Je sais pas vous mais moi, j'ai très longtemps détesté
faire la sieste. Comment ce peut-on abhorrer moment si délicieux
vous entends-je déjà récrier ? On se calme !
La première qui me traite de "débileé se
prend un coup de tête en pleine poitrine comme y fait Zizou
quand on l'énerve, d'abord j'ai pas dit que j'avais pas changé
d'avis ensuite j'explique avant le carton rouge.
Ma mère (« Maman je t'aime ») était
une femme très pragmatique, considérant que ce qui n'était
pas dormi la nuit devait l'être le jour, m'imposa le repos salvateur
bien au delà des règles communément admises.
Imaginez moi la bouche pleine de dents définitives expliquer
à mes copains que je pourrai pas venir rejouer avant 16 heures
et les entendre juste sous ma fenêtre décider qui sera
le gendarme ou le voleur sans pouvoir hurler que c'est pas juste,
que c'est toujours le même qui choisit (alors que normalement
c'est moi.)
Imaginez moi rater ma cérémonie de mariage savamment
préparée depuis des jours, passer 10 tours à
la marelle ou être déclarée forfait au concours
du saut de marches d'escalier (oui j'étais très polyvalente
en ces temps reculés.) Rien que d'y repenser, j'en pleurerais
encore ! Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse
ennemie, j'aurais bien aimé dormir la nuit si j'avais pas eu
aussi peur et que quelqu'un s'inquiète de savoir pourquoi.
Quand d'autres s'endormaient la tête pleine de contes de fées,
trépidantes d'impatience de se faire bécoter au petit
matin par un prince charmant sur son blanc destrier, je partais au
lit avec la millième histoire de sorcellerie normande que nous
contait ma mère à la veillée, quand Belfégor
n'était pas au programme télé. Bon, au deuxième
étage, je concède c'était pas gagné le
bourrin mais le Père Noël qui passe dans la cheminée
du chauffage central c'est pas mieux hein et tout le monde y croit.
(Si vous aussi reconnaissez le, bande de faux-culs.)
C'est plus à reculons qu'un condamné sur la route de
l'échafaud que je regagnais ma couche soir après soir,
convaincue qu'un suppôt de Belzebuth viendrait m'y cueillir
au moindre relâchement de paupière, suppliant ma sur
colocatrice d'épéda,de 7 ans mon aînée,
de s'y coller en même temps mais elle avait jamais sommeil la
garce.
À force de lui hurler dans les oreilles presque toutes les
nuits comme la sirène des pompiers les 1ers mercredis
du mois, j'obtins qu'on ne fermât plus les volets. Satan pouvait
dès lors bien se tenir, ignorante des mérites de la
gousse d'ail, je me choisis illico une étoile bien luisante
pour conjurer ses plans maléfiques et rejoindre Morphée.
Il me fallut quelques années pour rompre le serment que je
m'étais fait de ne plus m'approcher d'un lit avant la nuit
tombée et c'est aux abords de dimanches adolescents désuvrés
que je commis mon premier parjure.
Ma mère, (« Maman je t'aime ») toujours
aussi pragmatique, traquait le moindre signe d'oisiveté pour
en chasser le vice à grand renfort de corvées plus détestables
les unes que les autres mais respectait le sommeil d'autrui pour peu
qu'on s'y plongeât avant qu'elle n'y sursoit ce que je ne manquais
de faire autant que possible, ayant déjà plus que souvent
payé mon écot domestique.
Ce qui n'était que pur stratagème devint bientôt
source de délices quand lasse de me tripoter le cerveau en
conjonctures fumeuses, j'élargissais mes centres de recherches...
J'eus tôt fait de convaincre d'autres septiques à ce
petit bonheur et croquait ma première pomme en pleine après
midi bretonne.
Que le diable me pardonne, s'il me plait désormais de m'étendre
en plein jour, ce n'est sûrement pas parce qu'il me fait frémir
la nuit...