Lena Vandrey est née à Wroclaw, en Pologne, le 23 avril 1941. A
la fin de la guerre, à l'arrivée de l'Armée Rouge, elle fuit avec sa
famille vers l'Allemagne de l’Ouest et plus particulièrement à Hambourg.
Elle y passera douze années difficiles, exerçant très tôt divers métiers.
A dix-sept ans, elle quitte l'Allemagne pour la France. Après avoir
séjourné à Paris, elle part en 1967 pour la Provence où elle s’établit.
Lena Vandrey peint, sculpte et écrit depuis son plus jeune âge :
« J'ai les souvenirs d'autres personnes qui se souviennent de moi et
m'accablent de leurs souvenirs. Ainsi je lis dans un album de famille
que j'étais assise à quatre mois, faisais mes premiers pas à huit, courais
à neuf, parlais et disais de longues phrases à onze, peignais mes premiers
tableaux à seize mois et écrivais le premier poème à deux ans, écrivain
poète à six ans, livres-leporellos à dix ans, publiée dans le journal
de Hambourg à quinze ».
... depuis la nuit des temps : une armada de déesses telluriques, d’amazones,
de harpies, d’anges ou encore d’androgynes, se partage sa création.
« Goules, Striges et Viragos, Vierges, Sibylles et Pythies, Putains
et Fées, Précieuses et Ogresses avancent sur le sucre noir à pas grinçants,
jettent dans l’âtre leur lait, boivent les eaux saturées de cendre,
entrent noires dans vos mines de sel où soudain des roses transpercent
les toits».
Des Amantes imputrescibles à Pandore et ses boîtes, Lena Vandrey
s’attache à reconstruire un monde, une histoire. Aussi coule-t-elle
des éclats d’histoire, petite, grande ou encore mythologique, des débris
d’objets dans la cire, afin de fixer, de faire mémoire. Ses tableaux
réunissent des matières brutes et inhabituelles, offrant des faces rugueuses,
dérangeantes, agressives. Ils se couvrent de mots, se mettent à raconter
des histoires, des légendes.
Lena Vandrey recompose les corps avec des éléments épars et, à l’aide
de cheveux, de dents, de lambeaux de tissus ou de cuirs et de cire,
elle restitue à ce qui était éclaté l’unité perdue. Opération divine
? Les personnages créés ressemblent plutôt aux figurines de rites exorcistes...
Corps unificateur de la toile pour pallier l’éclatement des corps.
L’artiste s’interroge sur l’horreur de la guerre, des camps de concentration,
« Après Auschwitz, plus de poésie, plus d’art, plus de Dieu », et cherche
« des gestes qui déchirent, ne serait-ce qu’un moment, cet oubli nécessaire
à la survie de l’être humain dans son quotidien, la mémoire est pareillement
nécessaire appel et rappel ». Ce travail de résistance au temps, ce
devoir de témoignage, elle l’opère par l’écriture et par la sculpture.
Elle entreprend un cycle « Auschwitz » et pend à des clous, sur des
sommiers, des silhouettes rongées par la rouille.
Travail contre l’oubli encore. Elle recueille dans des boîtes colorées,
des objets usés, oubliés puis retrouvés, constituant de la sorte autant
de petits théâtres témoins d’histoires passées. Fossiles, fleurs de
tissu, paire de chaussures, dés à jouer, bobines de fil, papiers anciens,
etc. sont autant d’objets qu’elle entrepose dans ses « boîtes de Pandore
».
Lena Vandrey utilise des matières, des techniques et des supports
variés : cire, huile, tempera, aquarelle, dessin, encre, pigments, bas-relief,
toile de jute, objets, tissus, feuilles et herbes, pierres et coquillages,
débris de porcelaine et de miroir, animaux naturalisés et fossiles.
Son œuvre place les femmes au centre de sa création et se compose de
douze cycles :
- Les Amantes imputrescibles (1967 à 1975)
- Les Figures originelles (1976)
- Les Anges (1976 à 1982)
- Réflexions sur le spectre de Jeanne d'Arc et de Diotima (1982 à 1985)
- Quichotte et Panza (1985)
24 planches en aquarelle et aquatinte pour la pièce de théâtre Le
voyage sans fin de Monique Wittig. (jouée par la Compagnie Renaud-Barrault
au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées).
- La Guerre de Trente ans et les Anges chutant (1986 à 1990)
- Le Rêve emmuré ou l'Art de l'enfermement (1991 à 1994)
- Cut-outs d'Anges (1995 à 1997)
- Les Boîtes de Pandore (1997 à 2000)
- Auschwitz (1997 à 2000)
- Collages et Plans sur la Comète Halley (1997 à 2000)
- Les Hermaphrodites et la Peinture rupestre (2000)
Volontiers provocatrice : « Je suis écrivain, parce que je ne sais pas
écrire. Je suis peintre, par habitude. Je suis sculpteur, je fais en
sculpture littérale de l'amour fou. Ensuite je peins dessus par habitude
et je tiens un journal de ces méfaits. Le tout est montrable, exposable,
reconnu et admiré. Sans que personne ne puisse expliquer pourquoi. »,
elle se présente comme «Antifasciste, Fossile d'ange, Amazone, Femme
de lettres, Cuisinière, Architecte, Chercheresse en vulgarisation scientifique
de socio-psychologie, et surtout pas Artiste, car je ne suis pas obligée
de faire ce que je sais faire et en aucun cas, je ne suis ce que je
fais. »
Ses expositions et publications sont nombreuses. Elle participe
à des films expérimentaux notamment ceux de Nomi Baumgartl, Hajo Schedlich
(L’un des plus connus : L’Ange amazonien.
