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Vade retro normalas ! ou Pourquoi « normal » est un mot que je hais |
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Le sens le plus
naturel de normal, c'est-à-dire son sens étymologique,
est curieusement celui que les gens utilisent le moins souvent (bien
qu'ils ne s'en rendent pas tout à fait compte). Il s'agit d'un
sens statistique. Est normal ce qui est caractéristique de
la norme ou bien qui est typique d'une majorité. Le reproche
le plus évident que l'on puisse faire à cette notion
est son côté irréel assez caricatural (1,9 enfants
par femme, par exemple).
Ce sens-là
est logique mais pas étymo… Il est en effet logique d'avoir
envie que ce que l'on pense être bien soit généralisé
et donc typique de la majorité. Là où le bât
blesse c'est que la réciproque n'y est pas, mais alors pas
du tout. On peut tous constater que ce que l'on pense être bien
n'est en général disséminé qu'à
petites doses parmi un faible pourcentage de la population. L'autre
problème grave de cette signification est son caractère
subjectif. Est normal ce qui est bien. Or le bien est une notion subjective.
Beaucoup prétendent détenir la vraie moralité,
la vraie notion de bien, mais en attendant que tout le monde se soit
mis d'accord, il n'y a pas de doute possible : le bien est une
notion extrêmement subjective et la notion de normalité
qui y est rattachée l'est donc également.
Ce sens-là
est le moins naturel des trois, il est pourtant très couramment
utilisé par tout le monde. Il caractérise ce qui est
compréhensible. Pas forcément excusable, dans le cas
d'une chose mauvaise, mais compréhensible. Il indique souvent
la présence de circonstances atténuantes pour une mauvaise
action. Il fait aussi office de remontant auprès des gens qui
se sentent coupables d'avoir fait quelque chose que beaucoup de gens
estiment qu'ils auraient fait à leur place. C'est précisément
ici que cette notion se rattache à celle des statistiques.
C'est également ici qu'elle s'en éloigne car la compréhension
est au moins aussi subjective que la notion de bien, contrairement
aux statistiques.
Maintenant que
l'on a passé en revue les différentes significations
du mot « normal » - encore qu'il en puisse exister
d'autres que je n'aie pas détectées - il est temps pour
moi d'expliquer pourquoi cet état de fait me fait détester
un mot. Un mot, rien d'autre, rien de plus, rien de moins, mais un
mot qui recouvre une réalité qui fait mal, un mot qui
a trois significations que tout le monde confond allégrement,
confusion qui est symptomatique de l'un des plus terribles problèmes
de l'humanité, d'après moi. Je m'explique. Les gens
ont généralement une tendance naturelle à craindre
ce qui ne leur ressemble pas. C'est un réflexe de survie parfaitement
naturel, compréhensible et stupide (peut-être pas à
l'époque où l'homme avait plus à craindre de
l'environnement que de ses semblables, mais de nos jours c'est stupide).
La confusion des sens du mot normal rend très bien compte des
mécanismes de ce réflexe… Les gens confondent ce qui
est bien avec ce qui est le plus uniformément partagé
et il assimilent également compréhension et moyenne.
A terme, cela les pousse à considérer comme mal ce
qui ne leur ressemble pas (car si la majorité n'est pas quelque
chose de subjectif, c'est en revanche quelque chose de relatif, comprendra
qui voudra y réfléchir un peu) et à ne surtout
pas essayer de comprendre. |
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Nad. C. aka Atarun |
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