Toujours (pas) blonde



Miss Jones,

J'ai pris plaisir à lire votre "coup de gueule"… Il n'y a pas de petite lutte !
A priori, le sujet ne me passionnait pas… je suis brune ou presque  ! Et, sans me vanter (je ne m'en fais pas une gloire !), cela ne me met pas à l'abri de la connerie. Mais n'est-on pas toujours le con de quelqu'un ?
Ce que j'ai apprécié dans votre article, c'est le fait de pouvoir transposer les colères qui peuvent monter en moi et qui n'ont pas atteint l'effet escompté. En règle générale, se moquer de soi-même est une bonne thérapie. Dans le cas de "votre" blonde, il est difficile de savoir si dire tout simplement qu'elle ne comprend pas lui semble délicat… C'est son histoire ! En tous les cas, comment réagir en face ? L'humour paraît être l'arme la plus efficace, surtout dans le milieu du travail. La difficulté : quel humour utiliser face à cet "humour" là ? Pour éviter que l'idée que l'on veut faire passer soit perdue de vue. Comment, avec esprit, laisser entendre que les clichés, quels qu'ils soient, sont loin d'être anodins ? …Pas simple ! Mais je suis certaine que c'est la solution. En tous les cas, il n'y a pas de petite lutte !… « Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade ! »
On ne maîtrise rien ni personne… on ne peut chercher qu'à se maîtriser soi-même !
Je me demande si je ne suis pas une fausse brune finalement !

Danièle.




Bonjour,

Suite à ma bafouille sur les blondes le mois dernier, j'ai reçu quelques réponses qui m'ont donné envie de faire une dernière petite "mise au point". Car je persiste à penser que l'humour prend parfois la forme de l'arbre qui cache la forêt…
Car on me dit que je n'ai pas d'humour… On me laisse aussi entendre que je serais peut-être un peu condescendante (because brune ???)… On me parle enfin d'autodérision…
Franchement, l'autodérision, moi, j'aime bien ça. L'autodérision, ça favorise la complicité, ça met sur un pied d'égalité, du genre « Vous voyez bien ce que je veux dire, ah ah, on est d'accord… ». Ou alors, ça désamorce quelque chose – mais, j'espère, au profit de la personne qui s'"autodérisionne" ! L'autodérision n'est pas du masochisme, espérais-je encore, quoique le dico donne comme synonyme à dérision  : dédain, mépris, raillerie… Il y va fort, le dico, mais, heureusement, il donne aussi ironie, « manière de se moquer en disant le contraire de ce qu'on veut faire entendre ». Là, celle qui se moque d'elle-même contrôle la situation, elle brouille les cartes, puisqu'en face on ne sait jamais où est la vérité vraie.

Alors justement. La colère que j'ai ressentie, dans les 2 cas qui nous occupent, venait bien de l'impression d'entendre chez mon interlocutrice non pas une variété d'autodérision douce, non pas de l'ironie, puisqu'elle est effectivement blonde… mais bien une forme de violence à l'égard d'elle-même et, surtout, de toutes ses congénères de la même teinte. Et là, c'est vrai que j'ai du mal à prendre de la distance et à accepter le prétendu "second degré".
Parce qu'au contraire d'une complicité, d'une solidarité, c'est de la trahison que je ressens, trahison à l'égard des blondes et, par extension, de toutes les femmes, bien sûr ! (Une internaute du Québec me dit que là-bas, blonde est un autre mot pour dire femme, c'est dire…). Bon sang, pourquoi est-ce que les femmes continuent à s'"auto-perpétuer" la violence qu'on leur fait subir ?!! Mais voilà que je recommence… En fait, c'est la généralisation qui me gêne, toujours. Les noirs ont le sens du rythme, hein ! Et pi les blondes sont comme ci ou comme ça.
Donc, rien à faire, vous me dites que ce genre de petites phrases est une arme, mais je suis persuadée qu'il y en a d'autres, bien moins troubles, moins douteuses, moins… à double tranchant. Et puis, se moquer de soi-même, c'est indéniablement sain, mais entraîner les copines avec, franchement, c'est pas très sympa !

Encore une chose. Comme on me l'a suggéré aussi très justement, pourquoi ne pas dire, tout simplement : « Je ne comprend pas », point ? En être génée est une preuve de manque de confiance en soi, OK, ça arrive à tout le monde, et ça dépend beaucoup du contexte et de la personne qu'on a en face. Mais pourquoi ressentir le besoin de s'en excuser par une "tare" qui serait congénitale et qui, en plus, se verrait ? Ne pourrait-on pas dire « Je n'ai pas pigé, là, tu sais, je suis un peu bête ! » (autre version : « Je n'ai qu'un neurone ») – ce que je fais régulièrement dans les domaines qui me dépassent parce que je peux être aussi stupide que n'importe qui, merci ! Personne ne peut vérifier à je ne sais quel signe extérieur que je suis réellement bête. Et puis, je ne me moque que de moi-même, pas de toutes les filles à lunettes ou à baskets bleues. Alors, cette autodérision-là (ironique, bien sûr, ha ha ha) me gêne moins. Enfin, c'est normal, puisque je la pratique…
L'idée qu'on m'a suggérée (merci Danièle) de chercher une parade par une autre forme d'"humour", donc, plutôt que par la colère muette, me plaît bien. La prochaine fois, je répondrai à ma blonde consœur « Ben, moi non plus j'ai pas compris et, pourtant, je suis brune alors  ». C'est moyen drôle, je trouve, mais on verra bien le résultat. Si vous avez mieux, je suis preneuse !!!

En tout cas, merci pour vos réponses !

Miss Jones


 © 2004 feesdulogis.net