Toutes petites, petite...




Comme le premier article que j'ai écrit pour les fées n'était pas spécialement amusant, je m'étais dit que ce mois-ci, j'allais écrire un truc marrant, un truc enjoué, un truc gai, léger, comme les robes d'été, histoire de pas passer pour la déprimée de service.
Ce sera pas pour ce mois-ci. J'arrive pas, j'arrive plus à faire mon clown de service, j'ai pas la tête à ça. J'ai plus la tête à ça. J'ai ce truc qui tourne dans tous les sens, qui m'obsède, qui m'accapare, qui me bouffe.

Vous saviez, vous qu'en 2000, le 119, le numéro vert d'accueil téléphonique de l'enfance maltraitée, avait reçu en moyenne 5 400 appels par jour ? Que 19,7 % des appels concernent des mauvais traitements à caractère sexuel ? Qu'ils concernent à 56 % les petites filles ? À 45 % les enfants de moins de 9 ans ? À 22 % les enfants de 3 à 6 ans ? Que sur les petites filles agressées sexuellement, 34 % le sont par leur père ?
Je sais, c'est pas très léger, pas très estival... Mais c'est la réalité. La réalité pour des milliers d'enfants, la réalité pour des milliers d'adultes qui essaient de grandir avec, de se reconstruire, de vivre, de survivre. Des milliers d'enfants, très jeunes parfois, condamnés au silence, à la souffrance, dévalorisés, réduits à l'état de choses.

Des milliers d'adultes qui doivent réapprendre la confiance après avoir été trahis par ceux-là même qui devaient les protéger. Des milliers d'adultes qui doivent réapprendre à s'aimer, à s'estimer, à avoir confiance en eux, à se mettre en valeur. Des milliers d'adultes qui doivent réapprendre à toucher et à être touchés, à ne plus avoir peur du noir, des gens, des regards, à ne plus être une façade, mais à être vraiment, à vivre vraiment, à aimer vraiment...
Une fois, une toute petite fois, même si l'enfant est très jeune, suffit à faire basculer une existence, à tout chambouler, tant au niveau psychique qu'au niveau physique. Une fois, une toute petite fois, un tout petit instant de plaisir que l'agresseur vole à un petit être confiant et sans défense.

Quand je serai sur la plage à regarder les filles qui marchent, comme tout le monde, je ne pourrai pas m'empêcher de ressentir le regard de prédateur que posent certains adultes sur ces petits enfants insouciants qui jouent en maillot de bain.

Alors voilà, j'avais envie qu'on pense à eux, à ces milliers d'enfants, ces milliers de gens qui se taisent, qui ont peur et qui souffrent et qui eux aussi auraient bien voulu construire des châteaux de sable.


Références :
Sources des statistiques