Sans contrefaçon, je suis une lesbienne


Je suis lesbienne.

Je n’aime pas porter de jupe, mais ça n’a rien à voir (c’est juste que ce n’est pas pratique). Je ne me maquille pas, mais ça n’a rien à voir (c’est juste que je n’ai jamais le temps le matin). Je ne lis pas « Jeune & Jolie », mais ça n’a rien à voir (c’est juste que c’est de la connerie à l’état pur, malgré les jolies filles toutes les trois pages). Je suis féministe, mais ça n’a rien à voir (c’est juste que je ne vois pas en quoi les couilles rendent incapable de repasser). Etc.

J’aime les filles. Ça, ça a à voir. Pourquoi ? En gros, parce qu’elles sont belles (Elles ne sont pas que ça, heureusement ; mais je dois dire que si je trouvais toutes les femmes laides ou insignifiantes, je ne serais pas goudou.). Et puis... et puis, je ne sais pas. Pourquoi suis-je lesbienne ? C’est vraiment une question à laquelle je suis incapable de répondre... Et franchement, je n’ai pas envie de trouver la réponse, s’il y en a une. Je ne veux pas savoir. Passons.

Depuis quand ? Tout aussi incapable. Je ne sais pas à partir de quand je me suis posé la question. Vers quatorze, quinze ans, mais sans mettre de mots dessus (Au passage, j’ai seize ans et demi, à titre d’information.). Mais il y a des indices. Parce qu’une fois que j’en ai eu conscience, j’ai repassé mon enfance et mon adolescence au peigne fin. Quelques exemples, comme ça... Aux alentours de dix ans. Je me demande pourquoi ce sont les garçons (ces veinards !), qui « sont » avec des filles. Mais bon, étant donné que je me sens très bien dans ma peau de fille, j’oublie ça.

Douze ans. Je vais voir « Titanic » deux fois. On me demande si c’est pour le beau Léo. Je pense « pour la belle Kate ». Mais je dis que je voulais revoir le film que j’avais trouvé très bien.

De douze à quatorze ans, environ. Tout un processus psychologique : je me dis qu’à mon âge, il serait temps que je tombe amoureuse. Et j’ai beau regarder autour de moi, je ne vois pas de garçon un tant soit peu digne d’intérêt. Alors je m’amourache, pour un mois ou deux, des garçons dont ma meilleure amie s’amourache ; et je n’en dis rien à personne, vu que ce n’est pas très élégant, tout ça. Donc tout le monde croit qu’il ne se passe rien dans mon cœur, ce qui n’est pas faux. A part ça, j’admire les filles de ma classe en me disant que vraiment, ce que j’aimerais leur ressembler, être aussi belles qu’elles, etc.

Des détails comme ça, j’en ai à la pelle.

Quand le mot « homosexualité » m’est venu à l’esprit ? Je ne sais pas. Par contre, je me rappelle, à l’heure près, de quand je l’ai dit à ma meilleure amie. Et à ce stade là, j’avais déjà sacrément réfléchi. J’avais quinze ans et neuf mois.

Bon, on en était aux questions : on a déjà bazardé le pourquoi et le depuis quand. Qu’est-ce qu’il nous reste ? Comment ? Avec des filles, quelle question ! Où ? Je suis lesbienne partout, dans mon lit mais aussi quand je marche dans la rue, en m’emm...ant en cours ou en papotant avec des copines (ça fait un effet bizarre d’écouter quelqu’un en face de soi parler de n’importe quoi et se demander, comme ça : «quelle serait sa réaction, si il/elle savait ? » Quand ? Tout le temps. Le matin, le soir, en automne et au printemps. Si, si, je vous assure, l’orientation sexuelle ne dépend pas de la position des astres.

Bon et je vois pas quels autres mots interrogatifs je pourrais ajouter...

Enfin, pour résumer l’article, trois mots suffisent : « je suis lesbienne ». Mais voilà, pouvoir dire ces trois mots, cela demande un sacré travail sur soi que j’accomplis encore tous les jours. Mais c’est bon, je progresse. Un jour, pas trop éloigné je crois, je le dirai tout haut. Sans chuchoter, sans me retourner. Et comme l’a dit je ne sais plus qui (que je cite de mémoire, et approximativement) : « Je n’avoue pas mon homosexualité parce que je n’en ai pas honte. Je ne clame pas mon homosexualité parce que je n’en suis pas fière. Je dis que je suis homosexuelle parce que cela est. » Mais ça, je n’y suis pas encore. Et puis il me faut encore déterminer si je suis lesbienne ou bisexuelle. Mais ça, c’est une autre histoire.