Et si nous leur racontions...

 

Si, la fois passée, j’avais tenté d’évoquer le souci obsessionnel de catégorisation à l’œuvre dans notre société, si j’avais évoqué la possibilité que la catégorie " lesbienne " ne soit qu’une image peu aimable que l’on nous renvoie et qu’elle ne correspond à rien en réalité… je me suis rendue compte durant Cineffable que ce n’était peut-être pas un vain mot. En fait.

Cineffable, vous connaissez ? Il s’agit d’un festival de cinéma qui se tient tous les ans fin octobre, grand événement dans la vie des femmes cinéastes qui aiment les femmes, puisque sont essentiellement diffusés et mis à l’honneur des films, documentaires, court-métrages lesbiens. Je m’étais donc portée bénévole pour ce festival, dès juin, pensant à l’époque pouvoir y rencontrer l’âme sœur (oui, mes motivations ne sont pas toujours exemplaires…) et, à l’occasion, donner ma caution active à une juste cause : se battre pour la tolérance et le fameux " droit à l’indifférence ".

Mais alors que je m’étais déjà engagée dans la voie du mailing et autres activités militantes, je me suis rendue compte que les hommes étaient persona non grata. Indésirables car non désirés. Interdits d’entrée. Jusque-là rien de très nouveau, me direz-vous. Certaines boîtes de nuit, certains soirs… Certains bars même (quoique les gentilles barmaids soient rarement intraitables à ce sujet…)

Malgré les critiques de mes proches et amis, je persistai dans mon souhait car je pensais la non-mixité légitime, potentiellement explicable, voire provisoirement, mais provisoirement seulement, utile.

Me voilà donc ouvreuse d’un jour (en l’occurrence, d’une seule séance) au festival Cineffable, entourée d’une armée déroutante de femmes, seules ou en couples, mais ayant ce point commun implicite d’être homosexuelles (ou sympathisantes ou féministes). Et me voici plongée dans la pénombre d’une salle où sont projetés pêle-mêle, et parfois avec grâce, histoires d’amour entre femmes, souffrances et joies féminines. Non mixtes. Même si l'on y voit encore des hommes à l’écran...

Ce fut un bon film ("Treading Water") montrant une histoire magnifique de pudeur et de tendresse entre deux femmes non moins magnifiques. Un film sur la difficulté d’une famille, d’une mère notamment, à accepter l’homosexualité de sa fille. Sur le rejet violent qu’elle fait de l’amie de sa fille. Un film douloureux et beau. Et nous voici bien avancées, nous, de nous voir conter les difficultés du coming-out ou la beauté d’une scène d’amour entre deux femmes.

Comme si nous ne le savions pas, nous… Mais les autres, eux, les gens qui ne se doutent de rien, pas même qu’ils ont en eux ces désirs-là, les familles concernées, les garçons en général qui s’esclaffent ou fantasment à l’idée de voir deux filles s’embrasser, ceux qui pensent que les lesbiennes sont forcément des mecs manqués ou des grandes blondes sulfureuses…

Comme si le cinéma n’était pas un des meilleurs moyens de diffusion qui soient, comme s’il n’était pas plus accessible qu’un bouquin, comme s’il ne permettait pas une identification plus forte aux personnages et donc une plus grande compréhension, par le partage des sentiments, de personnes dont l’expérience nous est totalement étrangère. Oui, dans la pénombre d’une salle, le spectateur lambda, homme ou femme, transsexuel, bisexuel, mère ou père de famille, sans distinction, éprouve ces émotions, s’identifie malgré lui à ce qu’il pourrait rejeter.

Alors diffusons ces films. Pour la plupart, ils méritent d’être vus. Par des hommes aussi. Ne les gardons pas pour nous. Car je ne crois pas que ce soit nous qui, au fond, en ayons le plus besoin. Bien sûr ça n’engage que moi…

 

Chacha