Ma grand-mère, c'est pas
une grand mère de tarlouze !



Comme je l'ai dit le mois dernier, la première Lesbian and Gay Pride que j'ai faite, c'était à Paris, il y a déjà quelques années, et depuis j'essaye de n'en rater aucune. Et où est-ce que je vais dormir, petite-fille aimante, lorsque je vais à Paris ? Chez ma grand-mère pardi ! Ça lui fait tellement plaisir !

Alors bien sûr, au début, je n'ai pas dit à ma mère-grand que je venais défiler avec les gouines et les pédés de la capitale... Je pensais que ma grand-mère, dragon noir de La Laïque, défenseuse de l'ordre moral de La République, ex-redoutable directrice d'école tendance poigne de fer, ne pourrait pas comprendre. Et qu'à soixante-dix ans passés... il valait mieux la ménager et préserver mon image d'archange surdoué qui pourrait très bien être présidente de la République si elle le voulait.

Je ne lui disais donc pas que j'allais passer l'après-midi à marcher dans Paris, avec un t-shirt débile proclammant que l'hétérosexualité n'était pas normale mais juste répandue. Non, je disais que j'allais voir des "copains d'internet".

Je n'aurais pas dû, il ne faut pas prendre sa grand-mère pour une conne.

Je pensais donc, grosse naïve, que ma grand-mère ne ferait paaaaaaaaaaaaas du tout le rapport entre mes cheveux très courts, mon absence de petit ami, ma capacité à réparer sa chasse d'eau et les dates de la Lesbian and Gay Pride de Paris. Jusqu'au jour où, après un déjeuner riche en crème fraîche et en amour, je m'apprêtais à aller prendre le RER quand ma grand-mère me demanda, innocemment, ce que je comptais faire de mon après-midi.
"Heu... je dois rejoindre quelques copains (50 000) heu... du côté de République."
Et là ma grand-mère m'a dit d'un air inquiet :
"Tu feras attention à toi, hein ? Parce que les flics, dans les manifestations, des fois ils ne sont pas très fins."

Tadaaaaam !
Tout était dit. J'ai donc promis de rester à bonne distance des hypothétiques CRS et lui ai demandé, tant qu'on y était, si elle ne pouvait pas me prêter son sifflet de cour de récré s'il-te-plait-parce-que-bon-j'ai-oublié-le-mien.

Et depuis on ne l'arrête plus ! Quand une de mes amies d'enfance a largué son mec pour une nana, ma grand-mère a sans doute été une des seules avec moi à trouver ça très drôle. Ma grand-mère a quand même regardé les actualités régionales parisiennes pour essayer de me repérer au milieu des 300 000 manifestants de l'Europride et a été très déçue de ne pas m'avoir vue.

Le dernier épisode de la série "Ma grand-mère va bientôt prendre sa carte au CGL", date de la dernière LGP. Rentrant fourbue après la soirée à Wagram et une courte nuit, juste à temps pour un déjeuner riche en beurre et en amour, je me suis retrouvée face à deux copines de ma grand-mère, octogénaires fraîches et pimpantes, discutant avec entrain varices et anciens élèves. L'une d'elles était l'archétype de la parisienne des années 40, une sorte de mélange d'Arletty et de Michèle Morgan, avec un humour plutôt caustique. Habituée à ces réunions d'anciennes combattantes de la communale, j'écoutais distraitement les mamies papoter et chanter en choeur les louanges d'une amie du titi parisien, qui était allée chercher les deux comparses de ma grand-mère, avait stoïquement refusé de déjeuner avec elles et viendrait les chercher en fin d'après-midi
"Oui, c'est comme une soeur pour toi"

Une après-midi banale quoi... jusqu'au moment du départ.

La chauffeuse arrive, nous raccompagnons les copines, elle sort de la voiture et là y'a un truc qui se met à déraper. Veste d'homme, cheveux courts, air décidé. Mon gaydar fait "Heu.... tu vois ce que je vois ?" Je reste perplexe et hop, elles partent. Et là, ma grande-mère se tourne vers moi, hilare, et me donne un coup de coude en disant "Tu as vu ? C'était des collègues à toi !" Bref, c'était bien Michèle Morgan, mais tendance Quai des Orfèvres.

Sonnée, j'ai écouté ma grand-mère s'indigner parce que la copine de sa copine n'avait pas voulu venir déjeuner et que "quand même, si elle croit que ça me choque !" (ben t'as qu'à leur dire que ta petite fille est gouine, ça les détendra) et que déjà quand elle était à l'école normale, elle avait croisé une de ses profs avec sa copine, alors bon quand même... Nous avons fini la soirée en regardant "Priscilla, folle du désert", que ma grand-mère n'avait pas vu, et qui l'a bien fait rire...

Donc, au train où ça va, je tiens à vous prévenir : si l'an prochain, à la LGP, vous croisez une bande d'octogénaires menée par une femme avec une canne qui hurle "Mort aux cons", ne paniquez pas : c'est ma grand-mère.




Carole

PS au cas où : je précise que le titre est une blague de mauvais goût mais pas du tout anti-pédé, bien sûr ;)



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