Mixité bis
ou la réponse d'une (puis deux) anti-sexiste(s) adepte(s) de la mixité




Avant tout, il faut que je me présente, c'est nécessaire pour éclairer mon propos dans cet article.
Je suis un pur produit de l'école publique, laïque, républicaine et surtout mixte. J'ai la quarantaine, à peu près le même âge que la mixité d'ailleurs. Je ne me souviens pas avec une acuité suffisante de ma première année de maternelle qui, d'après ce qu'on m'a dit, n'était pas mixte. Je ne pourrai donc pas parler de la non-mixité et de ce qu'elle a de dangereux et de pervers (Je vous ai déjà prévenues, je suis de parti pris dans cet article).

En ce qui me concerne, je suis entrée en CP dans une école de filles. Pur produit de la communale moi aussi, j'ai fait partie d'un petit groupe de fillettes de CM1 transplantées de l'autre côté de la barrière, chez les garçons, l'année où la mixité tant attendue et revendiquée par nos parents prenait enfin place dans notre petite cité scolaire. J'étais une héroïne ! Et une guerrière… car affronter les garçons qui n'avaient jamais eu de filles dans leur classe, c'était à la fois un privilège et une gageure aux yeux de certaines et certains.

En fait, je dois avouer que je n'ai pas pu m'empêcher de tiquer lorsque j'ai lu l'article parlant de la mixité à l'école publié sur notre toile le mois dernier. Au départ, je n'ai pas compris toute la portée de son propos et il m'a fallu le lire très attentivement à plusieurs reprises, vérifier les références, aller en chercher d'autres pour me rendre compte que n'y était évoqué qu'un seul aspect des choses.
Sans préjuger de toutes les subtilités du livre de Michel Fize que j'avoue humblement ne pas avoir lu (je ne sais pas si j'en ai envie d'ailleurs), il ne me semble pas qu'il mette autant l'accent sur les violences sexistes et sur le sexisme de l'école. C'est par contre ce que fait la journaliste Claire Chartier dans sa longue introduction au dossier Mixité de l'Express quand elle nous rappelle les chiffres inquiétants de la violence dans le cadre scolaire. C'est un style de journalisme auquel on adhère ou pas… A l'inverse, le discours de l'Association Du côté des femmes sur la violence à l'école et le sexisme, prononcé en 2000 et consultable sur le site des Chiennes de garde, ne remet en cause, à aucun moment, la mixité scolaire. Il se contente d'en parler comme élément historique dans l'évolution de l'éducation des filles.
La juxtaposition voire le mélange des deux textes, à grand renfort de citations, accentue de manière artificielle la liaison violence, sexisme et mixité.
Il faut également noter que les avis d'experts opposés aux thèses de Michel Fize et publiés dans le même dossier de l'Express sont complètement passés sous silence, alors qu'ils mettent en lumière les limites et les risques de ces remises en cause de la mixité.
Quand Michel Fize lui même répète que la mixité n'est pas la cause directe ni de la violence à l'école ni du sexisme ambiant ni de l'échec scolaire des garçons et quand il se contente manifestement de proposer la mise en place provisoire de quelques classes non-mixtes comme un pis aller à des problèmes non gérés et donc non résolus, il est dangereux de faire dévier le raisonnement vers une remise en cause du principe de mixité scolaire. Cela apporte de l'eau au moulin des fondamentalistes de tout poils, adeptes de la ségrégation et du séparatisme (et on retrouvera ici aussi bien les islamistes que les féministes séparatistes).

Comme je l'ai laissé supposer au début de cet article, j'ai un parti pris plus que favorable envers la mixité à l'école pour la bonne et simple raison que je l'ai vécue tout au long de ma scolarité et que je sais ce que cette mixité m'a apporté. Je sais quelles portes elle m'a ouvertes en matière d'éducation, de culture et plus tard de métier. Je vous parle d'un temps où la mixité nous paraissait déjà comme un élément naturel et formateur pour la société à laquelle nous devions nous confronter ensuite. Formateur pour nous considérer à égalité devant le choix d'un métier (même si j'ai entendu ma mère, pas mon père, me seriner pendant des années : mais c'est pas un métier de fille ça !!!). Formateur pour apprendre à nous connaître, garçons et filles, et apprendre à vivre et à travailler ensemble en nous respectant.

Le respect… et le plaisir. Et puis, une certaine connaissance de l'autre acquise progressivement, parce qu'on a grandi ensemble et non brutalement, parce qu'un jour on a 15 ans et qu'il faut affronter la réalité de la vie qui, elle, est indéniablement mixte. Mais ça, ce sont les souvenirs. Aujourd'hui, les enfants et ados ne se posent pas la question de savoir s'il est bon ou mauvais d'être avec l'autre sexe. Il y a juste pour eux ces phases inévitables où l'on trouve que " les filles c'est nul ", " les garçons, c'est nul " puis, petit à petit, on se rapproche au point parfois d'en perdre complètement la tête, poussée d'hormone oblige. Mais la mixité fait partie de leur monde, point. Les relations garçons/filles s'inscrivent dans la réalité : le monde est fait d'hommes et de femmes, inutile de se préserver de cette vérité peut-être inconfortable parfois, mais incontournable. Car, si on en arrivait là, c'est que le modèle de société dans lequel on vit aurait changé. Cela signifierait soit qu'on sépare les sexes pour les préserver l'un de l'autre (c'est la tendance du discours sur la violence) soit qu'on les sépare pour en préserver la spécificité (et dites-moi alors ce qui est spécifique aux filles et ce qui est spécifique aux garçons, hein…) et c'est la tendance de tout discours rétrograde qui veut coincer bobonne à la maison entre les lessives et les courses.

