Quoi ? Une Femme ???
Ou quand deux (fausses) sceptiques font de la métaphysique



Dans la série des questions existentielles récurrentes sur le thème "qui suis-je ?", "qui sommes-nous ?", "c'est quoi une lesbienne, un coléoptère ?", voici "c'est quoi une femme ?". Frédérique s'était déjà posé la question dans le numéro d'Avril 2001, sans vraiment trouver de réponse, et comme on continue de se la poser, on s'y est collées[1], en partant de l'encourageante hypothèse que, finalement, il n'y a peut-être rien à en dire et qu'on se prend la tête pour rien.

1. Il aura fallu pas moins de deux semaines, deux nanas motivées, trois dicos, une grenouille, quelques réflexions pertinentes et concernées glanées sur liste et forum et cinq litres de café pour arriver à bout de... la tentative. Bel effort.

PROLOGUE : "C'est quoi une femme ?"

A première vue ça paraissait facile. Y-avait qu'à demander, tourner ça élégamment et hop ! Ben non. Ceux zet celles qui ont pris le temps de s'attarder sur cette évidence limpide ne sont pas pléthore, semble-t-il. Sage position au demeurant. Reposante en tout cas.

L'idée n'était pas de comparer LA femme à L'homme, mais d'essayer de trouver ce qui la caractérise vraiment, la définit, nous définit. Si une martienne débarquait là tout de suite et posait la question, on lui dirait quoi ? Déballer le paquet, ôter une à une les couches de préjugés, de culture, d'idées reçues, de lieux communs, de fantasmes....

ACTE 1 : le dictionnaire

Femme s. f. (On prononce Fame) : la femelle, la compagne de l'homme. Dieu tira la femme de la côte d'Adam. Les femmes sont naturellement timides [...] Fam., elle est femme, elle est bien femme, se dit pour faire entendre que celle dont on parle a les penchants, les faiblesses, les défauts ordinaires à son sexe. Femme publique, femme prostituée. (Dictionnaire de l'Académie française, 1884).

Femme [fam'] n.f. (lat femina). Personne du sexe féminin [...] Epouse, compagne de l'homme. Et la femme publique est toujours une prostituée. (Larousse du XXe siècle, 1930).

Et en 2003, une définition prise au hasard sur une encyclopédie du net :

Femme [fam] n. fém.

1. Femelle de l'espèce humaine. Etre humain du sexe féminin; personne adulte du sexe féminin. Eve est la première femme, selon l'écriture. Devenir femme : atteindre l'âge de la puberté. Femme-objet : la femme considérée comme un objet de luxe ou de désir sexuel. Fam. (Souvent péj.) Bonne femme : s'applique à une femme quels que soient son âge et sa condition. Une petite bonne femme : s'applique souvent à une fillette. V. aussi bonhomme (Avec un complément qui définit ses fonctions.) Femme au foyer, qui n'a pas d'activité professionnelle, qui se consacre à son intérieur, à sa famille. Femme de chambre, qui s'occupe du service intérieur d'une maison, d'un hôtel. Femme de ménage (vx de journée), qui gagne sa vie en faisant le ménage chez des particuliers, dans des bureaux, etc. Régional. belge. Femme à journée : femme de ménage. (Avec une apposition.) Femme médecin. Femme architecte.

2. épouse. Je vous présente ma femme. Prendre femme : se marier.

ACTE 2 : la grenouille

Vous avez déjà posé une question métaphysique à une grenouille ?
"C'est quoi une femme ??????
Et puis d'abord, c'est quoi cette question débile d'adulte ?

Etre une femme, c'est se regarder dans le miroir et puis, même si ce qu'on voit c'est pas très agréable parfois, ben c'est voir une femme peu importe ce qu'on a entre nos jambes.

Et sans être obligée de rester 36 heures au rayon maquillage ni de savoir cuisiner (putain les clichés!!!)

C'est aussi dire "elle" quand on pense à nous.<BR>Et une femme, c'est un vagin sur pattes avec un cerveau de vagin, mais pas forcément élevée en batterie comme tous les autres vagins sur pattes.
Etre une femme, c'est être soi-même sans forcément être blonde avec une grosse poitrine.
Et puis être une femme, c'est se sentir femme et puis voilà et puis c'est tout."

[-- Oui mais un vagin... tu n'y vas pas un peu fort, là ? Ce serait-y pas un tantinet réducteur comme définition ?]

Une grenouille de 16 ans qui vous débite tout ça en 5 minutes sans respirer et paf, balayés les états d'âme d'adultes qui se prennent le chou en oubliant l'essentiel ? Nous avons beaucoup à apprendre des grenouilles...

ACTE 3 : les réflexions pertinentes et concernées

Selon une grande rousse qui passait par là :

"L'identité sexuelle ne se résume pas à ce schéma simplifié... [celui du sexe biologique]. En effet, une femme d'origine transsexuelle est une femme, bien que n'étant pas d'origine "biologique", et un homme transsexuel, bien qu'étant "biologiquement" né femme, n'en est pour autant pas moins un homme, sexe dont il possède tous les attributs.
Bien sûr, ça remet en question tous les critères essentialistes et pose la question du genre.

Le sexe, c'est ce qui se voit, ce qui apparaît "socialement" et chacun sait que c'est "modifiable". Le genre, c'est ce qu'on ressent, ce qu'on se "sent être" (ou ne pas être, ce qui, à mon avis [au nôtre aussi, ô combien !]), est aussi important.
L'identité sexuelle, c'est l'adéquation de ces deux paramètres, que cette adéquation soit originelle ou provoquée." (Ioanna)

La féminité n'est pas un invariant culturel :
"Le simple fait de parler de politique était considéré comme pas très féminin à l'époque de nos grand-mères... Idem le fait de fumer. Ma pauvre grand-mère qui a passé sa vie une gitane maïs plantée au coin de la bouche s'est entendue qualifier "d'hommasse"..." (Manu)

EPILOGUE : deux nanas motivées et cinq litres de café plus tard.

Bon. Donc, si on récapitule.
Une femme serait une humaine de genre féminin... Avec ses envies, ses désirs, ses attirances, ses doutes, sa recherche personnelle et son chemin individuel...

Difficile de se concevoir comme un "vagin sur pattes", mais belle image, à la réflexion, pour dire que notre identité de femme est à l'intérieur de nous, blottie, au chaud, difficile à atteindre, mystérieuse et si centrale... Que ce vagin soit présent, passé ou futur, réel ou ressenti, il est là au creux de notre ventre[2]. Et la sexualité n'a rien à y voir, ce n'est pas le lieu de la procréation ou de la fécondation, c'est seulement là l'élément de notre corps qui nous ramène vers l'intérieur, le centre, là où comme le dit si bien la grenouille, nous sommes nous-mêmes et nous le savons.

Et à bien regarder, tout le reste ne serait qu'emballage -- paquet cadeau, filet ou cage -- qu'il ne tiendrait qu'à nous d'ignorer ou de jeter au feu pour nous [re]trouver ?

2. Entendu, il y a peu, au détour d'une conversation : au contraire, chez les hommes, les attributs de la virilité doivent faire l'objet du plus grand soin et d'une vigilance constante visant à les protéger des atteintes extérieures et de l'agressivité des autres mâles. Signe extérieur de vulnérabilité du genre ? Ceci est un autre débat :-).



Mireille
& Mylene
avec l'aimable participation de Clem (la grenouille), Ioanna et Manu.