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Naissance et renaissance |
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Quand je suis née, je n’avais aucune idée de ce que je deviendrais plus tard. Un bébé ne se pose pas de questions sur l’avenir, tout ce qui compte pour lui, c’est qu’on lui apporte son biberon au moment où il le demande, qu’on lui fasse un câlin quand il se sent seul, qu’on le laisse dormir quand il est fatigué. Quand j’étais petite fille, je commençais à entrevoir ce que pourrait être le futur. À l’époque, j’avais des petits copains, je m’imaginais en petite fille forte, les tirant des griffes des méchants, au péril de ma vie, partant avec eux, main dans la main, en direction de terres inexplorées. Pour moi c’étaient des compagnons de jeu, mais aussi des amoureux transis. J’aimais le contact de leur main dans la mienne, je me réjouissais de les embrasser en douce pendant la classe, nous cachant sous la table pendant que la maîtresse ne regardait pas. Je ne me posais aucune question, je finirais mariée avec un prince charmant, de préférence avec trois ou quatre enfants, dans une grande maison avec jardin. À l’adolescence j’ai commencé à devenir timide avec les garçons. Il était impossible de faire le premier pas avec eux. D’ailleurs, je les regardais comme des animaux étranges, un peu ennuyeux, surtout incontrôlables. Ils se moquaient des filles. Ils disaient n’importe quoi sur elles, ils lançaient des rumeurs. Malgré cela, j’éprouvais encore des sentiments pour certains d’entre eux. J’inventais des histoires romantiques où je volais au secours de celui qui m’avait tapé dans l’œil, puis c’était lui qui volait à mon secours, jusqu’au dénouement où nous repartions invariablement vers notre vie familiale, avec maison et enfants. Mais quelque chose avait changé. Je flashais aussi sur des filles. Oh, bien sûr, toute à mon schéma classique de princesse ayant trouvé son prince, je ne voulais pas me poser trop de questions, je pensais qu’il ne s’agissait que d’admiration, une admiration telle que j’avais peine à engager la conversation avec elles. C’était la timidité, me disais-je, pour me rassurer. Au lycée, je continuai dans cette voie. Amoureuse des garçons, admirative de certaines filles. Parfois une certaine idée tentait de se frayer un chemin à la lisière de mon esprit, commençant par « Et si ? », mais je m’empressais de la rejeter tout au fond du puits contenant ce qu’on ne dit pas, ce qu’on ne doit pas penser. Je me répétais inlassablement qu’il ne s’agissait que d’admiration. Avec mon premier petit copain, je pensai que ces idées inconfortables allaient me quitter et, en effet, elles se mirent en veille dans mon cerveau. Il semblait que j’avais gagné. Mais était-ce vraiment une victoire ? Comme je n’avais jamais affronté le problème en face, je ne pouvais pas répondre à cette question, je n’y pensais même pas. Après quelques années à la fac, l’idée avait tout de même fait son chemin, elle était remontée un peu plus haut que la margelle du puits, elle ne demandait qu’à prendre réellement forme. Quand je voyais deux filles se tenir la main, je me posais malgré moi des questions : « Et si elles étaient ensemble ? » Je me sentais mal à l’aise, rougissante, je détournais le regard et tentais de penser à autre chose. Quand la conversation tombait sur le sujet de l’homosexualité, je me sentais rougir. Je faisais semblant de rien, mais j’aurais voulu rentrer sous terre. Je tentais désespérément de ne pas y penser, de conserver une certaine maîtrise de moi. Puis je tombai amoureuse d’une fille. Ce fut une étape difficile. Je venais plus tôt en cours pour avoir le plaisir de la voir arriver et la chance de discuter avec elle, sans que les autres ne soient autour à tenter de l’accaparer. Je détestais ma meilleure amie quand elle venait me voir, parce qu’elle me privait de la possibilité d’aller engager la conversation avec la fille de mes rêves. Je me répétais inlassablement que ce n’était pas de l’amour, juste une très grande admiration, rien de plus. Qui croyais-je tromper ? Au bout d’un an j’avais quand même réussi à accepter l’idée. J’étais amoureuse de cette fille. Ce qui ne m’empêcha pas de ne rien faire pour la revoir, à la fin de l’année scolaire. J’avais trop peur d’un refus si je lui demandais son numéro de téléphone. Ce qu’on peut être idiote quand on laisse la timidité prendre le pas sur le reste ! Durant les années suivantes, j’eus l’impression de naviguer entre deux eaux. D’un côté, je continuais de sortir de loin en loin avec des garçons, sans rester plus d’un mois avec, leur trouvant toujours un défaut quelconque ; de l’autre, je commençais à regarder les filles, à chercher dans leur visage une ressemblance avec celle dont j’étais tombée amoureuse, j’inventais des histoires incroyables où je la retrouvais, lui faisais ma déclaration et où nous partions à l’aventure, main dans la main. Puis je l’oubliai et commençai à m’intéresser aux autres filles. J’avais des coups de cœur pour des inconnues, je mourais d’envie de les aborder, mais à chaque fois quelque chose me retenait : qu’est-ce que j’allais bien pouvoir leur dire, qu’est-ce qu’elles allaient penser de moi, et si elles me riaient au nez avant de me tourner le dos ? Comment savoir si elles risquaient d’être intéressées sans m’impliquer moi-même ? Et puis étais-je vraiment sûre d’aimer les filles, ou n’était-ce qu’une passade ? Je me mis à lire quantité de livres pour vérifier mes tendances, je me procurai tous les films que je pouvais trouver sur le sujet, je passai des heures à y penser, parfois je me disais que ça ne durerait pas, tout en sachant très bien, au fond de moi, que j’étais ainsi, que ça ne changerait probablement plus, qu’il fallait que je m’accepte. Mais je n’osais pas en parler. Et puis un jour, sur Internet, j’ai trouvé le site des FéesduLogis, et tout s’est débloqué. J’ai pu discuter avec des filles comme moi, j’ai pu lire des témoignages, j’ai pu enfin me rendre compte que je n’étais pas seule à éprouver des sentiments pour les filles. Il n’y a que quelques mois que je parviens à me regarder dans le miroir en me disant tout haut : « Je suis lesbienne », sans partir d’un fou rire, sans rougir, sans détourner le regard. Il n’y a que trois mois que j’ai enfin fait un coming-out. Il n’y a que quelques semaines que je me suis décidée à franchir la porte d’une association. Mais maintenant, je sais qui je suis. Maintenant je sais que je peux avancer. Je suis lesbienne et fière de l’être. |
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Maud |
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