révolutionnaire" qui envahissait les Beaux-Arts, des Gouines Rouges et des Gazolines matraquant les CRS avec des saucissons, des chants, un espoir, un monde qui refusait la guerre, la haine et la violence, une musique qui protestait, qui prenait aux tripes, des nazillons exangues, insignifiants... des petites pilules qui faisaient voir de jolies couleurs, et d'autres qui permettaient aux hommes et aux femmes d'avoir des enfants désirés, des herbes qui faisaient rire, un monde en voie de changement, un monde qui faisait l'amour... Un monde où il était impensable que le ridicule député poujadiste, la grande gueule de la corpo de droit, adepte des beuveries et des bagarres de rue, avec un bandeau sur l'oeil aie une quelconque influence dans ce pays, où il était inimaginable qu'il atteigne le deuxième tour d'une élection présidentielle... Puis les années de plomb, le no-future qui s'installe, le train-train, j'arrive à 30 ans quand la gauche gagne en 1981, je la fête place de la Bastille, en fumant un énorme joint, appuyée sur un car de flics, cette gauche qui, aprés une période d'euphorie qui verra abolir la peine de mort, dépénaliser l'homosexualité, libérer les ondes en laissant se créer les radios libres, celles qui n'étaient pas encore commerciales, bref, des réformes structurelles qui semblent répondre aux attentes de ceux qui l'avaientt élue, cette gauche qui va baisser les bras, oublier qu'elle a triomphé sur une petite phrase "Changer la vie... ", cette gauche qui va passer du rêve à un pragmatisme, qui, certes, réjouit les traders, mais laisse sur le bas-côté celles et ceux qui lui ont donné la victoire. Le communisme moribond qui pousse son dernier soupir tandis que les ultimes fragments du mur s'effondrent au son des guitares de Pink Floyd... la gauche perd ses repères, la population ne se reconnaît plus en elle, se jette dans le consumérisme... le triomphe de l'arrivisme... la génération Tapie exhibe ses billets verts à la face d'une France déboussolée, s'accrochant à un "rêve américain" au petit pied... fait miroiter une dérisoire image de" winner"... pendant ce temps, les "losers" se jettent dans les bras de Lady Heroin ou de Sister Morphine... Les gays paient leur lourd tribut au sale virus que les médias sensationnalistes appellent déjà le "cancer gay", pour avoir juste voulu aimer selon leurs codes... la musique se fait violente, désespérée...
et la bête immonde qui monte, qui monte... le quart-monde s'installe dans la pauvreté, et le tiers-monde crève sous la dette... J'ai 40 ans et le fossé se creuse, les "winners" accroissent leurs performances le nez dans la coke et leur musique vomit ses paillettes sur les traces de la Jet-Set...
les petites filles deviennent des lolitas et les adolescentes des bimbos...les banlieues des laissés-pour compte brûlent... et la bête immonde qui monte, qui monte... Quand j'atteins mes 50 ans, le monde tourne autour de la braguette de Clinton... qui cède la place au serial-killer texan et sa bande d'intégristes et d'homophobes...De l'autre côté, les autres tueurs en série enturbannés

font aussi leur sale boulot et les femmes subissent encore... . des jusqu'au-Boutinistes qui veulent mettre "les pédés au bûcher" Un monde qui se perd, une Europe qui redécouvre, avec Haïder, Berlusconi, Le Pen qu'elle peut encore se jeter dans las bras du fascisme, une gauche qui a perdu la mémoire... la mémoire ? mais oui !!! je l'ai retrouvée... et si tout le monde en faisait autant, retrouvait le chemin... ensuite, je ne sais plus.. je me suis réveillée en sueur, avec mon corps à moi, avec mes 52 ans... réveillée par France Infos...

G mal à la têeeeeeeeeeeeeeeeeete... faut que je freine le Bloody-mary, moi... j'fais de ces rêves, après...

Ioanna