Ils ont gagné…



Je ne parle évidemment pas de l’équipe de France de football qui s’est encore illustrée par sa nullité sur le terrain, la faute sans doute, les commentateurs le diront mieux que moi, à leurs femmes venues les perturber en pleine préparation du quart de finale. Non, c’est Steven et Raoul qui ont gagné.
Il ne s’agit pas de mes cousins pédés qui viennent de se marier, mais des gays du chantier qui ont emporté la jolie maison des environs de Toulouse qu’ils ont bâtie de leurs mains avec d’autres couples respectables. L’animatrice n’en revenait pas, leurs concurrents non plus, les autres candidats n’en parlons pas, ils ont frôlé d’apoplexie, pendant que moi j’exultais devant mon petit écran chéri.

Un bref historique, pour celles toujours récalcitrantes qui s’entêtent à ne pas regarder la télévision.
Le chantier est un programme de télé-réalité, dont le but est de faire retaper par des couples une vieille bicoque. À la fin, les vainqueurs gagnent la maison devenue magnifique. Au départ, ils sont une dizaine, chaque semaine les participants désignent le ménage qui doit quitter l’aventure. Au terme d’un nombre de semaines données, la baraque est plus ou moins réhabilitée et il ne reste que deux couples à prétendre pouvoir devenir propriétaires et c’est alors que le public et son argent entrent en jeu pour désigner lequel des deux doit gagner.

Révolution pour cette première édition du programme : parmi les couples dits normaux, des gays se sont glissés. Au départ, réticents, « deux hommes, ça travaille mieux qu’un homme et une femme » – une coriace concurrence donc – les autres candidats ont fini par adhérer à la personnalité des deux hommes ou se sont tout simplement résolus à laisser bosser les deux costauds jusqu’à ce qu’élimination s’en suive.
Pourtant, nos amis sont restés jusqu’au bout et ont même poussé le vice jusqu’à aller en finale. Ne nous leurrons pas, les hétéros finalistes ont pensé être fins stratèges, sûrs de l’emporter face à un couple homo et mixte par-dessus le marché ! Le public n’allait pas soutenir des gens qui n’auront probablement jamais d’enfants… Et pourtant, pourtant…

Ils ont gagné. Je le martèle !
En direct, les autres bâtisseurs jaloux ont craché leur fiel sur Raoul et Steven, mis en avant sans arrêt leur probable stérilité mais le public a tranché en leur défaveur. émue, l’animatrice a bredouillé une connerie du genre « c’est encore mieux qu’à Bègles, on aurait du faire venir Noël Mamère » pendant que derrière elle un connard hurlait « c’est une honte ! »

Je vous vois déjà fulminer derrière votre écran. « De quoi elle parle, c’est même pas lesbien ! »
Non, ça ne l’est pas, mais le jour où Steven et Raoul ont gagné je lisais sur Libération les lettres que Noël Mamère a reçues et je me mettais à douter de tout. La victoire des gentils gays m’a rassurée. J’imagine que ce sont des gens jeunes, comme la plupart des téléspectateurs de M6, qui ont voté et pour moi c’est une bonne nouvelle.
L’année prochaine, un couple de magnifiques gouines intégrera l’aventure et sera… éliminée dès la première semaine. Il ne faut quand même pas trop rêver… ;-)


Agnès


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