World Pride Rome 2000






Cette controverse-là valait celle de Valladolid ! L'église catholique allait-elle tolérer qu'un troupeau d'homosexuel-le-s de toute plume, de trans de tout poil, de bis plus que zarres, défile gaiement et fièrement dans la capitale italienne, à deux pas du Vatican, en pleine année jubilaire ?

La bataille aura duré quatre ans et, pour une fois, Dieue (1) était avec nous ! La World Pride a bien eu lieu, sans incidents, et à la grande fureur du führer polonais en robe blanche. Fureur d'ailleurs incompréhensible : si la drag queen la plus célèbre du monde s'était souvenue un temps soit peu des Béatitudes (2) enseignées au catéchisme, elle nous aurait même bénis et accordé une audience (3). Alzheimer veillait au grain, et a fait oublier à Jeanne Paule II toute charité chrétienne, pour ne lui laisser que la très prévisible étroitesse '‚esprit des prélats de la Catholicité. J'en veux pour preuve les violentes diatribes homophobes pré- et post-World Pride : «La World Pride est un affront au Jubilé et un affront personnel, puisqu‚elle tombe le jour de l'arrivée massive des pèlerins polonais.»

Rome, ville-otage du Vatican, a donc, malgré tout, eu sa World Pride. Les autorités civiles, prises en étau entre les autorités religieuses et la constitution italienne garantissant «malheureusement»(4) la liberté de manifester, ne pouvaient interdire la World Pride. Tout au plus ont-elles tenté de reléguer la marche en lointaine banlieue. A coup de manifestations de soutien, de négociations, les organisateurs de la World Pride ont obtenu que le cortège passe au coeur de la capitale et termine au Colisée, monument symbole de la ville.


Ce 8 juillet 2000, plus de 250 000 personnes se sont rassemblées dans un ordre approximatif, politiques côtoyant les festifs, individuels perdus dans les groupes, trans exhibant leurs seins siliconés sous le nez des passants, tapioles déguisées comme au carnaval de Rio... Les lesbiennes étaient en écrasante minorité, comme toujours, en visibilité incertaine, soulignée par quelques banderoles : Visibilia de Bologne, organisations féministes romaines, banderole jaune de la Coordination lesbienne nationale française, Danoises... Le mot d'ordre officiel était «droits égaux», le mot d'ordre officieux, plutôt «fantaisie, initiative individuelle, spontanéité et joie d'avoir réussi ce tour de force, envers et contre tout.»

Si le point d‚orgue de la World Pride était cette marche, tout au long de la semaine ont aussi eu lieu des manifestations culturelles, des débats politiques, un défilé de mode. Les associations lesbiennes avaient aussi organisé un mini festival de films, des concerts avec des groupes de qualité italiens et étrangers : les Tribades (dissidentes des Zarmazones), Gertrude, groupe anglais, etc. et des fêtes. Un train spécial pour faire venir les lesbiennes du Nord de l'Italie avait été prévu, mais des dissensions entre les associations organisatrices et un manque de candidates au voyage, a réduit le projet à quelques bus.

Enfin ! sans aucun doute Dieue était avec nous, puisq'‚elle nous a offert chaleur et soleil (ma doué beniket ! 40° C ! !), a réduit à néant les contre-efforts de son auto-proclamé représentant sur Terre, a convaincu les autorités civiles de se ranger à nos côtés, et a désarmé le bras de l'extrême-droite prête à aller en découdre avec les tapettes, en la frappant au moment opportun d'un deuil dans ses rangs.

Espérons que Dieue continuera ses bonnes oeuvres envers nos soeurs italiennes dont la situation en tant que femmes et lesbiennes est un double motif d'invisibilité et d'oppression, dans ce pays latin, catholique, machiste et hétérosexiste à n'en plus pouvoir. Dieue ou pas, les lesbiennes italiennes ont montré à leurs concitoyens qu'elles existaient et que leur chemin vers la liberté ne s'arrêterait pas là


Valérie Foulquier



(1) : Dieue, qui comme chacune sait, est une lesbienne noire...
(2) : «[...] Heureux les doux, ils auront la terre en partage [...] Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés. [...] Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux.»
(3) : Il est vrai que nous étions samedi, et non mercredi, seul jour des audiences publiques papales.
(4) : Ce «malheureusement» a vraiment été prononcé par les autorités civiles et laïques
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Quand le C.G.L. réagit...


