C’est quoi l’amour ?



J’ai cru que je savais puisque qu’on m’avait dit.
On m’avait dit, tu verras, un jour tu vas rencontrer quelqu’un que tu vas aimer. J’étais encore petite alors je me suis dit que fallait juste attendre d’être plus grande.
Oui, mais grande comment ? Grande combien ?

Alors, j’ai bien vu que ça marchait pas avec la taille parce que ça s’arrête un jour, et que moi ça s’est arrêté à 1 m 58 et que, si l’amour c’était proportionnel, bin c’était carrément pas juste. Heureusement, j’ai vu des p’tites qui aimaient alors j’ai pensé, ça doit pas être grande avec la taille mais avec les années.
Des années y’en a eu, j’ai attendu, ça allait venir à force.
C’est venu. Un premier amour, le cœur qui bat comme un fou dessous la chemise et l’horizon qui s’arrête juste derrière lui. Puis l’amour qui s’en va et l’horizon qui n’existe plus. Alors on croit qu’on va mourir, puis, la vie c’est plus fort que tout et ça empêche de mourir parce qu’à 19 ans on est trop jeune pour ça. Alors on en retrouve un autre d’amour et là on se dit que c’est juste qu’on s’était trompé la première fois, que c’est maintenant que c’est tout bien.
Pis nan c’est pas encore ce coup-là.
Pourtant, j’ai tout bien fait comme on m’a dit, j’avais les mioches et le papa qui va avec. Alors j’ai réfléchi. C’était pas à cause des mioches… J’ai compris quand j’ai arrêté de faire comme on m’avait dit.

J’ai cru comprendre ce qu’était l’amour quand elle est rentrée dans ma vie. Elle y a passé 3 ans et elle est partie. Cette fois j’avais l’âge d’en mourir, mais là c’est pas la vie qui s’est occupée de m’obliger à vivre… Ils étaient pas trop de deux.
Après, j’ai plus rien su de qui il fallait aimer. J’ai essayé encore plein d’années, pis j’ai décidé de renoncer. J’ai dit on s’en fout de l’amour, même pas ça existe, c’est comme le père Noël, si t’as pas 3 ans, c’est rien qu’une histoire menteuse, ça fout un peu la haine de savoir que c’est du pipeau pis après ça passe.
Mais nan, ça passe pas. Le malheur, c’est qu’on a envie d’y croire encore, même si on veut pas. C’est pernicieux comme un anémie. On continue à exister sauf qu’on voit plus le soleil ni les étoiles, on avance à l’aveuglette et on essaie de se résigner. Y’en a qui y arrivent.
J’ai pas réussi .J’avais peaufiné le blindage pourtant.
Je lui ai dit c’est même pas la peine d’essayer. Elle a même pas eu à essayer.
Je l’ai aimée dès que je l’ai vue. D’abord du bout des doigts pour pas souffrir encore un fois. Pis avec mon âme et j’ai eu mal une fois encore.

Alors elle a expliqué et j’ai promis que j’allais apprendre. J’ai appris pour qu’elle revienne sous mon velux. Je l’aime toujours mais autrement. J’en aime une autre aussi, mais autrement. J’ai appris pour que les étoiles inondent ma chambre la nuit, pour elles deux qui viendront s’y coucher, pour celles qui les suivront encore longtemps j’espère.

J’ai appris que l’amour c’était rien vouloir, juste donner et savoir prendre. C’est juste ça que j’avais pas compris quand la première est venue, qui est restée trois ans et qui est partie.


Minouchon


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