J'ai choisi
d'axer mon zapping mensuel sur les deux événements majeurs de cette
fin d'année télévisuelle : l'élection des Miss et la diffusion
tant attendue de l'épisode communautaire de « Sous le soleil ».
(Emission
« plus clair », canal plus, deux samedis de
décembre)
Lorsque je suis arrivée chez les Fées il y a bien longtemps,
dans une lointaine galaxie j'ai consacré mon premier article
à un problème de société assez grave sur lequel je voudrais revenir
aujourd'hui : l'élection des Miss France.
Savez-vous que c'est l'un des programmes de la première chaîne de
télévision les plus regardés de l'année ? Non, vous allez moins bien
vivre maintenant.
Nous regardions hier un reportage sur le voyage préliminaire des candidates
au titre en Tunisie. Je vous passe le petit discours de bienvenue,
les conseils distillés par la célèbre et médiatique maîtresse de cérémonie
sur la façon de mettre en valeur « leur féminité »
(un bon maquillage, une belle coiffure…), je garde également pour
moi le fou-rire que j'ai pris en voyant les papesses de la beauté
monter dans le bus affrété rien que pour elles les cheveux garnis
de bigoudis géants, mais pas la réflexion qui a choqué ma petite femme.
En voyant apparaître sur l'écran la représentante d'un de nos comtés
(les titres ne regroupent en effet pas nos classiques 22 régions républicaines
et les DOM pour des raisons que je préfère ignorer), je me suis exclamée
gracieusement « Oh mazette (oui je suis un peu vieille
France moi aussi…) quel thon (…et puis j'arrête aussitôt de l'être) ».
Ma moitié m'a alors fait les gros yeux me traitant d'impénitente et
impertinente « machote ». Je l'avoue, je ne
vois pas pourquoi je me garderais de tels commentaires.
En effet, ces jeunes femmes se ridiculisent, nuisent à mon avis à
la gent féminine dans son intégralité, sont sacrifiées sur l'autel
de l'audimat, mais lectrice et compagne de moi, ne l'oubliez pas :
elles le veulent bien.
Par exemple, au hasard, moi, je ne me présente pas au titre de Miss
Ma-Région-De-l'-Ancien-Temps, je ne défile pas en costume de ma province
sur scène, je ne m'exhibe pas en maillot de bain devant des mâles
langues pendantes, je ne m'expose pas aux commentaires peu chaleureux
de mes contemporains, je ne cherche pas à accéder à un titre désuet.
Pour résumer, je ne cherche pas à être Miss France. J'ajouterais bien,
« na ! », mais ça serait sans doute superflu.
Depuis que
j'ai écrit ces quelques lignes, la nouvelle Miss France a été choisie.
Les spécialistes en la matière trouvent qu'il ne s'agit pas d'un très
bon cru navrée, mais les spécialistes en la matière parlent
ainsi des Miss. Pour l'avoir vue, dans l'émission précédemment citée,
je suis bien obligée, moi aussi, de me ranger à cet avis. Cette vraie
Miss n'aime pas la guerre et voudrait faire de l'humanitaire avec
sa jolie écharpe (servir un repas aux restos du cœur)... Je sais que
ce n'est pas beau de se moquer des bonnes volontés, mais en la voyant
je me sens revenue trente ans en arrière. A vingt ans, elle a réalisé
son premier rêve : devenir hôtesse de l'air et maintenant la
voilà devenue, cerise suprême sur le gâteau, Miss France ! Pardon,
j'ai la nausée !
(« Sous
le soleil », TF1, le 20 décembre 2003)
A quelques jours de Noël, la première chaîne de télévision me fait
le plus joli des cadeaux qui soit : l'épisode où une des héroïnes
de « Sous le soleil » vire sa cuti est programmé.
En lisant un petit résumé sur les programmes télé, mon enthousiasme
vacille un peu. « Caroline, lassée par les hommes, décide
d'essayer les femmes ». Vous me connaissez (ou pas), je
monte sur mes grands chevaux, encore un programme qui va étayer la
théorie selon laquelle les lesbiennes le deviennent par dégoût des
hommes. Je m'installe donc dans mon lit la télé n'est pas devant
le canapé mais dans la chambre à coucher ce qui ennuie considérablement
ma moitié fermement décidée à assassiner dès que possible de
mon clavier cette série forcément homophobe.
Je ne suis pas très subtile, vous voyez arriver le retournement de
situation. L'épisode ne m'a pas déçue bien au contraire.
Je situe un peu l'intrigue pour celles qui ne regardent jamais la
meilleure série française. ;-) Caroline, avocate propriétaire d'un
haras, a été quittée voilà quelques épisodes par David, son compagnon,
juste avant la naissance de son deuxième enfant. En effet, le pauvre
garçon ne supportait pas l'idée d'être père. Le petit résumé qui introduit
chaque épisode plante donc le décor. La voix off, celle de la fameuse
Caro, annonce tout de go que les mecs c'est vraiment n'importe quoi,
ils te font de gosses et qu'ils te plantent là, et que donc pour le
moment elle préfère rester entre femmes. Dans la meilleure des séries
françaises, on ne fait pas forcément dans la légèreté. L'épisode commence.
Une magnifique architecte dresse les plans de rénovation de la propriété
de notre avocate. Elle est plutôt mignonne dans le genre chat efflanqué,
les cheveux courts en pétard, bref nous ne sommes pas dans les archétypes
déplaisants. L'entente est parfaite entre les deux femmes jusqu'à
ce que Caro apprenne par hasard que son architecte, Mélodie, est lesbienne.
C'est le choc pour elle. Elle craint que Mélodie ne la drague. Elle
se sent toute souillée. Les rebondissements sont multiples et parfaitement
inintéressants. Caro finit par se laisser tenter. Elle réalise à l'issue
de sa première nuit d'amour saphique qu'elle n'est pas homo et plaque
Mélodie qui repart au soleil couchant dans sa Twingo vers le pays
des gouines.
J'en viens à ce que j'ai aimé dans cet épisode. D'abord, la jeune
et séduisante goudou explique qu'elle en est venue à aimer les femmes
après une errance hétéro, mais qu'elle a toujours su au fond d'elle
qu'elle préférait les filles. Les scénaristes se permettent d'ailleurs
une private joke de bon aloi, quand Mélodie dit à Caro qu'elle a fini
par trouver chez un homme ce qu'elle cherchait, il s'agit de sa femme.
Ensuite, lorsque l'héroïne de la série rejette en bloc, au début de
l'épisode, l'homosexualité de sa convive allant jusqu'à projeter de
la virer, son entourage est indigné par son manque de largesse d'esprit
et la presse de renoncer à ses noirs desseins.
Bon, il n'y a pas que du bon non plus dans cette ouverture communautaire
de l'intrigue de « Sous le soleil ». Toutes
les téléspectatrices goudous ont dû regretter l'absence de baiser
et de contact direct entre les deux femmes. La seule nuit d'amour
de l'épisode est passée très vite, même pas un plan sur les deux femmes
sous les draps, je suppose qu'un rapprochement hétéro aurait donné
lieu à des plans plus sexués. Enfin, la morale est préservée, rassurez-vous
! Caroline n'est pas amoureuse de Mélodie et lui annonce avant de
la quitter qu'elle est définitivement hétéro.
J'espère secrètement que dans le prochain épisode samedi prochain
si les fêtes ne bousculent pas la diffusion de mes programmes favoris
Caro va rappeler Mélodie et qu'elles vont décider de baiser-comme-des-salopes©
jusqu'à ce que mort s'en suive.
Oups, je m'égare…