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Un regard particulier sur l’homosexualité |
Asha, 26 ans, est lesbienne depuis deux ans et demi. L’étrange façon d’aimer une femme est le titre du roman qu’elle est en train d’écrire
Il y a plusieurs raisons à cela. J’ai toujours rêvé d’écrire un roman. J’ai aussi toujours ressenti un fort besoin de m’exprimer. Mais à travers ce livre, je veux surtout comprendre mon rapport aux femmes et expliquer aux gens que, contrairement à une idée encore très largement répandue, l’homosexualité n’est pas une pathologie. Je n’aime pas non plus l’idée selon laquelle on deviendrait homosexuel(le) à cause de facteurs extérieurs, liés à l’enfance. Je n’ai pas subi mon homosexualité. Je l’ai choisie.
Qu’est-ce qui vous dérange dans le fait qu’on puisse définir l’homosexualité comme une pathologie ? J’ai l’impression qu’en affirmant que les homosexuels souffrent d’un mal, on tente de les faire entrer dans la norme en vigueur, celle du couple hétérosexuel. En réalité, les gens sont tellement perdus qu’ils ont besoin de mettre des étiquettes sur eux-mêmes et sur les autres. J’écris donc aussi pour lutter contre les étiquettes. Il me semble que lorsqu’on est amoureux, on n’aime pas un homme ou une femme. On aime simplement la personne que l’on a en face de soi.
Cela ne signifie-t-il pas que vous êtes bisexuelle ? C’est une question que je me pose souvent. Je n’ai pas le don de lire dans l’avenir, je ne peux donc pas affirmer que je n’aurai plus jamais de relations avec des hommes. Mon long passé d’hétérosexuelle me pousse à parfois me considérer comme bisexuelle. Mais pour le moment, j’ai envie d’explorer l’univers des femmes.
Le passage d’une préférence sexuelle à l’autre vous a-t-il permis d’observer un changement dans le regard des autres ? Sans aucun doute, mais cela ne m’a jamais posé de problème. La plupart des gens fantasment sur l’homosexualité féminine ou trouvent la chose répugnante. D’autres s’imaginent que j’ai des difficultés avec les hommes. Rien de très réjouissant en somme. Je dirais que 80% de la population a de tels préjugés. Je préfère donc discuter du sujet avec les 20% de personnes restantes. Des gens suffisamment ouverts d’esprit pour pouvoir me comprendre.
Vous qui avez longtemps vécu en province, pensez-vous qu’il est plus difficile d’y vivre paisiblement son homosexualité ? Certainement. De nombreuses filles y parviennent, mais je crois que j’aurais du mal à les imiter. On peut être à peu près tranquille dans des grandes villes comme Lille ou Bordeaux, mais on risque toujours de rencontrer des connaissances à la sortie d’un bar lesbien, par exemple. Dans ce cas, on ne choisit plus les gens à qui l’on révèle son homosexualité et c’est ce qui me gêne. A Paris, l'immensité de la ville et son caractère anonyme me préservent de cet embarras.
Contrairement à certains homosexuels, vous ne semblez pas être dans la revendication... Effectivement, je ne revendique pas spécialement mon homosexualité. Je préfère défendre la tolérance, le droit pour chacun à choisir son mode de vie, sa préférence sexuelle. C’est d’ailleurs un combat que je mène aussi au sein de la communauté lesbienne qui a parfois tendance à se renfermer sur elle-même. Lorsqu’ils organisent des événements non mixtes, les homosexuels reproduisent les schémas qu’ils dénoncent chez les hétérosexuels : ils excluent ceux qui ne sont pas " comme eux ". Je trouve cela insupportable et inadmissible.
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