Et ben oui, ça y est, c'est
fait ! Première visite chez une gynécologue !
Je sais, je sais… vous allez
encore me dire que c'est pas bien du tout, que c'est pas possible
ces lesbiennes qui se croient à l'abri de tout et qui ne s'occupent
pas correctement de leur santé et de prévention !!!
Je sais tout ça et pourtant, j'ai tardé, tardé, tardé… à cause d'une
espèce de peur sourde, d'appréhension, où se mêlent la crainte de
la gamine qui ne veut pas aller chez le dentiste et celle de l'adolescente
face à LA première fois. Enfin, je parle pour moi seulement… je ne
sais pas pour les autres. Une espèce de pudeur que j'ai du mal à bien
identifier… Pourtant, je ne suis pas particulièrement pudique, mais
je me sentais vraiment comme une adolescente coincée qui n'ose pas
même montrer un bout de peau. Exactement la même sensation.
Alors, je me suis collé
un coup de pied aux fesses (au figuré bien sûr, je ne suis pas si
souple, la suite le montrera). J'ai attrapé les pages jaunes et commencé
la première étape du marathon, en commençant par le bourg le plus
proche de chez moi et sa seule gynéco : pas de place avant 3 mois.
Aïe ! Je ne pense pas que mon bottage de fesses va avoir un effet
aussi long. Allons voir à la ville. Je fais un tri sexiste. Aucun
homme n'a regardé de près cette partie de mon anatomie depuis plus
de 20 ans et je n'ai pas vraiment envie de m'y remettre, surtout comme
ça, à froid. Premier appel : pas de place. Deuxième, troisième, quatrième,
pareil. Me voilà mal partie. Cinquième : oui, oui, il y a de la place…
dans 6 mois ! Je m'accroche. Et je change de tactique. Je prends
la liste en commençant par la fin et je finis par obtenir un rendez-vous
assez proche pour que mes bonnes résolutions ne s'effritent pas avant
la date fatidique.
Le jour J arrive. Je me
récure de fond en comble, inspecte mes sous-vêtements. Je suis propre
sur moi naturellement, mais là, je vérifie tout, même le petit fil
qui pourrait dépasser de la couture de ma petite culotte en coton
(j'en ai choisi une presque neuve pour l'occasion). Et puis, attention
à la couleur de mes chaussettes aussi, pas la peine de faire trop
rustique.
Et me voilà dans la salle d'attente. Je suis arrivée un peu en avance,
pas trop, mais juste le temps de lire toutes les affiches concernant
le suivi de grossesse, l'échographie, l'accouchement, etc. Tout ce
qu'il faut pour me détendre…
Elle vient me chercher. Je me lève, toute raide et franchement coincée,
et je la suis. Allez, sois adulte, ma grande, c'est juste un petit
examen médical comme les autres après tout. Pas de quoi en faire tout
un plat. Respire et détends-toi.
Facile à dire ça ! Surtout quand elle me demande tout de suite
de me déshabiller et d'enlever mes sous-vêtements. Bien la peine que
je fasse attention à l'élégance de ma petite culotte ! Question
de fond : est-ce que je garde mes chaussettes ou pas ? Cul nu,
en T-shirt avec mes chaussettes… non, je ne peux pas faire ça quand
même. Il y a des limites à ce que je peux accepter comme niveau de
ridicule.
Enfin, ça c'est ce que je croyais. Parce que me voilà installée sur
la table d'examen. Couchée sur le dos, les jambes écartées, les pieds
soutenus par les étriers. Et croyez-moi, ça n'a rien d'érotique !
Surtout quand cette femme que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam (encore
moins !) s'avance dans le V ouvert devant elle par mes genoux écartelés,
fixe son regard médical sur mon intimité en plein courant d'air et
y plonge ses mains armées de… de… de cet objet que je crains tant,
mais que je n'ai même pas pu entrevoir.
Me détendre… on m'a dit de me détendre… respirer… inspirer… expirer…
se détendre… Mais je n'y arrive pas ! Mais ça fait mal ! Mais c'est
qu'elle me fait mal en me disant encore de me détendre… Et j'ai l'impression
que ça dure beaucoup plus longtemps que nécessaire… et je voudrais
bien me détendre pour que ça ne fasse plus mal et surtout que ça s'arrête…
STOP ! ! !
Ouf !
C'est fini. Elle se retire et se relève. Ça n'a sans doute
duré que quelques secondes. Rien de plus, rien de moins non plus.
Je descends des étriers, referme mes jambes et tire un peu sur mon
T-shirt, histoire de me sentir moins… nue.
Enfin, elle me regarde et me dit d'un air interrogatif et presque
interloqué : « Ça fait longtemps que vous n'avez
pas eu de rapports ? » Ben tiens ! J'ai presque
envie de rire maintenant. Il fallait peut être me poser la question
avant de m'agresser comme ça Madame la Docteur. J'aurais peut être
eu le temps de vous dire que je suis lesbienne et que je n'ai pas
eu ce « type de rapports » depuis au moins 20
ans. Si vous n'aviez pas supposé, sans poser de question, que j'étais
hétérosexuelle ou que la pénétration faisait partie de mes pratiques
sexuelles courantes.
Maintenant, c'est moi qui doit vous expliquer ça ? En douceur ?
Pour ne pas trop vous perturber ? Alors oui, maintenant j'ai
un peu envie de rire, pas de moi, mais plutôt de vous… D'ailleurs,
si je ne riais pas, je crois que je n'aurais le choix qu'entre deux
réactions : vous engueuler parce que vous ne pensez même pas que les
lesbiennes existent ou m'excuser pour la même raison. Mais qu'est-ce
que vous avez donc appris de la sexualité des femmes, vous qui vous
occupez de soigner leur sexe ? Comment voulez-vous, avec un comportement
pareil, que les lesbiennes viennent vous consulter en toute sérénité
et aussi facilement que le voudrait la prévention de ces maladies
qui les touchent aussi. Je me suis pourtant efforcée de rester très
zen.
Une fois rhabillée, j'ai essayé d'engager la conversation, d'élargir
le débat en vous posant quelques questions sur les risques de Maladies
Sexuellement Transmissibles touchant les lesbiennes, lesquelles, comment,
quelles pratiques à risque, etc. Et bien, ça n'a pas été concluant…
Au final, conclusion de
l'opération : ça y est, je suis une grande fille raisonnable qui prend
soin de sa santé. Je suis en parfait état de marche, comme neuve,
presque pas servi. Il faut que j'y retourne dans 2 ans (Putain !
2 ans !). Je n'ai pas été traumatisée par cette intervention
pourtant assez invasive et désagréable.
Il y a encore du boulot pour les militantes lesbiennes en direction
des médecins en général et des gynécologues en particulier… et pour
les militantes de la santé en direction des lesbiennes.