Fées du Logis est une revue menstruelle qui manie allègrement
les mots, les images et aussi, parfois, quelques idées. Régulièrement
vous y découvrez de nouvelles pages, de nouvelles plumes, de
nouvelles rubriques… Ce mois-ci dans les nouveautés, une nouvelle
rubrique : La Photo du Moi !
Comme il ne faut jamais laisser traîner ce genre d'idées
lumineuses qui pourraient tomber entre de mauvaises mains, on attaque
dès ce numéro d'été. Pour la prochaine
édition il y aura peut-être un peu de retard, mais ce
n'est que naturel en cas de vacances, de grossesse ou de ménopause,
phénomènes naturels du corps du Moi de la femme qui
vit et évolue...
Sur la Photo de ce Moi, un nombril, centre du monde par excellence,
unique et multiple, marque indélébile du lien du Moi
avec la mère (tiens on pourrait faire une rubrique complète
sur la mère du Moi... tout un programme !). Un nombril
donc, cicatrice qu'aucun chirurgien n'a jamais cherché à
dissimuler comme si le lien du Moi à sa mère devait
rester marqué dans sa chair pour ne jamais l'oublier (la chair
ou la mère ? je crois que je ne suis pas très claire...).
Cette photo est à n'en pas douter l'image du Moi originel (original ?).
Quand j'étais une toute petite fille innocente (oui, je sais,
c'était y a longtemps...) je croyais que c'était par
là qu'on faisait les bébés. Eh bien non !
Le bébé ne sort pas par là ! (sisi j'vous
assure !). Par contre c'est bien par ce petit trou mal rebouché
que la mère alimente l'embryon de Moi dans son ventre. À
ce stade ce n'est qu'une ébauche de Moi, une petite chose encore
indifférenciée, indifférenciable qui ne deviendra
un vrai Moi qu'après la sortie du ventre (woww ! de l'air !)
et la coupure du cordon justement. Et de la coupure naîtra le
nombril. Pour couper le cordon entre le Moi et sa mère il y
a tout un tas de méthodes (avec ou sans nud, avec des
pinces, avec des ciseaux, avec les dents...), mais au final, il se
dessèche et il tombe tout seul... normalement... (hein ?
à 40 ans vous n'avez pas encore coupé le cordon avec
votre mère ??? et ça vous gêne pas pour marcher ?).
Mais laissons tomber le cordon (et la mère) pour nous intéresser
plus précisément à notre Photo du Moi et à
notre Nombril... Je me suis toujours demandé pourquoi on le
considérait comme le centre du corps. D'abord il est en surface,
alors pour être le centre d'un corps en 3 dimensions (au moins !)
c'est un peu difficile. D'un point de vue purement géométrique
je ne suis pas du tout convaincue qu'il représente bien le
centre de tous les corps (à part peut-être sur les statues
grecques, mais ces proportions parfaites sont peu répandues
dans la nature). Quant à la physique (même pas quantique !)
le centre de gravité du corps ne se situe pas au niveau du
nombril, mais juste un peu plus bas (oui, là, plus bas, encore
un peu... Oui !).
Admettons cependant. Ne connaissant pas de manière très
précise la géométrie variable du Moi, je veux
bien admettre que le nombril en est le centre. D'ailleurs, je ne sais
pas vous mais moi je lui tourne souvent autour... et je n'en ai toujours
pas fait le tour complet (du nombril du Moi) ; d'aucuns appellent
ça de l'introspection, d'autres de l'égocentrisme, il
n'en reste pas moins que c'est un sport pratiqué par plus de
monde que le tour de France. En solitaire ou en équipe, la
course au nombril semble être un voyage au long cours sans ligne
d'arrivée qui nous fait tourner en rond et en bourrique sans
que jamais on ne songe à abandonner.
L'été est la... Le temps de s'arracher à la contemplation
du Moi... Le temps du corps de la femme... Laissons le Moi tranquille
pour une fois et ne gardons que les aspects ludiques de ce petit cratère
aux bords ourlés délicatement. Laissons de côté
les interminables questions du Moi qui tourne en rond et concentrons-nous
sur la réalité fantasmatique que l'ombre portée
par le soleil offre à cette petite grotte. Laissons les gouttes
de sueur perler, glisser, hésiter, pour finalement basculer
dans ce petit lac si tentant où on voudrait s'abreuver sans
fin. Abandonnons un peu le Moi et plongeons délicieusement
dans le Toi.
Viens... on part en vacances...