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Women Only Souvent, quand on la voit de l'extérieur, sans l'avoir expérimentée, la non-mixité féminine repousse, effraie, intrigue, attire parfois, fait fantasmer aussi, mais indiffère rarement. Il me semble, d'après ma propre expérience, que la non-mixité, lesbienne ou non, si elle n'est certainement pas la condition sine qua non au développement personnel de toutes les femmes, n'est absolument pas sclérosante. Au contraire, elle peut être libératrice et épanouissante. Je ne parle pas de la non-mixité séparatiste, qui est perpétuelle, strictement respectée au quotidien (tout rapport social avec un homme étant soigneusement évité, jusqu'à des comportements quasi-pathologiques, plus phobiques que constructifs), motivée par un malaise face aux hommes, par un choix "en creux" et non par un projet positif. Cette non-mixité-là me semble une fuite car, à terme, elle entretient les peurs, attise les fantasmes (pas les fantasmes érotiques, évidemment). L'Homme est stigmatisé, diabolisé, on lui attribue les pires défauts, surtout ceux que les femmes sont censées ne pas avoir et on lui dénie les qualités dites "féminines". Bref : on le construit en négatif et on se construit de même, par comparaison forcément "lésante" pour l'un des deux groupes. L'Homme/norme est l'Homme absent, en fait omniprésent puisque imaginé comme parangon de la médiocrité humaine, histoire de se sentir supérieure, puisque femme... La non-mixité séparatiste est son propre projet et n'a rien de constructif que sa stricte observance, elle est fin plus que moyen. Je parlerai
ici de non-mixité volontaire, choisie, pas de harem ou autre gynécée
où les femmes seraient enfermées par autrui, ni de la cuisine familiale
à la fin du réveillon de Noël. Je parlerai de la non-mixité pour ce
qu'elle offre et non pour l'échappatoire qu'elle représente ; de cette
non-mixité créatrice, voulue comme matrice d'un projet, qu'il soit
artistique, politique, convivial ou les trois. Je parlerai de la non-mixité
comme moyen et non comme fin. Tout d'abord,
n'oublions pas qu'historiquement en France, la non-mixité fut synonyme
d'autonomie pour les femmes (Mouvement de la Libération des Femmes).
Cette non-mixité fut la conséquence directe du besoin très net d'affranchissement
de la pensée féminine. Elle concrétisa immédiatement cet affranchissement
et fut une caractéristique très puissante de ces mouvements féministes
: les femmes n'étaient plus seules entre elles. Ce rejet
de la non-mixité féminine provient aussi, plus concrètement, du fait
que la non-mixité féminine doit se dire clairement pour être effective
(elle doit être écrite dans les statuts de l'association, sur un panonceau
à l'entrée du concert), elle résonne, elle se pose et s'impose. Elle
paraît donc agressive et revancharde. La non-mixité masculine, quant
à elle, existe souvent de fait et n'a pas besoin de s'annoncer (clubs
de sports, de chasse, certains bars et pas seulement des bars gays),
elle va de soi. Bien sûr les femmes font progressivement leur entrée
dans ces lieux, mais elles restent minoritaires. Cela dit, Messieurs,
lorsque la parité sera effective, vous aurez le droit de re-créer votre
non-mixité. Dans un premier temps, certes ce désir de se retrouver "entre femmes" peut être motivé par la recherche d'un cocon, d'un lieu de protection. Une protection contre un monde trop masculin ou vécu comme tel en tout cas, un monde où sa propre féminité ne peut s'exprimer pleinement, sereinement (quelques exemples). De plus, lorsqu'on se "découvre" lesbienne, on se retrouve ou plutôt on se perd, hors de la féminité enseignée par la famille, la société, la culture, la religion… On n'aura ni mari, ni robe meringue, peut-être pas d'enfants ! Pas facile alors de se construire positivement en tant que femme. Les lieux
non-mixtes ouvrent des espaces hors de la référence masculine, parfois
ressentie comme omniprésente, "omnipesante" (tous ces préceptes qui
nous mettent la pression dès le bac à sable "une fille doit toujours
être meilleure qu'un garçon pour être prise au sérieux", je n'ai jamais
entendu qu'un garçon devait être meilleur qu'une fille pour être pris
au sérieux, moi...). Cette absence de référence masculine (pour les
comportements, les propos, l'habillement, la façon de manger, que sais-je
?) signifie aussi pas de frontière, pas de repère non plus. C'est une
barrière (à la fois limite et soutien) qui disparaît. Il faut bien alors
trouver ses propres définitions de la féminité, en dehors du paraître
immédiatement perceptible, ce que j'appelle "les caractères sexuels
tertiaires", à savoir tout ce qu'une femme est censée faire ou avoir
l'air d'être pour être considérée comme une digne représentante du charmant
sexe faible… C'est peut-être moins facile à court terme, puisqu'il
ne suffit plus de se conformer aux attentes sociales (maquillage, habillement
féminin, propos châtiés, taille fine, régime hypocalorique, voix chantante,
bijoux, maternité, etc.), mais quelle épanouissement lorsqu'on réussit
à être soi au-delà de ce carcan ! Ces espaces
féminins nous présentent des femmes et non plus un modèle de Femme,
des femmes heureuses, malheureuses, épanouies ou aigries, drôles ou
sans humour, mais des femmes toutes différentes, qui nous démontrent
que l'ont peut se construire hors de la norme hétérosexiste.
Alors Merci
à vous toutes pour votre diversité, vos choix, vos rebellions, vos concessions,
merci de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. |
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