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Quinze ans, c'est l'âge de toutes les questions les plus tordues, c'est l'âge où la curiosité éveille les sens, nos yeux s'ouvrent sur un monde différent. Premiers coups de cafard, premières sorties dans les bars, premières véritables amourettes. Pi, c'est aussi l'âge où l'on fait attention aux regards qui nous suivent dans la rue et, étrangement, on ne se sent pas attirée par le gars là-bas aux allures de playboy, mais par la fille qui tient ses cheveux dans tous les sens, qui a un grain de beauté juste là - il a rien d'exceptionnel, mais c'est tellement mignon. Et puis, elle a quelque chose d'autre dans le regard, on est émoustillée, on pétille de l'intérieur, c'est un trouble, le trouble du désir lui même. On se sent effrayée, perdue, folle !!! On voudrait crier : « Au secours maman ! Je dois consulter quelqu'un je ne suis pas normale ! C'est indescriptible ce qui se passe en ce moment, ça m'effraie, je suis toute déboussolée. » Enfin bon, y a quand même le cousin machin qui a déclaré l'an dernier qu'il préférait les garçons et on en a pas fait toute une histoire, mis à part le grand père qui a frôlé la crise cardiaque... Mais dans un certain sens, quelque chose nous bloque, on ne peut affronter le regard des parents, assis dans le sofa, papa avec son café et son cigare et maman avec son "Voilà magasine" et son thé à la vermeille. Un certain sentiment de honte s'installe dans un premier temps. Il nous prend au coeur et nous remue les neurones. Le soir, on essaie de se dire tout haut : « J'aime les femmes » du fond de son lit, on remue les lèvres au départ, on tend l'oreille pour s'entendre, puis on le murmure et enfin, un jour, on le dit haut et fort. Ce jour où on a su se le dire a soi-même, tout change. Dans la rue, on regarde les gens et on se demande s'ils sont mariés ou autre ? On regarde une femme qui attend un taxi. Et si elle était lesbienne, elle ? On sourit pour rien, on veut crier à tue-tête qu'on est amoureuse de la fille que l'on a croisée deux mois auparavant, tout le monde le saurait, ça serait merveilleux. C'est à la fois une légèreté qui s'empare de notre âme, mais aussi un poids : celui d'avoir peur de marcher dans la rue en lui donnant la main parce que c'est aujourd'hui que la voisine fait son marché et que c'est la bonne copine de maman (elles boivent le thé ensemble). Mais tant que l'on aura pas tout dit, il y aura un blocage. Jusqu'au jour où on décide de vivre tel qu'on l'entend, celui où on arrive toute tremblante devant les parents, les yeux fixés sur nos pieds qui semblent beaucoup plus intéressants que d'habitude et surtout très pratiques pour ne pas avoir à affronter les regards interrogateurs. Cet instant où on murmure LA phrase qu'on a préparée depuis des jours et qu'on espère bien ne pas avoir besoin de répéter. Je l'aime ma petite miss pleine de sourires et je veux être heureuse comme les autres. Ainsi, on vit jour après jour, mois après mois [blablabla] et on s'aime ! C'est magique parce que jamais on aurait imaginé qu'on aimerait cette fille ! Et tout en murmurant notre chanson fétiche avec un sourire béat au coin des lèvres, on s'imagine déjà en train de décorer notre futur appart main dans la main, en train de faire de la bicyclette par la fenêtre et de fracasser les volets bleus pour siphonner l'essence du ciel ? |