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Qui a peur de l'AGCS ? ![]() Ou plutôt, dans quel monde voulez-vous vivre ? La réponse va de soi : dans un monde heureux et juste, le plus heureux et le plus juste possible, pour parodier et Voltaire et Spinoza. Hé bien, détrompez-vous, ce n'est pas ce qui se profile à l'horizon. Les mouvements sociaux de ces derniers temps vous ont-ils mis la puce à l'oreille ? C'est une bonne chose mais ce n'est qu'une minuscule partie émergée d'un gros, d'un énorme iceberg qui a de quoi refroidir plus d'un optimiste. Revenons quelques semaines en arrière. Qu'est-ce qui a motivé toutes ces grèves qui en agacent plus d'un au dire de la presse officielle ? Vous en souvenez-vous ? La réforme des retraites. Mais encore ? La loi de décentralisation de l'Éducation Nationale. Bravo! Et alors ? me disent les plus innocentes. Alors ces lois toutes plus anti-égalitaire les unes que les autres et qui s'amoncellent sans même qu'on en soit informé parfois (figurez-vous qu'au beau milieu de toutes ces grèves dont on a fait grand tapage est passé inaperçue une toute petite loi sur la libéralisation des marchés publics : l'état n'a plus aucun droit de regard sur les contrats passés avec les entreprises privées, nécessité pourtant pointée dans bon nombre d'affaires de corruption dont Elf, par exemple, n'est pas des moindres), toutes ces lois donc, ont une seule et même origine : l'AGCS. Alors qu'est-ce que cette bestiole-là ? Héhé... le suspense est intenable : l'AGCS c'est l'Accord Général sur le Commerce des Services, GATS en anglais (General Accort about Transaction of Services), ce qui sonne tout de suite mieux, je vous l'accorde bien volontiers. L'AGCS implique tous les états membres de l'OMC (dont le fameux groupe du G8 mais pas que lui) et stipule que tous les signataires doivent libéraliser les services publics et sociaux au sein de leur frontière d'ici l'an de grâce 2005 pour soi-disant relancer l'économie mais surtout renforcer les flux financiers à travers notre belle planète bleue, de plus en plus grise à l'avenir, je le crains. Dès 1994, à l'instigation de l'OMC (les lobbies financiers les plus influents du monde, (essentiellement américains) ont, dans la foulée de la chute du mur de Berlin, dans l'euphorie de leur victoire de facto de la guerre froide, dans la foulée enfin de la création de l'ALENA (le marché unique réunissant le Canada, les USA et le Mexique), ces lobbies ont donc imaginé étendre et imposer leur conception ultra-libérale de l'économie à tous les anciens « alliés » du monde de l'Ouest. En clair, cet accord général (entendez par là « mondial », la fameuse « globalisation » du marché et des cultures, vous savez...) fut présenté lors du sommet de Doha de 2001 sous la forme d'un rapport de 690 pages à tous les pays membres de l'OMC sus-citée. Cet accord illisible pour toute personne normalement constituée a été signé comme un seul homme en quatre jours par des technocrates qui n'en avaient lu que la table des matières. Dommage. Vraiment dommage, car dans cet indigeste pavé étaient annoncées toutes les réformes qui nous sont soudain assénées avec un faux paternalisme Raffarinien et qui nous pourrissent l'avenir. C'est là un sujet bien sérieux et je vous prie de m'excuser, mais il y était écrit que les états devaient progressivement mais rapidement (d'ici à 2005 cela donnait quatre ans de marge), démanteler les lois nationales protégeant l'environnement, la vie sociale et culturelle car trop contraignantes pour le commerce international. Cela signifie concrètement que les états doivent du financement des retraites afin de favoriser l'effort de capitalisation de chacun et chacune et renforcer ainsi la masse de capitaux dont disposent les consortiums financiers transnationaux. Cela signifie aussi que l'éducation ne doit en aucun cas peser sur les finances publiques, étant donné qu'il n'est pas nécessaire de former des populations intelligentes mais plutôt capables de fournir le travail indispensable à la production, chaque individu étant rémunéré au plus juste afin d'assurer un débouché consumériste à cette même production. Cela signifie encore très clairement que les dépenses de santé ne doivent pas incomber à l'état mais être financées par les individus eux-mêmes, leurs cotisations personnelles permettant de générer un afflux de capitaux qui