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Bribes
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Le matin.
Voilà, c'est parti ! Primo, toilette.
Deuxio, bisou-réveil aux deux marmots qui dorment encore (ils n'ont pas encore déchu de l'enfance aux réveils tendres).
Tertio, préparation des bols, micro-onde et grille-pain.
Quarto avalage de denrées alimentaires plus ou moins nourrissantes. « Vous rangerez, n'oubliez pas la vaisselle et toi, pense à prendre ta cagoule, il fait froid maintenant - promis m'man » et voilà, je suis partie.
Sur la route, les nouvelles, saupoudrées par des voix qui me sont familières bien que je ne connaisse aucun des visages qui s'y accordent. Et puis, le silence. Ronron du moteur quand je traverse une forêt où les ondes radios restent prudemment à l'orée, incapables de pénétrer plus avant.
Boulot, sourires, râleries, petits propos légers ou prise de décision importante (pas tous les jours), dialogues, solitude d'une cantine inégale, routine pas désagréable, non, pas vraiment, mais pas extraordinaire non plus.
Plus tard encore, après les douches, les devoirs, les histoires, le quart d'heure de détente où chacun raconte ses petites bricoles du jour, c'est la vraie détente, dans la pénombre, à deux. Dans mes bras, dans ses bras, de quoi parle-t-on ? Plus du travail. Encore que, peut-être un peu, mais sur le mode particulier de l'échange. Des images. Des ressentis. Petit à petit, la soirée avance et on glisse dans l'intime. Et puis on dort.
Une vie extraordinaire… elle vaut la peine d'être vécue. Je m'émerveille parfois.
D'autres me disent que ce sont les enfants. J'ai, de ce fait, des préoccupations très standard. Je suis sur le même terrain que plein de femmes qui ne se sont jamais posé l'ombre d'une question sur leur sexualité (qu'en sait-on, au fond ?). Mais, moi non plus, voyez vous… je ne me suis pas posé de questions. C'est comme ça. Ça s'est fait. Cet homme-là, dans un coin de mon passé, il s'efface. Il est présent, bien obligé, mais il s'efface. Je suis dans ses yeux à elle, je suis vivante dans ses bras, je suis aimante dans ses caresses, nous nous rejoignons dans chaque regard, au cœur d'un quotidien standard. Ce n'est pas l'euphorie d'une découverte. Même pas, car il y a eu un lointain précédent. C'est un état de fait. Nous sommes ces deux femmes-là et je ne nous désigne pas autrement que par le sentiment qui nous relie.
Que faut-il dire de plus ? Il y a tant de polémiques
Des homos se méfient d'autres homos parce que leur passé ne leur paraît pas conforme à l'image qu'elles se font du parcours d'une femme homosexuelle. D'autres n'ont pas d'a priori et considèrent que rien ne doit poser problème. Les deux points de vue sont erronés. Il n'existe pas de bon(ne) ou de mauvais(e) homo, je pense ne prêcher ici que des convaincu(e)s, mais il n'est pas facile d'être deux femmes avec des enfants. Ce n'est pas facile pour les enfants, ce n'est pas facile pour l'autre, pour Elle. La seule qui s'en sorte bien, c'est moi. Parce que cette trajectoire est la mienne. Je louvoie dans ses méandres, elle me ressemble. Mais croire que tout est simple si on est tolérant, c'est une erreur. L'ouverture aide, elle rend les choses possibles. Elle n'aplanit pas les difficultés. La difficulté demeure d'être ce que l'on est, de ne pas se trahir, de ne pas se mentir, de ne pas Lui mentir.
Plus encore que d'autres peut-être, quand on est confronté à la différence sociale ou morale, on ne peut déroger à cela. Ni les noms, flatteurs ou injurieux, ni les appellations, pseudo scientifiques ou sociologisantes, ne font ce travail pour soi.
Je ne me sens décidément ni homo ni lesbienne ni vraiment quelque chose de très précis dans notre vocabulaire. J'essaie d'être ce tout disparate qui me compose, j'essaie de faire vivre un tout composite où nous sommes quatre. Quel autre nom donner à tout cela que la vie ? |
| Leïla |
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