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Autant en emporte la DJ ! |
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Dix heures du soir. Je pousse la porte du Transports, le bar de filles où j’ai mes petites habitudes. La barmaid me repère tout de suite et prépare le verre que je n’ai qu’à cueillir sur le comptoir avant de me diriger vers les platines au fond de la salle. J’aime bien ce coin discret, dans l’ombre, près de l’estrade et de la DJ. C’est la que je m’étais installée lors de ma première visite. J’étais venue seule et je ne connaissais personne mais je ne m’étais pas ennuyée. La musique était bonne, les filles dansaient et surtout j’avais un point de vue imprenable sur les mains de la DJ. Je crois que j’ai passé presque toute la soirée à regarder officier cette grande femme brune, fascinée par la valse des cd, des pochettes, du casque. Dès le lendemain on a sympathisé, elle s’appelait Clara et elle m’a présenté sa copine, Nelly. Elle m’intimidait un peu, je la trouvais pleine d’assurance derrière ses platines, et puis aussi un peu exotique avec ses origines italiennes auxquelles elle devait ses longs cheveux noirs et ses formes Assez rapidement, elle m’a invitée à la rejoindre à la sono pour me montrer comment elle faisait, elle avait du surprendre mes yeux fascinés sur ses mains. Choisir les morceaux, caler la bonne plage, réussir son enchaînement, ne pas casser le rythme des danseuses, faire monter l’ambiance, j’étais une élève attentive. Un soir elle m’a glissé un cd entre les doigts et s’est éclipsée : à toi de jouer ma belle ! Surmontant mon trac, je me suis lancée Félicitation du jury ! Bienvenue dans la bande jeune DJette ! Le Transports avait maintenant un trio musical et amical aux platines. Ce soir, nous sommes en duo : Nelly est partie en vacances. Je grimpe sur mon tabouret à coté de Clara et la soirée peut commencer. On rigole, on se dispute sur les morceaux, on en essaye de nouveaux, la nuit s’annonce bien, les filles dansent déjà. Je lance deux ou trois bêtises histoire de la faire rire, elle me répond du tac au tac et se moque de mon humour « basique ». Une soirée ordinaire ordinaire ordinaire Mon cerveau s’est bloqué comme si j’avais reçu une décharge électrique. Je ne saisis pas immédiatement ce qui vient de se passer, je sais juste que ma jambe s’est crispée, qu’il y a quelque chose, là, sur ma cuisse C’est sa main qui s’est posée là, qui ne bouge pas. C’est la vibration de sa main qui traverse tout mon corps. Nos regards se croisent, une demi-seconde, elle a senti aussi la vibration. Elle retire sa main, je respire de nouveau. Elle ne rate pas le démarrage de la chanson suivante, me passe un autre cd et le contact du bout de ses doigts m’électrise de nouveau. Elle recommence avec le cd suivant, et le suivant, frôlement répété, recherché. Clin d’œil, et nous voilà en train de rire comme deux gamines complices qui préparent une bonne blague. La tension devient palpable. J’hésite, elle est si proche, je dois faire quelque chose. Si proche, sa cuisse à quelques centimètres à peine de ma main. Si proche que je ne sais pas à quel moment je me suis décidée, si j’ai vraiment décidé, de poser à mon tour ma main sur sa cuisse. Et je la laisse là, sans bouger, sa chaleur dans ma paume, des caresses au bout des doigts. La soirée se prolonge, le temps s’étire et les danseuses ne semblent pas vouloir s’arrêter. Derrière la sono, il faut bouger, s’activer et nos corps en profitent pour se rapprocher, s’éloigner de nouveau, jouer avec la vibration. Une dernière série de slows pour envoyer les irréductibles au lit. Je descends de mon tabouret pour ramasser une pochette vagabonde. Je me relève lentement contre elle, contre son dos, mes bras passent autour de sa taille et je l’enlace, j’enfouis mon visage dans ses cheveux, dans son odeur, enfin. Elle se laisse aller contre moi et ferme les yeux. Je suis bien. La lumière brutale de la fermeture casse un peu le charme et nous nous retrouvons dehors dans le petit matin frais. Je ne peux pas la laisser maintenant. Viens, je t’emmène faire un tour en voiture, je veux te montrer quelque chose, un endroit secret. Elle me suit sans un mot, juste un sourire doux au coin des lèvres, elle met encore un peu de musique en sourdine. Quand je me gare au bord de l’eau, tout est silencieux, calme, il ne fait pas encore jour et plus vraiment nuit. C’est elle qui me prend dans ses bras et ses lèvres m’entraînent dans un baiser d’une infinie douceur. Nous restons ainsi enlacées pendant de longues minutes quand nous ouvrons les yeux le soleil est levé, le jour est là. Cette fois, c’est moi qui la suis quand elle me propose d’aller chez elle. Je suis complètement sous le charme, incapable de refuser même si je sais que ce ne peut être qu’une histoire d’un soir. Chez elle chez elle et Nelly aussi. Je sais tout ça mais je la suis dans l’escalier en refusant d’y penser. Je ne pense qu’à sa main, chaude, qui tient la mienne et qui me guide. La pièce est dans l’ombre, les stores sont tirés, le bruit de la ville qui se réveille trouble à peine notre silence. Elle m’embrasse encore, me fait chavirer, le dernier verre évoqué pour venir jusqu’ici est oublié. Elle me déshabille lentement en gestes pleins de frissons, caresses légères sur ma peau nue. Elle m’allonge sur son lit, je tremble, elle remonte la couette sur mon corps. Ses vêtements disparaissent en un éclair, son corps nu capte mes pupilles comme un flash et l’instant d’après elle me rejoint sous la couette. Mes nerfs tendus à l’extrême manquent d’exploser quand elle se blottit dans mes bras et que sa peau touche enfin la mienne. La vibration devient brûlure dans mon ventre mais je veux qu’elle dure encore, prendre le temps, savourer ce désir si fort. Je retiens mes gestes, caressant son dos du bout des doigts, des reins jusqu’à la nuque. Je remonte ses longs cheveux, dégage son cou, y dépose un baiser léger du bout des lèvres. Elle frémit contre moi, s’abandonne à mes gestes, ferme les yeux, son corps répond au mien, son désir m’enflamme encore un peu plus. Il y a pourtant une tension qui est toujours là. Je sens qu’elle ne s’abandonne pas totalement, quelque chose la retient que je retrouve dans ses yeux quand elle les ouvre Elle ne peut pas. Elle ne peut pas ici, pas dans leur lit, le lit « conjugal ». Son désir est là, tout près, je le sens vibrer dans mes paumes qui caressent toujours sa peau, mais je n’y aurai pas accès, nous n’irons pas plus loin, il restera juste effleuré. Elle me regarde encore une fois. Je ne sais plus quoi lire dans son regard, désir perdu, noyé. Je la laisse se blottir, refermer les yeux, calmer sa respiration. Mes mains sont toujours sur son dos, chaudes, pleines de gestes vibrants inachevés. Elle fait semblant de dormir, je le sais, sa respiration ne peut pas mentir. J’accepte son jeu, ses règles, mes caresses ne doivent pas la réveiller mais peuvent continuer à parcourir ce corps que je désire si fort. Jeu sensuel et cruel qui me mange le ventre pendant des heures douces jusqu’à ce que je sombre enroulée autour d’elle, l’enveloppant dans ma chaleur. |
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Mireille |
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