Les petits bonheurs 4

La sieste



Je sais pas vous mais moi, j'ai très longtemps détesté faire la sieste. Comment ce peut-on abhorrer moment si délicieux vous entends-je déjà récrier ? On se calme ! La première qui me traite de "débileé se prend un coup de tête en pleine poitrine comme y fait Zizou quand on l'énerve, d'abord j'ai pas dit que j'avais pas changé d'avis ensuite j'explique avant le carton rouge.

Ma mère (« Maman je t'aime ») était une femme très pragmatique, considérant que ce qui n'était pas dormi la nuit devait l'être le jour, m'imposa le repos salvateur bien au delà des règles communément admises.

Imaginez moi la bouche pleine de dents définitives expliquer à mes copains que je pourrai pas venir rejouer avant 16 heures et les entendre juste sous ma fenêtre décider qui sera le gendarme ou le voleur sans pouvoir hurler que c'est pas juste, que c'est toujours le même qui choisit (alors que normalement c'est moi.)

Imaginez moi rater ma cérémonie de mariage savamment préparée depuis des jours, passer 10 tours à la marelle ou être déclarée forfait au concours du saut de marches d'escalier (oui j'étais très polyvalente en ces temps reculés.) Rien que d'y repenser, j'en pleurerais encore ! Ô rage, Ô désespoir, Ô jeunesse ennemie, j'aurais bien aimé dormir la nuit si j'avais pas eu aussi peur et que quelqu'un s'inquiète de savoir pourquoi.

Quand d'autres s'endormaient la tête pleine de contes de fées, trépidantes d'impatience de se faire bécoter au petit matin par un prince charmant sur son blanc destrier, je partais au lit avec la millième histoire de sorcellerie normande que nous contait ma mère à la veillée, quand Belfégor n'était pas au programme télé. Bon, au deuxième étage, je concède c'était pas gagné le bourrin mais le Père Noël qui passe dans la cheminée du chauffage central c'est pas mieux hein et tout le monde y croit. (Si vous aussi reconnaissez le, bande de faux-culs.)

C'est plus à reculons qu'un condamné sur la route de l'échafaud que je regagnais ma couche soir après soir, convaincue qu'un suppôt de Belzebuth viendrait m'y cueillir au moindre relâchement de paupière, suppliant ma sœur colocatrice d'épéda,de 7 ans mon aînée, de s'y coller en même temps mais elle avait jamais sommeil la garce.

À force de lui hurler dans les oreilles presque toutes les nuits comme la sirène des pompiers les 1ers mercredis du mois, j'obtins qu'on ne fermât plus les volets. Satan pouvait dès lors bien se tenir, ignorante des mérites de la gousse d'ail, je me choisis illico une étoile bien luisante pour conjurer ses plans maléfiques et rejoindre Morphée.



Il me fallut quelques années pour rompre le serment que je m'étais fait de ne plus m'approcher d'un lit avant la nuit tombée et c'est aux abords de dimanches adolescents désœuvrés que je commis mon premier parjure.

Ma mère, (« Maman je t'aime ») toujours aussi pragmatique, traquait le moindre signe d'oisiveté pour en chasser le vice à grand renfort de corvées plus détestables les unes que les autres mais respectait le sommeil d'autrui pour peu qu'on s'y plongeât avant qu'elle n'y sursoit ce que je ne manquais de faire autant que possible, ayant déjà plus que souvent payé mon écot domestique.

Ce qui n'était que pur stratagème devint bientôt source de délices quand lasse de me tripoter le cerveau en conjonctures fumeuses, j'élargissais mes centres de recherches... J'eus tôt fait de convaincre d'autres septiques à ce petit bonheur et croquait ma première pomme en pleine après midi bretonne.

Que le diable me pardonne, s'il me plait désormais de m'étendre en plein jour, ce n'est sûrement pas parce qu'il me fait frémir la nuit...



Minouch


 © 2006 feesdulogis.net