Le Tokyo lesbien (2ème épisode)






Quelques mois plus tard, je pars à la découverte du Yokohama homo (proche banlieue de Tokyo) avec une amie lesbienne.

Forte d'une première expérience avec une fille, j'ai pris de l'assurance et j'arrive à l'heure dite avec l'adresse du club lesbien de la ville. Le problème étant qu'au Japon, ce n'est pas parce que vous avez l'adresse que vous êtes rendu, loin de là… 
En effet, dans l'Archipel, les rues n'ont pas de nom, mais une suite de 3 numéros indiquant le quartier, la rue et le bâtiment.
Bien entendu, si vous pensez naïvement que le quartier 1 et le quartier 2 se jouxtent ou encore qu'un même côté de la rue ne contient que des nº impairs, vous vous trompez lourdement… Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, comme disait ma prof de maths de lycée… Etant allergique aux mathématiques et incapable de lire un plan (mais, au moins, depuis que je regarde la 6, je sais que c'est parce que je suis une femme, créature dénuée de sens de l'orientation, mais douée concernant tout ce qui touche au langage - tiens, cela explique donc également pourquoi ma charcutière est si bavarde… merci M6 !), la recherche de notre bar a viré à la quête du Graal qui s'est terminée (après avoir mis au courant toute la population des environs que nous cherchions un bar lesbien) devant un restaurant de sushi qui, selon l'adresse, aurait dû correspondre. Me promettant d'envoyer par mail une apologie des bienfaits de la mise à jour au site Internet d'où j'avais tiré mes informations, je consulte mon amie qui me dit avoir repéré pas loin un endroit indiquant « Ladies' bar ».
Nous nous y rendons donc et trouvons porte close. Intriguées par l'absence d'affichage d'horaires, nous continuons notre enquête auprès du bar voisin. Endroit luxueux, garçons en smokings et femmes en robe de soirée. Je demande timidement à quelle heure ouvre leur voisin et m'apprête à partir, mais mon amie me donne un coup de coude : «  Laurence, demande lui si c'est bien un bar lesbien ! ». Je maudis mes 3 ans d'étude du japonais qui m'obligent à me coller à un interrogatoire encore un peu gênant pour la lesbienne en herbe que je suis et pose la question en rougissant. Je m'entends répondre que pas du tout, il s'agit d'un bar pour femmes avec de beaux serveurs qui vous font la conversation. Pas vraiment notre cœur de cible donc. Mon interlocuteur enchaîne avec un sourire en coin : « Ici, c'est l'inverse, nos clients sont des hommes et nos hôtesses s'occupent d'eux. Si vous voulez, vous pouvez vous asseoir… mais je vous préviens, c'est un peu cher… ». Mon regard fixe tour à tour l'impertinent, la sublime hôtesse en robe de soirée (qui pour quelques dizaines de milliers de yens suivra complaisamment le client dans sa chambre d'hôtel - ni plus ni moins que de la prostitution de luxe…) et le tarif : 6000 yens de l'heure (50 euros).
Nous repartons drapées dans notre dignité en pensant à la malignité du sort qui nous a fait découvrir ce repère pour mâles en manque « d'amour » déguisé en bal de jeunes premières... 



C'est Goldfinger, la plus grande soirée « girls only » se tenant tous les derniers vendredi du mois à Tokyo qui a constitué ma véritable plongée dans le Tokyo lesbien.
J'y suis allée avec 2 amies. Nous arrivons là-bas vers minuit et demie ; il y avait un monde fou, tous les styles - majorité de Neko-chan (fems) cela dit, à moins que ce ne soit parce que, paraît-il, les Japonaises sont très curieuses et qu'il y a un certains nombre d'hétéros qui viennent se mêler à nous pour s'encanailler…  Ceci expliquant peut être également la quasi absence de flirt, à moins que ce ne soit une manifestation de la pudique retenue japonaise…  En tout cas, la présence d'hétéros à cette soirée (évaluée par une de mes amies à 10% quand même !) fait qu'à chaque fois qu'une Japonaise engage la conversation avec vous, elle commence par vous demander si vous êtes lesbienne (genre : est-ce que ça vaut le coup que j'entreprenne de te draguer ?). La première fois, ça m'a fait bizarre tout de même, j'ai failli répondre que non, je venais visiter ! 

L'attraction de cette soirée reste cependant les 5 go-go danseuses sur des podiums dispersés dans la salle - diversion fort agréable dont l'inconvénient majeur est que l'on en oublierait presque de garder un œil sur la piste ! 
Le monde merveilleux du Marketing étant passé par là, les organisateurs ont eu pour votre plus grand plaisir (et celui de leur CA) la bonne idée de vendre pour 500 yens (environ 5€) 5 billets colorés que l'on peut offrir aux belles en guise de pourboires, geste immanquablement récompensé au choix par un baiser ou une danse lascive effectuée sur votre modeste personne… 
J'ai eu mes 15 secondes d'indignation réglementaires (« Non mais je suis pas si désespérée que ça je vais pas payer une fille pour qu'elle m'embrasse alors que je pourrais l'avoir gratos - enfin je crois ! ») et puis bon, une petite Tequila aidant, j'y suis allée de mon pourboire moi aussi. Je me suis donc avancée vers ma favorite, quelques billets entre les dents (décadence quand tu nous tiens !), elle s'est penchée vers moi, a pris le billet, m'a caressé les cheveux et m'a embrassée. Un condensé de douceur féminine et de transgression… Planant ! Et puis ça fait bien sur un CV, non, « ai embrassé une go-go danseuse » ? ! ! 

J'achève là ma revue du Tokyo lesbien pour vous… Pour moi, c'est « to be continued »… dès le week-end prochain ! 



Laurence


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