Il est évident que la mixité à l'école n'est pas suffisante à elle seule pour faire disparaître le sexisme de notre société. Surtout aujourd'hui, quand le féminisme a mauvaise presse et que le sexisme revient en force dans les jeunes générations pour qui la valeur montante est la "loi du plus fort". Il reste encore beaucoup à faire, toujours.

Pour les garçons d'aujourd'hui, les relations avec les filles sont présentées de façon concurrentielles. Le ressentent-ils ainsi ? Je ne le pense pas. Ils sont plutôt confrontés au regard des autres garçons. C'est une sorte de concurrence dans le masculin, "masculinité" étant alors entendu comme un ensemble de contre-qualités intellectuelles. Les garçons intelligents, studieux ou simplement intéressés par les études, le travail et la lecture sont déconsidérés aux yeux d'une grande majorité. Il leur faut se trouver des pairs pour se conforter dans leurs choix trop "féminins". Dans ces conditions, il est plus facile pour certains de baisser les bras et de renoncer à la part "intellectuelle" d'eux-mêmes au profit d'une fraternité brute où seules la force et l'apparence ont de l'importance.


Pourquoi ce phénomène ? Question d'image. L'image de la virilité est véhiculée par de multiples supports, tout comme celle de la féminité. D'ailleurs, l'une dépend de l'autre. Si dans les magazines pour filles, on présente les garçons comme de grand machins un peu simples qu'il faut séduire en mettant de jolies jupes parce que c'est à ça qu'ils sont sensibles, c'est réducteur autant pour les filles que pour les garçons. Pourquoi les jeunes adhèrent-ils à ces niaiseries ? Sans doute parce que le matraquage est trop fort. Regardez les pubs pour les jouets de Noël. Il y a la rubrique garçon et la rubrique fille. Et vous ou moi, nous avons beau dire qu'une fille peut être plombier ou vétérinaire, le discours ambiant n'est pas du même tonneau.

Un garçon a pour modèle Action man, il parle par borborygme et s'il n'est pas dans ce moule, il est une tapette.

Je ne sais pas si je peux me permettre ici d'aller plus loin, je ne suis en aucun cas une théoricienne de l'éducation. Mais il est clair que tout notre système éducatif est confronté actuellement à des difficultés qui vont bien au-delà de la mixité des sexes et qui touchent également à la bonne mise en pratique de la mixité sociale et culturelle ainsi qu'à l'apprentissage de valeurs de respect de soi-même et des autres. La violence et le sexisme de notre société déteignent sur l'école. De quelle manière l'école peut-elle faire évoluer notre société ? 

L'école est à la fois le lieu où s'expriment ces tendances profondes de notre société (sexisme et violence) et celui ou règne un contre discours, à savoir l'égalité des chances des filles et des garçons, l'égalité des critères d'évaluation. Supprimer la mixité, c'est revenir à une époque où les filles et les garçons étaient enseignés différemment parce qu'on voulait façonner deux catégories d'êtres. On prétend vouloir remettre les garçons en selle parce qu'on pense qu'ils souffrent de la concurrence avec les filles, on prétend vouloir protéger les filles de la violence des garçons trop dépités par leur supériorité… il n'en est rien. Là encore, comme pour tous les problèmes de type société, on ne veut pas aller jusqu'à sa cause. On ne veut pas voir que c'est dans le modèle idéologique lui-même que se trouve la racine du mal. Il faut changer notre regard et donc notre projection du masculin et du féminin si on veut endiguer à la fois la déchéance intellectuelle des garçons et la violence entre jeunes.

Ah si, j'oubliais un point important qui sous-tend tous ces propos qui présentent les garçons comme obligatoirement agressifs, entre eux et envers les filles, et qui positionne les filles en tant que victimes obligatoires, rarement capables de se défendre. Est-il besoin d'insister et de détailler pour se rendre compte de ce que cela véhicule de sexisme régressif qui nous ramène à un stade très animal de notre évolution. Face à de telles thèses peut-être faudrait-il rappeler nos plus anciennes théoriciennes du féminisme et rééditer certains manifestes féministes historiques.

Exactement keske j'pense…



Mireille & Leïla



Références :

Dossier de l'Express à lire en totalité
Texte sur la Violence scolaire par l'Association Du côté des femmes
Une autre interview de Michel Fize
Les Furies contre Michel Fize


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