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Rêve éveillé |
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Je rêvais d’elle depuis si longtemps Nous voilà face à face. La musique, l’ambiance, le léger voile de l’alcool qui nous donne un peu chaud, ça serait le moment idéal. Je plante mon regard dans le sien sans dire un mot. Je crois qu’elle a compris, immédiatement, tout de suite, de quoi il s’agit. Elle ne détourne pas les yeux. Ses lèvres esquissent un sourire, son regard prend un air de défi. Je baisse les yeux, saisis mon verre, bois une gorgée de ma bière. Elle me paralyse Non, c’est l’idée qu’elle puisse me dire non qui me paralyse. « Tu as quelque chose à me dire ? » me demande-t-elle d’un air mi-complice mi-amusé. Je la braque d’un regard noir. Elle le soutient sans ciller et je m’y perds, j’aimerais que le temps s’arrête, là, stop. Avant que tout soit trop tard, que tout soit gâché. Sa main joue machinalement avec mon briquet. Je l’effleure du bout des doigts, elle se fige. Je la regarde à nouveau. C’est à son tour de baisser les yeux. Le serveur passe, je lui demande l’addition. Je sors mon chéquier, je change de sujet, j’ai trop peur, elle me fuira j’en suis sûre, et alors tout sera fini, plus de rêve, plus d’espoir, plus que des remords. Je paye, elle enfile sa veste et on sort sans un mot. Sur le trottoir humide, on marche côte à côte. Je suis perdue dans mes pensées, j’essaye de trouver une contenance, un moyen pour rattraper la soirée. Soudain, je sens un contact : elle vient de passer son bras autour de ma taille. Je la regarde, elle me sourit, on continue de marcher ainsi sur quelques mètres. Je n’en crois pas mes sens, c’est trop beau, je n’ose pas articuler le moindre mot de peur de rompre le charme. Son parfum flotte autour de moi. La rue est déserte, il est tard, il fait nuit, je la sens ralentir. Sa main est posée sur ma hanche, j’hésite, je la prends dans la mienne, je la regarde à nouveau, on s’arrête. Mon cœur bat si fort que j’ai peur qu’elle l’entende, je ne respire plus. Elle m’attire doucement vers elle et s’appuie contre le mur, son regard est brûlant. Je m’approche, nos bras se croisent, je suis tout contre elle maintenant, je peux sentir son souffle, sans la quitter du regard je pose mon front contre le sien, je suis tendue à me rompre. Au ralenti, nos visages se rapprochent, nos lèvres se touchent enfin dans un souffle et s’unissent. Il pleut. Le froid nous ramène à la réalité. Nous voilà parties vers la voiture en courant, nos vestes sur la tête. Je me sens légère, je crois qu’en essayant très fort je pourrais voler. On se rue à l’intérieur en riant. Le temps de s’ébrouer et nous voilà parties. Je ne sais pas ou elle m’emmène, je ne veux pas le savoir, je refuse de penser à la suite. Elle a mis le chauffage et de la musique, elle roule trop vite comme d’habitude mais je me laisse aller. Je me repasse en boucle mon film, les yeux fermés, une main posée sur sa cuisse et jouant machinalement avec les motifs du tissu de son jean. La voiture se gare devant un pavillon. Elle tourne la clé de contact, attrape son sac et me dit : « Tu viens ? ». Je sors de la voiture un peu déboussolée et elle m’entraîne à sa suite. D’un tour de clé, elle a ouvert la porte et s’est engouffrée à l’intérieur. Je la suis et me retrouve bras ballants au milieu du salon. Elle est déjà dans la cuisine en train d’ouvrir deux bières qu’elle vient de sortir du frigo. « Mes parents sont partis en week-end alors j’en profite » me dit-elle en revenant, ses bières dans une main, son sac dans l’autre. Je la suis à l’étage. Sa chambre est sous le toit. Dans la pénombre, le velux dessine un carré plus clair sur la moquette écrue. A tâtons elle cherche l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis jette son sac près du bureau. Après avoir enlevé nos vestes trempées, elle me tend une bière et on trinque. Je quitte mes chaussures pendant qu’elle cherche un cd et je m’affale sur le tapis. Avisant un cendrier à moitié plein près du lit, je nous allume deux clopes. Je tire sur la mienne tout en la regardant s’affairer autour de la chaîne hi-fi. Ses cheveux mi-longs tombent sur ses épaules en mèches humides. Ses gestes sont souples et précis. Il se dégage d’elle une espèce d’assurance tranquille, de sérénité, tout en douceur et en charme. Je suis littéralement fascinée. Elle a du sentir mon regard car elle se retourne en souriant, puis elle lance un cd et vient s’allonger sur le tapis, en face de moi. On sirote nos bières en silence, elle semble perdue dans ses pensées. Je vide ma bouteille d’un trait et rampe jusqu’à elle. Elle me suit du regard sans rien dire. Je m’approche tout près et viens me blottir dans son cou. J’aime son odeur, je la respire à pleins poumons, à m’en étourdir. Je la sens sourire. Je passe ma main dans ses cheveux, elle ferme les yeux. Je dépose un baiser sur ses lèvres, puis deux, puis trois Je me demande quand elle va m’arrêter, parce qu’elle va m’arrêter c’est sûr. J’attends. Au lieu de ça elle passe ses bras autour de moi et ses mains courent sur mes épaules, mon dos, et jusqu’à la ceinture de mon jean qu’elle effleure du bout des doigts. J’en crève. J’ai tellement envie d’elle que j’en ai mal au bide. Je suis affamée de son corps, de sa peau, de ses caresses. Ma main se faufile sous son tee-shirt et je sens un long frisson la parcourir. Sa respiration s’accélère. Je crois qu’elle ne m’arrêtera pas Nos corps s’attirent, se mélangent, nos mains se cherchent, se fouillent et se découvrent. Dehors, il pleut toujours. On se glisse sous la couette et j’éteins la lampe de chevet. Corps à corps, nos peaux s’appellent et se dénudent en gestes fébriles et impatients. Sous mes doigts, ses formes se déroulent et s’apprivoisent, elle est trop belle, putain, trop belle. Avidement, fiévreusement, soulevées de vague en vague, on se donne l’une à l’autre jusqu’à l’instant ultime ou le décor se fige et explose en mille paillettes d’argent Haletante, je m’écroule sur son corps pantelant. Nos respirations désordonnées se calment lentement. Je tire la couette sur elle, il fait plus froid tout à coup. Sa bouche esquisse un sourire fatigué, elle ouvre les yeux et m’enveloppe de son regard. Je sens alors battre dans ma poitrine un cœur tout neuf. Je caresse ses cheveux, le bonheur me vrille par son intensité, j’ai presque mal, les larmes me montent aux yeux. Je tends la main jusqu’au paquet de clopes et en allume deux. Je glisse la sienne entre ses lèvres et elle vient se blottir contre moi. Quelques minutes s’écoulent en longues bouffées silencieuses. La pluie s’est arrêtée. Je peux même distinguer quelques étoiles qui clignotent dans un ciel de cendres. Doucement, elle s’endort dans mes bras. Longtemps encore, j’écoute sa respiration paisible et régulière, sa poitrine tout contre la mienne, avant de glisser à mon tour dans un sommeil sans rêves. |
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