ne produira à terme que du bénéfice avec un minimum de risques, puisqu'aucune entreprise d'assurances en faillite n'est tenue de rembourser sa clientèle, alors qu'un État en faillite, c'est tout de suite plus gênant... Bien. Je pourrais multiplier ainsi les exemples à la pelle. Seuls les services régaliens de l'état (armée, police et justice) sont mis à l'abri de ce raz-de-marée libéral. Encore que... Souvenez-vous des centres fermés instaurés par notre éminent ministre de la justice. C'est là encore une conséquence de ce contrat. Il s'agit dans tous les domaines possibles d'ouvrir la porte au marché. Au privé. Conséquences ? Un appauvrissement généralisé des populations. Une mise à l'écart d'office de tous ceux sur la planète qui ne sont pas rentables : pauvres dépendants de la manne publique pour subsister, affamés du tiers-monde, habitants des zones mal industrialisées, classes moyennes non productives de gains financiers et ce dans toutes les parties du monde. Sont touchés en premier les habitants des pays en voie de développement car c'est le retour des républiques bananières (si vous n'avez pas lu Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez, précipitez-vous, en plus c'est drôle), c'est le retour des états à la botte d'industriels et de financiers sans scrupule (regardez ce qui se passe au Chiapas et en Argentine où la classe moyenne a été balayée et reléguée dans la misère la plus sombre en un mois, un petit mois de rien du tout !). Sont touchés en second les enfants du monde entier puisque leur instruction devient un fardeau et non une priorité. Sont touchées en troisième les femmes, priées de fermer leur jolie bouche afin de laisser les plus productifs (nos zamis les zhoms) produire et se tuer au travail pour engraisser quelques nantis (regardez les belles lois d'encouragement à la natalité et au retour de la femme dans le giron familial votées lors de l'élection triomphale du grrrand Chirac). Voulez-vous vraiment vivre dans un tel monde ? Le film Matrix est une belle parabole mais nous n'avons pas besoin de machines à l'intelligence artificielle pour nous fourvoyer jusqu'à la mort. Nous faisons ça très bien tout seuls. Il nous suffit de laisser le pouvoir à des égoïstes sans scrupule et toujours plus cupides. Les hommes politiques qui s'agitent chaque soir dans le poste n'en sont que les pantins et on serait surpris, je pense, de découvrir le petit nombre de membres de cette « tribu ». Les politiques sont des sortes d'antennes locales et uvrent pour des intérêts financiers dont ils recueillent bien sûr les miettes. Ce système s'appelle le clientélisme, il est vieux comme Hérode. Depuis l'aube de l'humanité, l'opportunisme l'emporte sur la générosité et le souci de l'autre. Cela paraît naïf ? C'est aussi simple que ça. Et nous arrivons à l'heure où l'addition se fait lourde. Nous allons payer des siècles d'inertie en matière de commerce et d'hypocrisie dans les sphères du pouvoir. Nos enfants vont payer. Alors je vous repose la question : qui a peur de l'AGCS ? Tout le monde le devrait. Et s'il commence à exister une forme de résistance à cette pression ultra-libérale tant sur le commerce que sur le discours politique lénifiant qu'on nous sert sur toutes les ondes, il faut se précipiter pour entretenir cette petite flamme. Renseignez-vous, allez voir et discuter avec les gens du groupe Attac1, le réseau Voltaire2, les Zapatistes du Mexique, que sais-je ? Parfois on n'est pas d'accord sur tout, mais il y a urgence. Vous ne le savez pas mais nous sommes en guerre. Et cette guerre est nouvelle, à inventer entièrement, car jamais les détenteurs du vrai pouvoir n'ont imaginé un jour avoir de la résistance et ils ne l'admettent pas. Il en va de notre survie, de notre liberté, de notre existence. 1. ATTAC est née en France en 1998. L'association est organisée nationalement et localement, les différentes dimensions inter-agissant de manière continue. Mouvement d'éducation populaire, l'association développe un travail de conférences, de réunions publiques, d'expertise et ce, nationalement et localement 2. Le réseau Voltaire : un autre courant de pensée résistante, avec sur cette page un article très bien fait pour présenter l'AGCS. Pour en savoir plus : OMC : Organisation mondiale du commerce Un site de réflexion sur les dangers sociaux de l'application de l'AGCS vus de Belgique |