Un dimanche


Y a des jours où on ferait mieux de rester couchée. Ce matin par exemple, je me lève et je la bouscule et mince, je la réveille (je sais, comme d'habitude).
"(Grogn-grogn-grogn) T'es pas obligée de marcher sur la pointe des pieds, je dors pas. Peut-être que si t'arrêtais de crier après les monstres suceurs de cerveaux toute la nuit, je dormirais mieux."

Super ! Ça commence bien ! Déjà j'ai passé la nuit à me battre avec des monstres pleins de tentacules visqueux qui me couraient après en faisant "grouik grouik" pour pomper mon cerveau et prendre le contrôle de mon corps, mais v'là t'y pas qu'en plus je me fais engueuler dès le matin.

Enfin bref, donc je me lève, je la bouscule, je la réveille (comme d'habitude). Je file à la salle de bain me passer la tête sous l'eau, je me regarde dans la glace. Pétard ! A ma tête, on dirait que des monstres ont VRAIMENT bouffé mon cerveau. Je descends à la cuisine, en manquant de me casser la figure parce que ce c** de chat dort ENCORE dans l'escalier, j'ouvre les volets, forcément, il pleut. Je passe sur les détails des préparatifs du petit-déjeuner. Là, je me dis : "Si je faisais un truc sympa pour une fois et que je préparais un jus d'orange ?"
Après avoir failli trois fois tomber de la chaise sur laquelle j'ai dû grimper afin d'atteindre le robot, avoir passé trois heures à essayer de trouver le plan de montage en français et à le comprendre, je lance la machine et là j'entends un hurlement :
"NOOOOOOOOOOOOOON ! J'avais enfin réussi à me rendormir !!!"

Quand je vous dis que ça partait mal. Je laisse tomber le jus d'orange, je me fais un thé et je remonte allumer mon PC, bien décidée à faire une journée de travail intensive. Première étape, regarder mes mails. Tiens, j'ai un mail des fées, génial ! Heu... ça c'est vrai un jour normal... mais forcément aujourd'hui : "Bon, les filles, je veux pas faire ma cheffe, mais on est le 13 et la deadline, c'était le 10..."

Mince, j'ai encore rien fait ce mois-ci. Tu me diras, ça change pas de d'habitude, de toute manière, je sais pas écrire et puis j'ai rien à dire (la preuve en est que ça fait 5mn que vous vous enquiquinez à lire le détail de mon réveil super haletant). J'ai beau me creuser la tête, rien n'y fait. En fait, en y réfléchissant bien, si je m'en réfère au texte de Mimi et Mylène du mois dernier, je dois être romantique. Je n'écris que quand je me vautre dans mon malheur, genre : "bouh reviens chérie, sans toi je dépéris, telle la rose qui fane si on ne l'arrose..." Vous voyez le genre ?

Ca, qu'est-ce que j'ai pu écrire quand j'étais adolescente et que personne ne m'aimait. De longs poèmes d'amour à vous tirer les larmes de rire. Forcément, qui allait s'intéresser à une boutonneuse en jupe plissée et serre-tête assorti qui passe son temps à bouquiner ? Et puis de toute façon, ce que j'adorais, c'était consoler mes camarades de classe qui pleuraient sur leurs amours perdues. Ca me faisait une bonne raison pour les peloter !

Enfin bref, tout ça pour dire que l'écriture, c'est pas mon truc, alors les fées vont devoir comme d'habitude (ça me poursuit) se débrouiller sans moi.
Pétard, évidemment pendant ce temps, j'ai oublié mon thé et il est froid. Et je re-descends.

Ah oui, faut que je vous explique un truc d'abord. J'ai des chaussons qui datent de Mathusalem. Total, la semelle part en lambeaux et ils font un peu coin-coin, si vous voyez ce que je veux dire. J'en avais commandé à mes Parents-Noël, mais comme d'habitude (encore), on peut pas compter sur eux et j'ai eu... un dinosaure en plastique vert transparent avec des poils pour nettoyer les claviers de PC.

Donc, je descends les escaliers avec mon thé sur la pointe de mes chaussons qui font coin-coin, et vous imaginez bien la suite, je marche sur la semelle, rouler-bouler dans les escaliers, du thé partout sur la moquette, hurlements dans la chambre :
"Mais qu'est-ce t'as encore fichu ? Tu peux pas faire attention, non ?"
"Merci, ça va, hein, je me suis pas fait mal !"
(Grogn-grogn-grogn)

Sur ce, le téléphone qui sonne. Je sors de la cuisine en courant pour répondre avant que ça réveille quelqu'un (suivez mon regard) et vlan ! J'avais oublié le buffet au milieu du couloir. Je me le prends direct dans la hanche, je vous dis pas le bleu, je pourrai plus jamais être danseuse nue (Bon, d'accord, ça m'arrange, et alors ?).
"Tu veux pas répondre ? Je voudrais dormir moi !"
"Oui, j'y vais, j'y vais"

J'arrive en claudiquant jusqu'au téléphone, forcément, c'est ma mère ! (Je vous avais dit que j'aurais mieux fait de rester couchée).
"Oui, maman. Non, maman, vous ne me réveillez pas. Si je vais bien ? Oh, oui, oui, j'ai du thé partout, une cheville foulée, un bleu à la hanche, mais tout va bien, maman, ne vous inquiétez pas. Si je me sers de mon dino ? Ah oui, beaucoup et puis en fait, j'avais pas vraiment besoin de chaussons. Quand est-ce qu'on vient vous voir ? Ah ben, heu, j'ai du travail là, je vous rappelle, hein. Oui, au revoir, vous aussi, maman."
"Je suis sûre que c'était ta mère ! Y a qu'elle pour téléphoner à cette heure un dimanche !"
(Grogn-grogn-grogn)

Je remonte les escaliers, me remets devant mon PC. Toujours ce mail des fées. Bon. Je sais. Puisqu'elles veulent que j'écrive, je vais écrire, mais comme j'ai rien à dire, elles vont se taper le début de ma super journée.

Et voilà comment vous vous êtes retrouvées à lire le détail d'un dimanche matin passionnant dans la vie d'un couple de lesbiennes équilibrées.

Ah, un rayon de soleil. J'écarte les rideaux. Les roses du jardin ont fleuri... Tiens, ça me donne une idée ça. Je crois que je vais vous laisser. Il est déjà 11 heures et je suis sûre qu'il y en a une qui serait ravie d'un petit-déjeuner au lit avec une jolie rose du jardin.