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Dure réalité ! |
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Nouvel appel à témoin sur le forum du site des fées : parlez moi des événements clés de votre vie de lesbienne, coming out, rencontres, premier amour, amour durable, PACS, engagement militant, désir d'enfant, naissance d’un enfant, etc. Dans ma tête, ça a laissé un blanc. Mon coming-out ? Non, ça n’est pas un événement clé, il s’est fait en douceur, pas trop tôt et pas trop tard, j’étais juste prête. Des rencontres, mon premier amour, mon Amour ? Oui ce sont des événements clés de ma vie, bien sûr, mais comme tout le monde. On fait tous des rencontres importantes, fondamentales dans notre vie, que je sois lesbienne leur apporte juste une petite coloration particulière. Enfant ? Euh Non, désolée, ça ne fait pas partie de mon paysage. Quant à mon engagement militant, il existe, certes, mais je pense qu’il pouvait être considéré jusque-là comme un militantisme de convivialité. Rencontres, discussions, fêtes, défilés festifs et aussi, je pense que c’est le plus important, visibilité au quotidien dans le village où j’habite comme au boulot. Bien sûr, quand nous avons acheté notre maison, il a fallu chercher un contrat particulier. Bien sûr il m’arrive encore parfois d’être obligée de rectifier : non, non, je ne vis pas avec UN informaticien, mais avec UNE informaticienne Bien sûr, il y a toutes ces petites choses de la vie quotidienne qui sont un peu moins simples Mais ça s’améliore, petit à petit, pas à pas. Aujourd’hui, nous sommes pacsées. Ça s’améliore, oui. Et pourtant Les événements clés de ma vie de lesbienne, ils sont assez récents en fait. 2 ou 3 choses qui se sont passées en France dans les cinq dernières années. 2 ou 3 choses sans lien direct de cause à effet, mais dont le point commun est l’homosexualité, l’homophobie. 2 ou 3 choses qui, mises ensemble, ont abouti à une prise de conscience et ont fait naître en moi une angoisse sourde qui ne me quitte plus. D’abord, il y a eu le PaCS. Grande avancée que ce Pacte Civile de Solidarité. Drôle de nom pour qualifier l’union de deux personnes qui choisissent de vivre ensemble par amour. Les discussions autour de ce texte ont permis à la haine et au mépris de s’exprimer, dans la rue mais aussi dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, sans censure, sans retenue, sans respect Mais bien plus que cela, ce qui m’a secouée, ce n’est pas tant ces insultes que l’absence, la démission des députés de gauche, en particulier socialistes, au moment du vote. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais la loi sur le PaCS a dû être votée 2 fois, car la première fois l’hémicycle avait été déserté par ceux-là mêmes qui devaient la soutenir. Pourquoi est-ce qu’ils n’étaient pas là ? Parce qu’ils avaient mieux à faire ailleurs. Parce que tout ça n’avait pas d’importance à leurs yeux ? Parce qu’ils se voyaient mal rentrer dans leur circonscription et dire à leurs électeurs : oui, nous avons permis aux couples homosexuels, en votre nom, d’avoir un statut légal ? Homophobie larvée et lâche qui ne dit pas son nom, après l’homophobie bruyante des Boutin et consort. Ensuite il y a eu l’agression de Sébastien Nouchet Émotion nationale, grands discours et effets de manches. Pour aboutir à quoi ? Est-ce que nous sommes mieux protégé-e-s aujourd’hui de cette violence haineuse ? Et puis aussi un certain 21 Avril, où un nombre impressionnant de Français, mes concitoyens, mes voisins ont dit OUI aux thèses du F-haine. Je sais, ces événements, je vous les livre en vrac, comme ils sont mélangés et imbriqués dans ma tête. Il en est un dernier, dont j’ai parlé dans le numéro précédent des FéesduLogis : l’intervention d’un député traitant les homo de nuisibles en pleine semaine de commémoration de la libération des camps d’extermination. On parle depuis peu de pénaliser les propos homophobes comme les propos racistes et antisémites. Mr le député Vanneste a-t-il été inquiété de quelque manière que ce soit ? Non. À ma connaissance, il est toujours député, siégeant au sein de cette assemblée où se décide encore une part de notre avenir. Et c’est, quelques jours après, que j’ai vu ce film parlant de la déportation homosexuelle pendant la période nazie. Je crois que c’est là que j’ai vraiment compris d’où venait cette angoisse sourde que je sentais de plus en plus présente en moi. Il est là l’événement clé de ma vie de lesbienne. La prise de conscience qui s’est faite par l’addition de ces événements et qui me fait penser aujourd’hui que je ne suis toujours pas une citoyenne comme les autres. Que je serai en première ligne si ces délires homophobes regagnent le terrain que nous leur avons pris. Que ma visibilité au quotidien peut devenir une mise en danger. Qu’il n’est pas simplement question de droit fiscal, d’assurance ou encore d’héritage, mais de quelque chose de beaucoup plus fondamental comme le droit d’exister, le droit d’être soi-même et de vivre en étant soi-même. En commençant ce texte, je pensais à 2 ou 3 événements En l’écrivant, je me rends compte qu’il y en a beaucoup plus Et je n’ai même pas parlé du remue-ménage occasionné par le mariage homo célébré par Mamère Un livre est sorti réunissant les lettres d’insultes et de haine que ce maire a reçu à la suite de cette célébration ; je n’ai pas voulu le lire. Je voudrais pouvoir encore dormir tranquille. Encore un peu. Sans cauchemar. |
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Mireille |
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