A la suite des déclarations de Jean-Paul II contre la Pride cette lettre a été envoyée à Mgr Lustiger, Evêque de Paris ainsi qu'à la Nonciature (sorte d'ambassade du Vatican à Paris).

Paris, le 13 juillet 2000

Cardinal Jean-Marie LUSTIGER
8, rue de la Ville l'Evêque
75384 PARIS CEDEX 08
Par télécopie 01.56.56.44.05

Monseigneur,

Au coeur des enseignements de Jésus semble être la tolérance, bien illustrée par la parabole de la femme adultère.
Pourtant, nous avons été choqués, et peinés, de constater encore ce dimanche combien votre bien âgé saint-père Jean-Paul II peut être parfois loin des idéaux de pardon et de compréhension largement répétés dans les évangiles. Il s'insurge contre l'annuelle, innocente et joyeuse kermesse de la World Pride, en oubliant soigneusement de condamner les défilés néo-nazis organisés à Rome. N'avons nous donc plus même le droit de simplement vivre, à ses yeux ?
Aucune et aucun d'entre nous n'a choisi d'être homosexuel, lesbienne, bi ou transgenre. Nous avons simplement découvert, au moment des premiers émois, ou plus tard, que nous étions attirés par le même sexe, ou que certain(e)s d'entre nous se ressentaient femme ou homme, enfermé(e)s dans un corps de l'autre sexe. Déjà, c'est une épreuve, qui vient renforcer les difficultés rencontrées par tous les adolescent(e)s. Si Dieu existe, il a ses raisons de nous avoir fait(e)s ainsi, mais ce n'est pas toujours une expérience agréable, et à laquelle rien ne nous avait souvent préparé(e)s.
Pourquoi faut-il en outre subir ainsi la constante condamnation, et l'appel à la haine homophobe d'une Eglise semble-t-il plus attachée aux vues bibliques de Saint (?) Paul, également esclavagiste déclaré, qu'aux lumineux enseignements de Jésus ? Comment l'Eglise peut-elle ne pas s'émouvoir de la violence familiale exercée à l'égard de tant de jeunes, jetés dehors par des parents brutaux et dogmatiques, du fait de leur orientation sexuelle ? Il n'est pas de semaine sans que nous ne devions accueillir ainsi des adolescents en désarroi, privés sans ménagement du soutien familial, autant que spirituel.
L'Eglise se décrit tendant la main à tous ceux et celles qui souffrent. Il est bien dommage de constater combien elle oublie ses principes, dès lors qu'il s'agit de notre minorité. Aucune contrition publique de Jean-Paul II pour les centaines de milliers, voire de millions d'homosexuels persécutés par l'Eglise autant que les juifs au cours des siècles. Pas plus de compréhension pour les millions de sidéen(ne)s homosexuels qui souffrent, et à qui l'on refuse trop souvent l'aumône d'un accompagnement spirituel décent dans la fin de vie, avec l'active complicité des ministres de Dieu.
Ne serait-il pas plus chrétien de travailler avec les nombreuses associations d'entraide spécifiques, telles que la nôtre ? C'est pourtant ce que savent faire certains évêques, tels Mgr Mahony, à Los Angeles, offrant dans ses églises des groupes de parole et d'accueil autant pour les adolescents gais et lesbiennes en exclusion, que pour les sidéens, et qui a su tendre la main aux associations homosexuelles. Mais il est vrai que là-bas, les églises réformées autant que les organisations juives ont depuis longtemps montré l'exemple.
Décidément, quelle pitié que nombre d'entre nous, nés dans la foi catholique, ne puissent y trouver un légitime réconfort, parce que l'homophobie haineuse et rétrograde y sévit toujours. En cette année de jubilé, nous souhaitons que l'esprit de miséricorde donne enfin à l'église le courage de tendre la main à tous ceux et celles qui travaillent à aider leurs frères et soeurs homosexuel(les), et mener avec eux une vie de plénitude, plutôt qu'à leur jeter l'anathème.
Nous ne croyons pas que la haine anti-religieuse soit une valeur respectable. Ainsi, toutes et tous sont bienvenus au Centre sans exclusion, dès lors qu'ils passent le seuil de notre modeste local associatif. Nous espérons que vous aurez à coeur de méditer combien la haine homophobe ne peut pas plus être une valeur chrétienne, que l'antisémitisme, et que le but de l'église ne peut pas être de faire souffrir certain(e)s de ses fidèles, ou frères et soeurs humains.
Je vous prie de recevoir, Monseigneur, l'expression de mes sentiments choisis.


Michel Bujardet
Président du Centre gai et Lesbien


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