La maladie de la femme folle


Bon alors, ça commence par un cri de femme, dans la pénombre d’une grande chambre. On la voit se lever précipitamment et se diriger vers un grand miroir devant lequel on peut s’habiller (une habilleuse, ça s’appelle, je crois).

“Mais il m’a mordu !” s’exclame-t’elle en scrutant le haut de sa cuisse. Dans le lit, un monsieur avec l’air penaud, on comprend que c’est lui le dévoreur de fesses.

Pour l’instant, c’est relativement rigolo, ils ont des drôles de têtes, et on attend avec impatience l’explication et le dénouement de cette étrange situation. Ça ne tarde pas : “Depuis quand n’avez vous pas fait de viande à votre mari ?”

Enfer et suffocation ! Mais quelle horreur cette pub ! Femmes, nourrissez vos maris, car ils sont faibles et stupides, plutôt que d’aller faire les courses et la cuisine, ils vous mordront les fesses au creux de la nuit (ça marche aussi dans l’autre sens : ils vous mordront la nuit, au creux des fesses).

Pourtant, je pensais avoir de l’humour, pis il aurait suffit de pas grand chose : remplacer “Depuis quand n’avez vous pas fait de viande à votre mari ?” par “Depuis quand n’avez vous pas mangé de viande ?” déjà, ça aurait limité les dégâts, un peu... C’est d’autant plus énervant que ce type de message rétrograde est quasiment relayé à tous les niveaux et dans toutes les formes de messages commerciaux : et vas-y que je compare les voitures aux femmes, ou bien les seins à des air-bags, le genre d’analogie qu’on attend plutôt de la part d’un fusilier commando reformé pour imbécilité congénitale.

Décidément, la publicité reste définitivement un monde d’hommes, qui considère la femme comme un panneau d’affichage ou pire, une ménagère de moins de cinquante.

En plus, pour terminer sur une note éducative, les pauvres fabriquants de viande qui comptaient sans doute sur cette pub pour nous faire oublier les prions semblent ignorer que la viande de vache folle n’est que la seconde cause de contraction de la maladie de Kreutzfeld Jacob. La première cause ? : le cannibalisme !