Pourquoi j'irai
à la Lesbian and Gay Pride

 

J'ai du mal à me rappeler quand était ma première LGP, même si ce n'est pas si loin... moins de dix ans. Mais je sais que depuis j'ai participé à toutes les LGP qui sont passées à ma portée, et que je le ferai encore cette année.

Je me rappelle très bien mon premier défilé. J'étais montée à Paris, encouragée par des copains du net, avide de rencontrer enfin plus d'un homo à la fois, en vrai, et de rencontrer enfin des lesbiennes comme moi, sûres de savoir où elles habitaient amoureusement. Enfin bref, de sortir de mon isolement de jeune oie blanche lesbienne qui ne sait pas trop où trouver les copines mais qui commence à se sentir seule...

Je suis arrivée en avance au départ de la manif et, rien que le fait de traverser un quartier de Paris où des couples profitaient de l'imminence de l'événement pour se tenir la main en public, où des mecs en string finissaient de préparer des chars sous le regard surpris des passants, ça a illuminé ma journée. Une fois sur la place où on devait se rassembler, j'ai trouvé qu'on était déjà beaucoup... et qu'il y avait nettement moins de drag queens et de gens à poils qu'à la télé ! Et puis je nous ai trouvés beaux et souriants...

Et puis on est partis... on a marché quatre heures dans les rues de Paris, il y avait du soleil, des chars, de la musique à fond, des gens qui dansaient, des hétéros qui nous regardaient, parfois méchamment, parfois gentiment... et partout des sourires, partout des yeux qui disaient qu'ils étaient contents d'être là. Et puis cette diversité : beaux, moches, jeunes, vieux, grands, petits, gros, minces, noirs, blancs, à pois, à rayures... enfin je nous voyais, autrement qu'à la télévision ! Enfin j'étais parmi les miens. Enfin je n'étais plus isolée.

Je me souviens encore de l'arrivée à la place de la Bastille, qui s'est remplie lentement jusqu'à être noire de monde... je ne pensais pas un jour voir plus de 50 000 homosexuels à la fois. Ni en être émue à ce point.

Oh bien sûr, avec les années, la LGP a un peu perdu de sa magie... je trouve toujours dommage que la télé ne filme que les drag queens et les gogo boys, qui ne demandent que ça... j'ai toujours un peu de mal à voir la place dans une manifestation profondément revendicatrice des affiches 4x3 des " 36 15 j'encule "... ça m'embête de voir que les slogans politiques sont moins nombreux que les pubs... ça m'amuse moins de marcher 4h en plein soleil....

Et pourtant j'y retourne ! Parce que la LGP est encore la seule manifestation annuelle qui nous permet de nous montrer au monde tel que nous sommes, de montrer aux hétéros que nous sommes des êtres humains comme eux, que nous ne sommes pas malheureux, malgré leur homophobie, que nous sommes leurs frères, leurs soeurs, leurs pères, leurs mères, leurs cousins, leurs médecins, leurs plombiers, leurs profs... Parce que ça fait du bien, une fois par an, d'avoir l'impression de ne plus être isolés dans nos bars ou chez nos amis, et que c'est bon de voir plusieurs milliers d'homosexuels heureux en même temps. Parce que ça fait un bien fou de faire la nique aux homophobes sans avoir peur de se faire casser la gueule illico.

Parce que je me dis aussi que dans cette foule, il y a de très jeunes (ou moins jeunes) homos dont c'est la première LGP, pour qui c'est la première fois qu'ils osent sortir à découvert et se revendiquer publiquement homo. Des jeunes ou des moins jeunes qui seront comme moi émus de nous voir si nombreux et si souriants, qui ont besoin de nous voir si nombreux et si souriants. Et puis pour tous ceux qui ne pourront pas être là, parce qu'ils ont peur que leurs parents sachent et les rejettent, parce qu'ils ont peur que leurs voisins, leurs patrons, leurs " amis " leur fassent des misères, et qui regarderont le défilé à la télé, avec leur coeur gros, et qui ont désespérément besoin de nous voir nombreux, heureux et forts ensembles.

Voilà pourquoi à chaque fois que j'en aurai l'occasion, j'irai défiler dans les rues de nos villes, avec un t-shirt idiot du genre " Ma mère est hétéro mais je l'aime quand même ", et je soufflerai dans mon sifflet à en vriller les tympans de Christine Boutin, et je sourirai aux caméras, et je leur expliquerai qu'on serait parfaitement heureuses en tant que lesbiennes si les hétéros voulaient bien être moins homophobes, et j'apprécierai de me retrouver au milieu de centaines ou de centaines de milliers d'homosexuels de tous poils, et je rentrerai fourbue, brûlée par le soleil, les pieds en compote mais HEUREUSE !

Et voilà pourquoi je pense que nous devrions toutes faire de même.

Alors, vous, vous mettrez quoi pour votre prochaine Lesbian and Gay Pride ?

 

Carole


Les Lesbian and Gay Pride 2000 en France :

Angers  : 27 mai
Bordeaux : 3 juin
Lille : 17 juin
Lyon : 17 juin
Marseille : 1er juillet
Montpellier : 3 juin
Nantes : 10 juin
Nice : 8 juillet
Paris : 24 juin
Poitiers : 1er juin
Rennes : 17 juin
Rouen : 27 mai
Toulouse : 17 juin



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