Il était une fois...

C'est bien comme ça qu'on raconte les histoires, non ?

C'est comme ça qu'on raconte les histoires du passé, celles d'avant. C'est donc la formule que je dois utiliser pour vous raconter "Avant", avant que je découvre que j'étais lesbienne, avant que je découvre que les femmes... Whaouuuuu ! ! ! ! ! C'est la vie...

Il était une fois, donc, une gentille étudiante, genre étudiante moyenne, pas particulièrement studieuse, mais pas particulièrement dissipée, pas particulièrement coincée, mais pas très intéressée par les choses du sexe.

Là, je vais reprendre la première personne parce qu'en fait je vous raconte ma vie, et j'ai du mal à parler de moi à la troisième personne.

 

Il était donc une fois, moi, étudiante moyenne, qui ne m'étais pas posé beaucoup de questions jusque là. Ma vie se limitait à mes études et au petit groupe d'amis un peu baba-cool avec qui je refaisais le monde régulièrement. Dans les années 80, baba-cool et peace and love c'était déjà un peu ringard et décalé, mais bon... Sentimentalement ma vie était très limitée ; une fille doit être attirée par les garçons, et peu, très peu de garçons m'attiraient. On flirtait un peu, mais entre baba-cool, ça n'engage à rien et c'est juste une amitié un peu plus expansive. D'ailleurs dès qu'un garçon tentait d'aller plus loin, je m'éloignais.

Pas de petit copain donc, sauf une fois, pendant 6 mois : il voulait être curé, ne tentait rien, et m'évitait que d'autres s'approchent trop près. Pas grand chose à vivre par moi-même, mais beaucoup de temps disponible pour les autres dont je suivais attentivement toutes les aventures amoureuses. Vous savez, la bonne copine, qui ne se plaint jamais quand on lui fait tenir la chandelle, qui est toujours disponible pour écouter les histoires qui commencent ou qui finissent, qui est toujours prête à donner un bon conseil, dont on se demande d'ailleurs où elle va le chercher, puisqu'elle même...

Cette période a été très instructive. J'ai beaucoup appris sur les relations humaines, sur les relations homme-femme. J'ai surtout pu faire la liste presque exhaustive de ce que je ne voulais pas vivre.

Vers 21 ans cependant, j'ai commencé à me demander : pourquoi pas moi ? Tout fonctionnait, je me sentais à l'aise dans mes basquettes, j'avais le contact facile, les garçons me draguaient et réciproquement, j'aimais bien flirter, ma libido existait bien et mes masturbations régulières et solitaires pouvaient me rassurer sur mon aptitude à jouir de mon corps. Mais..., eh oui, il y a le Mais qui fait se poser des questions. Mais impossible de dépasser le bord du lit avec un mec. C'est drôle, en écrivant ça, le garçon, le copain, devient un Mec. C'est exactement comme ça que je le ressentais : qu'est-ce que ce Mec est en train de faire avec mon corps ? Je n'en veux pas ! Et je le virais. Vous imaginez la réputation d'allumeuse que ça a pu donner !

Voyant autour de moi toutes mes amies qui elles trouvaient ça bien ou le semblaient, j'ai quand même commencé à me poser des questions. Je suis alors entrée dans ma phase "expérimentale". Vous connaissez la façon de travailler de certains scientifiques : à partir d'un phénomène observé, vous élaborez une théorie sur ses causes et vous montez une expérimentation pour tester la théorie.

Première théorie : "j'ai peur de tomber enceinte".

Bonjour Docteur, je voudrais prendre la pilule. J'ai donc pris la pilule pendant quelques mois, mais rien n'a changé.

Deuxième théorie, élaborée avec un copain : "c'est le stress, la peur du passage à l'acte."

Bon, j'en choisi un pas mal, avec qui j'aime bien flirter, la soirée est bien entamée et assez chaude, je ferme les yeux, je me bouche le nez et je me jette à l'eau. Quelle catastrophe ! Seul résultat, je n'étais plus vierge.

Troisième théorie, élaborée toute seule : "Il faut être amoureuse."

Mais qu'est-ce que l'amour ? Il faut être en confiance, détendue, apprendre à se connaître. C'est tout ce que je pouvais en imaginer à l'époque. J'ai attendu d'être en confiance, détendue, bien quoi... eh bien... pas mieux... même pire...

