Voilà, on y est.
Après avoir survécu à Halloween et au beaujolais nouveau, c'est Noël
qui débarque.
Où sont passés les nouwels d'antan ? Quand tonton Charles se déguisait
en Papa Noël pas crédible et que ça faisait bien rigoler, quand même.
Quand dans les yeux des plus petits se reflétaient les lumières du
sapin.
Ahhh le sapin… on en était si fiers ! Décoré avec tant d'application,
la langue coincée au coin de la bouche, témoin de notre concentration.
Ses guirlandes poussiéreuses ressorties d'un vieux carton. Les boules
multicolores que l'on casse par paires, côtoyant les inévitables décorations
fabriquées à l'école. Et puis l'étoile, tout en haut. Choisie avec
soin, confectionnée amoureusement par de petites mains maladroites
ou encore transmise d'année en année, traversant les générations…
Parfois la crèche et puis cette grande table avec la nappe des jours
de fête. Et tout le monde qui s'affaire dans la cuisine, laissant aux
cousins-cousines le champ libre pour retourner le salon et faire résonner
la maison des grands-parents de cris et cavalcades en tout genre.
Les Noëls d'antan, quoi…
Aujourd'hui, nous avons grandi. Certes. Mais il y a toujours eu
des grands, durant nos noëls d'enfants, non ?
Alors pourquoi c'est plus pareil ?
Quelque chose s'est cassé. À un moment.
Les vieux ne sont plus parmi nous, les enfants d'hier ont à leur tour
des enfants, les adultes vieillissent, doucement… donc le compte y
est, non ?
Et bien non.
Souvent, trop souvent, le compte n'y est pas. Ou plus.
Parce qu'un jour, à un moment, il a fallu « prendre en
considération » un nouvel élément : Marc est homo ; Sylvie
est lesbienne !
Oui, et alors ?
Alors soit Marc n'a rien dit et rechigne de plus en plus à faire semblant
soit Sylvie n'en peut plus de passer les « fêtes »
loin de celle qui Non ! n'est pas juste sa colocataire. Soit
Marc et Sylvie ont été mis au ban de la sacro-sainte famille. Ou s'y
sont mis de leur propre chef, ce qui revient sensiblement au même.
Et petit à petit, les lumières de Noël deviennent ternes. Les sourires
forcés, la magie rompue.
Retour à la réalité.
T'es homo, mon grand. C'est toi qui l'a choisi pas nous. Alors démerde
toi avec ta solitude. Et ne viens pas nous imposer ta différence dans
notre monde lisse et parfait…
Alors, moi, je rêve d'un Noël aux couleurs gaies. Un Noël arc en
ciel. En famille…
Cette famille qu'on se construit, petit à petit, parce que la première,
celle du sang, devient trop étroite.
Cette famille avec ses diversités et ses richesses.
Quand la somme des solitudes se transforme en énergie joyeuse, lumineuse,
colorée.
Certains l'appellent « ghetto », d'autres « communauté
»…
Moi je voudrais qu'elle soit,
le temps d'un Noël,
ma famille du cœur.