Auprès de ma blonde...




Bonjour,
Est-ce que vous connaissez cette sensation de colère qui monte, qui monte, alors même que son objet semble si anodin, si dérisoire... qu'il ne s'agit que d'un mot, d'un petit mot de rien du tout ?

L'autre jour, deux collègues femmes et moi discutions sur un sujet quelconque. Soudain, l'une d'elles s'exclame : « Excuse-moi, je n'ai pas compris, tu sais, je suis blonde ! »
Qui n'a pas encore entendu une fille blonde dire ça ? C'est au moins la deuxième fois que ça m'arrive. Et je ne sais pas vous, mais moi, franchement, ça me hérisse. C'est d'ailleurs ce que j'ai dit à ma collègue, ce à quoi l'autre (momentanément rousse) a répondu du tac au tac : « Mais pourquoi ça t'énerve ? Tu es brune ! » Sur ce, abattue par un argument si décisif, je suis partie, ne trouvant rien à répondre sur le coup. Mais alors la colère, vous savez, la colère qui monte, qui monte !

Bon. De mon point de vue, une blonde qui dit « Tu sais, je suis blonde... » cautionne au moins deux clichés.
Premier cliché : « La blonde est jolie ». Par définition. De la même façon que « Le ciel est bleu », « la tomate est rouge » ou « la poupée Barbie est... blonde ». Elle se réduit ainsi à un objet sans personnalité ni particularité propre, correspondant au désir du sexe d'en face (pas le beau, l'autre).
Deuxième cliché : « La blonde est jolie, donc elle est conne ». Car elle ne saurait être les deux à la fois, la pauvre choupette. Voir les insupportables « blagues de blondes ». Mais qui donc a bien pu l'inventer, ce cliché-là, qui retourne comme un gant la peur du désir ? Pas les femmes, mais non ! Non, comme toujours, les femmes se contentent juste de le reprendre à leur compte, souvent sans même s'en apercevoir. Pour jouer le jeu. Pour se faire aimer. En faisant, comme toujours, ce qu'elles pensent qu'on attend d'elles. Or, inconsciemment, avec un instinct sans faille, elles sentent que ce qu'on attend d'elles, entre autres, c'est : rassurer les hommes. Eh oui, ça leur ferait trop mal à ces pauvres chéris qu'une « nana » qui les fait bander les coiffe en plus au poteau dans une discussion sur les véritables raisons de la guerre en Irak ou sur la mécanique des fluides... Trop, c'est trop, pour les complexes du mâle dominant (Est-ce que je vais assurer ? Serai-je un « homme-un-vrai » ? Et en plus, il faudra causer ! Etc.). Bref, quoi qu'il arrive, le sexe faible doit le rester et tous les moyens sont bons.

On m'a aussi rétorqué que je n'avais pas d'humour : « T'en fais des histoires, c'est juste une blague ! »
Bref : une blonde (pas vraiment magnifique, en plus) qui dit (même à une autre fille) « Excuse-moi, je n'ai pas compris, tu sais, je suis blonde », ça me fait vraiment mal. Parce qu'elle entretient ce sempiternel rôle de femme « objet-du-regard-des-mecs » que la société tout entière essaie de nous inculquer à toutes depuis la plus tendre enfance. Parce qu'elle roule pour les gros machos sans voir qu'il y a autour d'elle des hommes sympas, avec du plomb dans la cervelle, qui ont envie d'autre chose.
Et parce qu'elle risque de donner raison à cette grosse connerie qu'elle profère.

Qu'en pensez-vous ?

Miss Jones



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