Un portrait de Lena Vandrey, film couleurs et noir et blanc,
sonore, 92 mn, 1992). Elle obtient en 1969 le Prix du Jury du Musée
Calvet à Avignon, le Prix de la Critique au Musée de Lyon en 1975 ainsi
que le Prix du Mécénat à Monaco en 1986.
Expositions permanentes :
- Musée d'Art Brut, Lausanne
- Musée des Beaux-Arts, Lyon
- Fabuloserie, Caroline Bourbonnais, Dicy/Yonne
- Petit Musée du Bizarre, Candide, Lavilledieu
- Musée de la Peinture, Bagnols/Cèze
- «Museale Galerie» de Lena Vandrey, Plateau d'Issirac
Autres expositions :
1968 : «Art Brut et Arts Similaires», Palais Estrine, Saint-Rémy-de-Provence.
1969 : Musée Calvet, Avignon, Prix du Jury. Petit Musée du Bizarre,
Lavilledieu.
1970-1971 : «Sœurs Converses, Matières Indicibles», Petit Musée du
Bizarre, Lavilledieu.
1972 : «Essai sur les Mutantes et Autres Figures de Cabinet», Galerie
Stebler, Genève. Salon d'Automne, Orangerie du Luxembourg, Paris.
- Salon d'Erlangen-Nürnberg, RFA.
1973 : «Les Bonnes: Le Théâtre inspiration du peintre», Théâtre de
l'Odéon, Paris. Galerie Le Lutrin, Lyon.
- Palais Zachenta, Varsovie, Pologne.
- Musée de Katowice, Pologne.
1974 : Prix des Critiques d'Art, Lyon.
- «Cycle des Amantes Imputrescibles», Atelier Jacob, Paris.
- «Grandes Femmes, Petits Formats», Iris Clert-Christofle, Paris.
- «Figures de proue», Galerie Le Lutrin, Lyon.
1975 : Palais Saint-Pierre, Lyon.
- «Elektra : Apparitions et Visions», Galerie Le Lutrin, Lyon. Galerie
Rivolta, Lausanne.
1976 : «Art Magique - Matières Brutes», Maison de la Culture, Grenoble.
- Petit Musée du Bizarre - Lavilledieu.
1977 : «Sonates au tonnerre», Théâtre Le Lucernaire, Paris.
- «Urfiguren», Galerie Rivolta, Lausanne.
1979 : Musée d'Art Brut, Lausanne. La Fabuloserie, Dicy/Yonne.
1981-1982 : «Un autre regard» Centre d'Action Culturelle, Mâcon.
1983 : «Cycle sur le Spectre de Jeanne», Petit Musée du Bizarre, Lavilledieu.
1984 : «Fragments d'une mystique moderne», Salles Feuillade-Abric,
Lunel.
- «Remparts», Atelier 22, Avignon.
1985 : «Féerie pour Quichotte», planches des décors et costumes de
la pièce Voyage sans fin de Monique Wittig au Théâtre des Champs-Elysées,
Compagnie Renaud-Barrault, Paris.
- «L'Almanach des Amazones», Musée Rigaud, Perpignan.
1986 : Exposition d'Art Contemporain de Monte-Carlo, Prix Habib Gargour,
Monaco.
1987 : «Statuen sind wir uns schon einmal begegnet», Orangerie, Charlottenburg,
Berlin, RFA. «Die Durschstrahlte Hermaphrodite», Stsdtische Galerie,
DOsseldorf, RFA.
1988 : «Der Hebrâische Engel», Women's House, Los Angeles, USA.
1989 : «Erste Gestalten der Vernunft», «Zyklus Maria Stuart», Institut
Français, Bremen, RFA.
1991 : «Der Eingemauerte Traum», Hôlderlinturm, TObingen, RFA.
1992 : «Fundus, Gefunden, Erfunden», Hammoniale, Retrospektive, Hamburg,
RFA.
1995 : Galerie Guardi, Lyon. Galerie L'Iris, Gordes.
1994-1996 : «Stadt der Frauen», Hommage à Christine de Pisan, Frauenmuseum
Bonn, RFA.
1996 : «Art Brut et Compagnie», Halle-Saint-Pierre, Paris.
1997 : «Entre toutes les femmes - Lena Vandrey de la collecte à la création».
Boîtes et constructions, Musée d'Art Sacré du Gard, Pont-Saint-Esprit.
1999 : «Lena Vandrey - Anges Gardois». Cut-Outs, sculptures en carton,
Musée d'Art Sacré du Gard, Pont-Saint-Esprit.
2000 : «Les Chemins de la souffrance». Douze sculptures à propos d'Auschwitz,
fers rouillés, bois, tissus, Musée d'Art Sacré du Gard, Pont-Saint-Esprit.
- «Formes amazoniennes, Cycle Quichotte et Panza», La Hanseate, Hambourg,
Allemagne.
- «Les boîtes de Pandore». 250 boîtes et constructions. Collection de
l'Art Brut, Lausanne, Suisse.
Article écrit lors de l’exposition La beauté inconfortable réunissant des
œuvres de Lena Vandrey à la Halle Saint-Pierre,
2 rue Ronsard, 75018 Paris, jusqu’au 06 mai 2001.
Sources : Le site de la Halle Saint-Pierre
Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage écrit par Lena Vandrey,
Chapitres, Angria, Musée de la Halle Saint-Pierre, Paris.