Quand des gouines se rencontrent, de quoi parlent-elles ?


Quelques jours après sa sortie, ma compagne et moi sommes allées voir Billy Eliot au cinéma. Pour celles et ceux qui n'auraient pas vu le film, l'histoire se passe en Angleterre, sous Tatcher, dans une ville minière. Billy est un petit garçon comme beaucoup d'autres, à ceci près que sa maman est morte il y a quelques années et que sa grand-mère, qui vit avec lui, son père et son grand-frère, perd un peu la boule et va de temps à autre se promener en chemise de nuit... Sinon, Billy va au club de boxe toute les semaines, son père et son grand-frère sont mineurs en grève et la vie n'est pas toujours facile. Un jour, pour cause de travaux dans la salle de danse, les cours des petites filles en tutu ont lieu dans le gymnase des petits garçons en short et... Billy découvre la danse. A partir de là, il va devoir concilier sa passion toute neuve, qui le surprend lui-même, sa culpabilité de décevoir son père pour qui la danse est un truc de fiottes, le manque d'argent, son envie de réussir et sa peur d'échouer et bien entendu le cliché qui veut qu'un danseur soit homosexuel, donc méprisable... Même son meilleur copain, Michael, qui en pince visiblement pour Billy et qui aimerait bien lui aussi pouvoir porter un tutu, s'y trompe en voyant en Billy ce qu'il est lui-même : un petit garçon gay. Enfin, bref, l'histoire est belle (un peu mélo, mais c'est bôôôôôôôôô !), les personnages sont magnifiques, les acteurs fabuleux et surtout le père de Billy m'a terriblement fait penser au mien, tant pour le physique que pour le caractère : vous savez, ces types toujours un peu grognons, qui cachent derrière une comportement bourru des trésors de sensibilité, voire de sentimentalisme... Ces types qui passent pour des ours mal léchés parce qu'on leur a appris à avoir honte d'être sensibles et donc vulnérables... Tout mon papa !

Ma copine et moi étions donc devant le cinéma, toutes retournées, en train d'échanger nos impressions lorsque deux femmes sont venues nous dire bonjour (elles connaissaient visiblement ma copine pour avoir fait partie de la même association féministe) et la première phrase que nous jeta l'une d'entre elles fut :
"Alors, à votre avis, Billy Eliot, il est pédé ?"
Un peu interloquées, nous nous regardâmes et répondirent :
"Ben non, et puis c'est pas l'histoire...
- Non ? Ben moi je crois que si, la preuve à la fin, son petit ami est dans la salle !
- Mais justement, Michael n'est pas son petit ami ! C'est son meilleur copain qui, lui, est homo, mais pas Billy.
- Attends, il est maquillé !
- Ben oui, il est maquillé, c'est un spectacle de danse, il porte un maquillage de scène, comme les autres danseurs ! Justement, le film joue avec ces clichés pour ne jamais les utiliser au premier degré : Billy Eliot n'est pas pédé et en plus le film est fait pour que la question ne soit pas au premier plan, c'est pas ça l'important !
- Enfin, moi j'ai quand même trouvé qu'il était plus maquillé que les autres !"
Là, ma copine et moi nous avons échangé un regard de type "Si elle propose d'aller boire un verre, on refuse". Quand l'obsédée reprit :
"Enfin, la semaine prochaine, on va voir Girl Fight !
- Ah, c'est quoi l'histoire ?
- C'est une fille qui fait de la boxe : ça va nous changer des garçons qui font de la danse, hi hi !
(Rires polis)
- Faut dire, il y a quand même plus de garçons qui font de la danse que de filles de la boxe !
- Ah oui ? Tu as les chiffres ? Dis-je intéressée pour Fées du Logis.
- Ben non, mais ça doit être plus fréquent, alors c'est bien qu'il y ait un film sur les filles qui boxent !"

Là, nous nous avons tenté de lui expliquer que non seulement ce n'était pas sûr, mais qu'en plus il fallait se méfier de ces impressions qui paraissent tellement évidentes, mais elle nous a vite interrompues pour demander :
" Mais c'est qui ce Eric Clapton dont on voit les affiches partout en ce moment ?"

Tout ça pour vous dire qu'à trop chercher qui est pédé (ou gouine) et qui ne l'est pas dans les films, les chansons et les livres, on risque d'en rater l'essentiel, non ?
Dit madame, à part lesbienne, tu fais quoi dans la vie ?



Frédérique,
qui fait une grosse bise à son ours de papa ;))