Invisibilité ?


Souvent, on dit que les lesbiennes souffrent d'invisibilité. Par là on entend qu'il y a peu de lesbiennes, célèbres ou non, qui sont visibles, repérables par les hétérosexuels, par la société. Mais il n'y a pas que cette invisibilité là .

Quand j'étais adolescente et que j'ai commencé à réaliser que j'étais lesbienne (enfin que j'aimais les filles, je n'employais même pas le mot lesbienne à l'époque), j'ai commencé à guetter désespérément une autre comme moi. Pas pour faire des cochonneries (encore que...), non, juste pour trouver quelqu'un à qui en parler. Mais je n'en voyais aucune.

Il faut dire que j'attendais plutôt une fille comme moi. Une fille à cheveux courts, toujours en pantalon, sans maquillage... Une butch, quoi. Une lesbienne repérable par n'importe qui, quoi. Bon j'ai des excuses : j'ai été élevée par mes parents, pas spécialistes de la question, et la télé. Et je n'en ai pas vu. Pourtant j'ai cherché ! Une partie du collège et tout le lycée que j'ai cherché !! Après j'ai laissé tomber. Je me suis dit que le seul moyen de rencontrer des lesbiennes, c'était d'aller dans des endroits pour lesbiennes parce que, le reste du temps, elles devaient se planquer, c'etait pas possible autrement.

Et puis, après moultes hésitations et tatonnements, j'ai fini par en trouver, des nids de lesbiennes. Et là, surprise, j'ai réalisé qu'elles ne me ressemblaient pas toutes. Toutes les lesbiennes ne ressemblaient pas à Josiane Balasko dans Gazon Maudit !!

Et le pire, c'est que paradoxalement, plus je me rendais compte que n'importe quelle femme dans la rue pouvait être en fait une lesbienne, plus je repérais mes consoeurs facilement. J'avais développé mon gaydar. Par pure osmose, je pense.

Oh je vous entends ! "Tout cela est magnifiquement décrit et assez émouvant, mais où veut-elle en venir ?". Pas très loin en fait. C'est juste que ces derniers temps, je me suis rendue compte que durant mes années de lycée, j'étais entourée de lesbiennes et de bies. Il parait même qu'il y en avait déjà au collège et que je n'avais rien vu. Et, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça me remue.

Peut-être que que j'étais particulièrement aveugle. Mais en même temps, le contraire eût été étonnant.

Bref, je regrette que mon gaydar ait été inexistant alors que j'en avais tant besoin et qu'il soit si affuté aujourd'hui, alors qu'il ne me sert qu'à rigoler quand je croise l'autre lesbienne de mon immeuble de bureaux ou quand la jeune butch qui vient chercher nos chronoposts me fait un sourire radieux. Et je me dis que c'est bien con.