Quatrième théorie : "ces mecs là n'étaient vraiment pas doués sexuellement."

Je suis sure que celui avec qui j'ai fait une dernière tentative était ce qu'on appelle "un bon coup". Il a tout essayé, exploré toutes mes zones érogènes, pris son temps... Quelque chose me bloquait dès que je devais toucher son sexe et surtout dés que son sexe s'approchait du mien. Je devenais froide, sèche et complètement fermée.

Là, je me suis dit qu'il fallait arrêter l'expérimentation et repasser en phase d'observation du phénomène, c'est-à-dire moi, pour découvrir d'autres indices qui permettraient peut-être d'élaborer la bonne théorie.

Et qu'est-ce que j'ai découvert ? Que lorsque j'étais assise à la terrasse d'un café, c'est les femmes et non les hommes que je suivais des yeux. Que les posters affichés dans ma chambre d'étudiante ne représentaient que des femmes. Que mes fantasmes masturbatoires mettaient en scène mes copines et pas mes copains... et la liste des indices qui m'avaient échappés jusque là est très très longue.

Si la phase d'expérimentation avait duré près de 3 ans, la phase d'observation a été très courte. Lors d'une soirée d'anniversaire, j'ai rencontré deux gays qui ont joué les grandes folles toutes la soirée et avec qui je me suis vraiment bien éclatée. À tel point qu'en fin de soirée, ils m'ont demandé si moi aussi j'étais homo : "Ben euh, j'sais pas, mais justement, je me pose la question..". "Pas de problème ! On fait partie d'une association. Si tu veux, tu viens nous voir, on te présentera des copines et tu verras bien."

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Dès la semaine suivante, il y avait une réunion. Très fébrile, je me trompe d'heure et arrive au local de l'association avec une heure d'avance. Personne. Que faire ? Fuir ? Pas question, maintenant que je suis là, je veux en avoir le coeur net. Je me suis donc planquée sur le trottoir d'en face et j'ai observé les gens qui rentraient dans le local. Quand les deux gays qui m'avaient invitée sont enfin arrivés, je me suis précipitée sur eux, sans regarder les autres... 10 minutes après j'étais invitée à une petite soirée entre lesbiennes pour le lendemain. Et quelle soirée ! Je vous rappelle que je n'avais jusque là rencontré aucune lesbienne. Même si je savais qu'elles existaient, elles étaient pour moi sur une autre planète. Et là, d'un seul coup, 20 lesbiennes dans un petit appartement, vivantes, réelles, palpables (enfin pas trop, faut pas pousser le premier jour !). J'étais complètement hallucinée, bouche bée, à les regarder bouger, parler, danser, se toucher, s'embrasser... Je devais avoir l'air complètement ahurie et incohérente. Dés que l'une d'elles s'adressait à moi pour savoir qui j'étais, ce que je faisait, etc., ma seule réponse était, "je crois que je suis lesbienne, mais je ne suis pas sure". Pas un mot sur mes études, mes lectures, mes intérêts ou quoi que ce soit d'autre : je ne pensais qu'à ça !

Il ne m'a pas fallu très longtemps pour être sure, quelques mois seulement. Un soir où les copines de l'association ont proposé de sortir les nouvelles, dont moi, et de nous emmener en boite, je me suis décidée : c'est elle, et c'est ce soir ! Et c'est moi qui l'ai draguée ! Et je ne vous raconterai pas comment parce que c'était vraiment trop nul. Mais ça a marché. J'étais fébrile, j'avais les mains moites et tremblantes, mais j'étais surtout complètement électrisée, polarisée, je ne voyais plus qu'elle et tous mes sens étaient tendus vers elle. Et quand elle m'a demandé : "On va chez toi ou on va chez moi ?", j'ai cru me liquéfier, exploser, m'envoler, disparaître... Et chez elle tout a été si simple, si évident, si facile, si naturel et surtout si bon...

 

Le lendemain matin, ou plutôt midi, je me sentais heureuse et en même temps un peu bête : "Mais oui, mais si, mais c'est, bien sur !". Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt !

Elle a été ma première Amante et ma première Amoure et ça a duré 3 ans.

Et depuis ce jour la, je suis sûre d'être lesbienne et je ne suis plus jamais froide, sèche et fermée, et la vie est belle et les femmes aussi ! ! !

Mireille



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