Chacun fait, fait, fait, c'qui lui plait, plait, plait…
(entre militantisme et psychologie de comptoir)



Toutes aux abris ! L'ordre moral est de retour ! Planquez-vous, faites-vous discrètes comme des souris, cachez-vous derrière la plante verte et surtout, surtout, NE DITES RIEN ! Comme les gentils flics des séries américaines nous l'expliquent régulièrement : tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.

Je m'affole, mais tout ça n'a rien de neuf, c'est même passablement du réchauffé de se retrouver confrontée à des normes imposées sur nos vies, nos comportements, nos sentiments. Des siècles de civilisation humaine, des siècles de construction sociale pour nous construire les règles, des normes, des valeurs sures auxquelles se conformer. Sinon on devient hors-norme, hors-cadre, hors-sujet… Le vide !

Et la nature, surtout quand elle est humaine, a horreur du vide. Alors les hors normes se regroupent, les hors cadres se cherchent des valeurs, les hors sujets créent des clubs. Et hop ! On s'invente de nouvelles normes toutes belles, toutes propres, de nouvelles règles bien nettes, bien carrées, histoire de reconstruire de jolies petites boites aussi rassurantes que la petite maison dans la prairie. Parce que le but il est bien la : construire des murs contre la peur, nos peurs.

Il n'y a plus ensuite qu'à faire rentrer tout le monde à la maison. On se tasse comme des sardines, on se moule les uns aux autres, tous pareils, pas un cheveu et surtout pas une idée qui dépasse. Et pas un bruit. Le moindre son discordant et vous êtes dehors, dans le froid et le vide. Alors taisez vous et tremblez !

La maison d'à côté, construite sur d'autres règles, est un danger permanent qu'il faut combattre à grands coups d'invectives et de noms d'oiseaux. De toute façon, hors de chez nous, point de salut ! Y sont moches et mal-pensants les voisins, impossible de s'entendre avec eux/elles ! Mais le pire, c'est que même dans cette maison bien calfeutrée on n'est pas à l'abri.

Ce schéma de fonctionnement, j'ai l'impression qu'on peut le calquer sur beaucoup de situations. Cela s'adapte parfaitement à ce qui se passe fréquemment dans nos milieux militants, en particulier dans le milieu lesbien où l'on a une forte tendance grégaire avec des petits clubs qui expliquent gentiment (ou moins gentiment) aux "autres" comment il faut se comporter, comment il faut parler, comment il faut faire l'amour, ou ne pas le faire, en quoi il faut croire, ce qu'il faut détester, ou encenser… On est sorties d'un carcan, serait-ce pour replonger dans un autre ? pour en construire un autre ? A-t-on tellement peur du vide ? de vivre sans filet et surtout de laisser vivre celles qui sont différentes de nous ?

C'est déjà si difficile de choisir sa propre vie, de savoir ce qu'on veut pour nous même, de réussir à le vivre… Comment serions nous capables d'imposer quoi que ce soit aux autres ? N'est-ce pas se tromper de combat ?

Laissons chacun(e) libre de se créer… sans le moule de l'appartenance !!!



Mireille


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