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Je
rassemble les quelques forces qu'il me reste pour envoyer cet article
depuis la maison de repos où je me trouve actuellement :
Surchargé, harassé, stressé et angoissé par une vie parisienne trépidante,
je rentrais de chez le médecin qui prescrit des petites pilules bleues
(non, pas celles-là, les autres : celles qui rendent tout doux). Dans
le métro, je passe devant un des nombreux points de vente "presse".
Je m'arrête quelques instants, en quête du magazine Notre Temps,
le magazine des retraités (que le médecin des pilules bleues m'a prescrit
aussi, rapport à mon stress), et alors, premier choc : mon oeil innocent,
attiré par les couvertures chaudes et moites des magazines pour hommes
(vous savez, ceux qui ont pour dossier mensuel, voir annuel : "avoir un
ventre plat/être un bon coup/devenir milliardaire en dormant"), mon oeil
innocent, donc, s’arrête sur la couverture d'un de ces magazines, le tristement
nommé FHM. Et alors là le monde est devenu encore plus effrayant : sur
cette couverture, en compagnie d'une photo d'une dame en maillot de bain,
s'étalait un titre : Gagnez une vraie femme ! Déjà, mes mains étaient
parties à la recherche de mes petites pilules bleues, égarées au fond
des poches de mon gilet de laine que je m'étais tricoté (le stress, encore)
Mais alors ensuite j'ai vu, écrit en dessous, en plus petit : valeur 45
000 francs !
Je repris conscience un peu plus tard, dans une estafette de la police,
mais le tribunal a été sympa avec moi (je suis fils de ministre).
Dans le métro, des publicités pour ce magazine avaient envahi les murs,
l'immonde titre barré d'un "censuré !" racoleur.
Il semblerait malheureusement que l'étiquette "censuré" avait
été rajoutée à l'initiative de FHM, pour alimenter la polémique et ameuter
le chaland, (et pour preuve : une affiche sur trois ne portait pas
l'étiquette) en parallèle à ça, le rédacteur en chef de cette immondice avait
déclaré devant les caméras de l'émission de Fogiel, que c'était pour de
rire, que "pfff, pas d'humour ces hystériques, pfff" et que
en plus, c'est même pas une vraie femme, c'est un gadget en caoutchouc.
Alors pourquoi avoir écrit "vraie femme" ?
Isabelle Alonzo, qui était invitée à l'émission et qui semblait très calme
(malgré son hystérie), n'a pas trouvé ça drôle.
Et en effet, premièrement : c'est pas drôle (ou alors ça doit
être tellement "subtil" que jamais un lecteur de FHM "Femme
Hystérique Méchante" n'arriverait à comprendre) et deuxièmement,
on pourra peut-être rire des déboires des femmes quand ceux-ci auront
pris fin.
Faire des blagues sur les Juifs sous le joug nazi, ça portait un nom :
le nazisme...
Un peu plus tard, un dimanche après-midi, dégustant un délicieux poulet
aux pilules bleues, je tombe sur Luchini à la télé en train de déblatérer
tristement sur la disparition des femmes qui "savent tenir une maison"
au profit des femmes qui "réussissent", en compagnie d'un Michel
Drucker irradiant de consensus nostalgique. Et d'ajouter que nous les
hommes on est vraiment des nuls (nous, on réussit nos vies professionnelles,
en gros faudrait pas que ça change). J'espère qu'au moins monsieur Luchini
se rend compte des dégâts qu'il peut faire avec ce type de discours, par
ce que le spectateur moyen, abonné à FHM, n'aura peut-être pas saisi la
plaisanterie.
Une femme est autre chose qu'un objet en caoutchouc, c'est aussi autre
chose qu'une malheureuse qui essaye d'imiter les hommes au détriment de
sa nature millénaire d'esclave.
Et ça ne coûte pas 45 000 francs.
Xavier
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