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Le regard des autres Une fois que j’ai eu accepté mon homosexualité, il m’a fallu apprendre à voir des femmes ensemble. Deux femmes se tenant par les épaules, c’est classique. Deux femmes bras dessus bras dessous aussi. Ce qui l’est moins déjà, ce sont les doigts entrelacés, les baisers posés furtivement sur des lèvres consentantes, les « French kisses ». J’avais plaisir à voir une femme en regarder une autre avec ces yeux si évocateurs, ces yeux qui disent combien la femme regardée est aimée et/ou désirée. Dès que les deux femmes se faisaient face et s’embrassaient, j’étais gênée, comme si je me prenais une grande claque de réalité. Je suis sortie avec une jeune femme, j’ai fait ce que j’avais vu auparavant, j’ai senti en moi ce qui me faisait tant rêver. Pourtant, je continuais à éprouver une certaine gêne en voyant des femmes se dévoiler publiquement par leur étreinte. Mes yeux ne s’habituaient pas à voir des couples de femmes s’embrasser devant tout le monde. Je décidais de voir plus de lesbiennes, de sortir pour m’habituer, pour que cela me semble aussi naturel à voir qu’à faire. Sortir, voir d’autres lesbiennes dans des moments d’intimité, dans un véritable baiser. Plus facile à dire qu’à faire ! Bien sûr, je suis un peu sortie en deux ans, j’ai rencontré des lesbiennes, j’ai dansé avec et au milieu de lesbiennes. Lors d’une soirée, j’ai vu des couples de femmes s’embrasser et je les ai trouvées belles. Je pensais mes yeux enfin habitués. Mais les images préconçues sont tenaces et je me suis vite rendue compte que ma gêne n’avait que peu évolué. J’ai réfléchi (ça m’arrive ! ! !) et j’ai cherché d’où me venait cette gêne. Une lesbienne gênée de voir des femmes s’embrasser dans la réalité, sérieusement, c’était un comble ! Et le festival du film lesbien est arrivé (alléluia ! Le festival nouveau est arrivé ! ) . Je me suis retrouvée entourée par des centaines de lesbiennes pendant plusieurs heures, dans différentes ambiances. J’ai permis à mes yeux de regarder, mais regarder vraiment. Je leur ai permis de regarder les femmes sachant que je pouvais en désirer, que ce désir, ce plaisir de les voir pouvaient être perçus et remarqué et faire de moi aux yeux des autres, une lesbienne. J’ai permis à mes yeux de se mettre à la place de quelqu’un d’autre et de me regarder, là, lesbienne au milieu des lesbiennes, et reconnue comme telle. Je leur ai permis et je me suis permis de me voir de l’extérieur, de me dire « cette fille, c’est toi. Elle regarde les femmes avec plaisir et il est manifeste que certaines l’attirent. Elle est lesbienne ». C’est une chose d’accepter les impressions, les sentiments qui m’attirent et me font désirer des femmes. C’en est une autre d’accepter d’être repérée et reconnue comme lesbienne par d’autres personnes. Mes yeux voient des femmes s’embrasser et me renvoient aujourd’hui ce même sentiment de joie que je ressentais à la vue du baiser d’un couple hétéro. Plus de gêne. Il y a deux ans, j’acceptais mon homosexualité, en moi. Aujourd’hui, j’accepte mieux d’être une jeune femme qui aime les femmes aux yeux des autres et des miens. |