Indescriptible, imprescriptible



C'est comme un grand vide, un grand silence, un grand trou noir qui envahit nos vies. Pas de souvenir. Que du vide. Du rien. Juste une angoisse qui nous saisit sans raison. La peur du vide ? Non… La peur de ce qui se cache derrière ce vide. Pour comprendre que ce vide existe, il faut du temps. Des mois, des années, des décennies. Avant, il est là, mais on ne le sait pas. Les voies du cerveau sont impénétrables. Et, tout à coup, il apparaît. Silencieux, insidieux, noir, effrayant. Il apparaît et il grandit. Il prend toute la place. Notre vie, notre cerveau, nos pensées, tout est envahi par ce vide immense… Que veut-il ? Que signifie-t-il ? Que cache-t-il ?

Alors, commence un long chemin vers la découverte de ce qu'il y a dans ce vide. Un long chemin tortueux. Un mélange de curiosité et de peur. On veut savoir ce qu'il cache. On sait qu'il disparaîtra lorsqu'on en aura découvert le sens, mais, parfois, la peur est la plus forte. Peur de savoir, peur de comprendre, peur de voir…

Partir en arrière, ne pas savoir, s'éloigner du bord du vide et ne pas y plonger. Aller à sa découverte peut prendre des mois, des années, des décennies…

Alors, 10 ans après la majorité, c'est bien peu pour toutes ces victimes anesthésiées dont le cerveau a oublié, effacé, détruit la douleur. 10 ans, c'est bien peu pour découvrir ce qui se cache derrière ce vide, pour lutter contre l'angoisse de la connaissance, pour sortir les souvenirs des abîmes dans lesquels on les a enfermés, pour avoir le courage de se lever, de se regarder en face et de parler, d'accuser…

Pour que ceux et celles qui ont enfin le courage d'affronter leurs agresseurs ne s'entendent pas dire qu'il est trop tard, il faut se battre contre la prescription pour les crimes sexuels.
Parce que, souvent, l'enfant blessé a besoin de la reconnaissance de son agresseur et de la justice pour devenir un adulte vivant.

Nato



P.S.
Depuis mars 2004, le délai de prescription a été porté à 20 ans après la majorité au pénal. Cela n'est malheureusement valable que pour les victimes dont l'affaire n'était pas déjà prescrite au moment de l'entrée en vigueur de cette nouvelle loi, mais c'est un début. Si vous n'êtes pas dans ce cas, si pour vous, c'est toujours trop tard, vous pouvez porter plainte au civil. Cela consiste à demander des dommages et intérêts pour le préjudice subit. L'abuseur n'ira pas hélas en prison, mais être reconnu(e) comme victime peut parfois aider à se rétablir.



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