Voici quelques jours, j'abordais le chapitre de transmission de la vie chez l'Homme
avec mes élèves. Je présente les organes génitaux masculins et féminins. Je leur indique la
position du clitoris et là une élève dit tout fort : "Encore faut-il en avoir un !".
Elle est noire.
A-t-elle été excisée comme les deux millions d'autres fillettes qui subissent cette
atroce ablation du clitoris, chaque année ?
Depuis plus de vingt ans, des milliers d'Africaines se battent pour abolir cette coutume
ancestrale et barbare. Mais les coutumes ont la vie dure... contrairement à ces adolescentes
qui meurent suite à des complications post-excisions. Dans ma plus tendre enfance, ma mère
m'avait parlé de ces petites filles qui se faisaient mutiler par des femmes. J'avais alors
compris et senti, au fond de mon être, l'horreur. Mais j'étais bien loin de la réalité.
L'excision. Une mutilation pratiquée sans anesthésie et avec des instruments non
stérilisés (couteaux, bouts de verre, lames de rasoirs). Selon la coutume, la jeune femme
n'a le droit ni de crier ni de pleurer, sous peine de couvrir de honte ses parents... Une fois
cette horreur commise, la jeune fille doit passer sous des lances croisées : elle est ainsi
symboliquement admise à la dignité de femme !
Elle aura le droit de se retirer à l'écart une fois qu'elle aura reçu de nombreux cadeaux. Si
elle survit, elle verra que son sexe a radicalement changé d'aspect : plus de clitoris, plus de
grandes ni de petites lèvres. Oh ! Ce n'est pas que l'exciseuse a spécialement pris son travail
à cœur, non. Le corps a simplement réagit à la mutilation et le sexe forme un gros bourrelet
cicatriciel énorme. La vulve n'est plus. De graves complications se déclarent souvent : de
l'infection rendant la fille stérile à la perte de l'usage de ses jambes.
Des pères pensent que l'excision consiste simplement à enlever un petit bout de peau.
Comment leur faire comprendre que le clitoris s'apparente plus au pénis qu'à un prépuce ????
Certains groupes ethniques pensent que le clitoris pourrait empoisonner l'enfant au moment de
l'accouchement, retenir le sexe de l'homme prisonnier ou bien empêcher le rapport sexuel.
D'autres estiment que l'excision est d'abord un acte symbolique, comme en Mauritanie, au
Sénégal ou au Mali, où la femme accède ainsi au droit à la prière car elle a été purifiée.
Une femme excisée est considérée comme une vraie femme, les autres sont dénigrées.
Pour de nombreuses éthnies, l'excision correspond et a correspondu au passage de
l'enfance à l'âge adulte. Dans ces cas-là, comment explique-t-on les excisions sur des bébés
de moins d'un an ??? Certains diront que c'est un moyen de contrôler la sexualité des femmes.
C'est sûr, en cousant presqu'entièrement l'orifice vaginal (infibulation), en enlevant le
clitoris et les petites lèvres, les organes génitaux sont pratiquement insensibilisés : les
parents pourront être fiers de présenter leur œuvre avec le certificat "100% pure vierge".
Moi, je décerne le certificat 100% bourreaux aux exciseurs, exciseuses, parents et amis
qui continuent, malgré les campagnes d'informations et de lutte, à mutiler ces filles, leurs
filles, adolescentes ou bébés. Le GAMS (Groupe de femmes pour l'Abolition des Mutilations
Sexuelles), l'UNICEF,... informent les populations. En Europe, en Australie ou aux Etats-Unis,
des filles ont ainsi pu être sauvées de la mutilation. Mais la tradition a la peau dure.
Egypte, Soudan, Ethiopie, Somalie, Erythrée, Mali, Gambie : 80 à 99 % de femmes excisées.
Tchad, République Centrafricaine, Kenya, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Burkina,
Bénin, Libéria : 40 à 60 % de femmes excisées.
Mauritanie, Sénégal, Ghana, Niger, Nigeria, Cameroun : 20 à 40 % de femmes excisées.
Togo, République Démocratique du Congo, Ouganda, Tanzanie : 5 à 20 % de femmes excisées.
L'Asie n'est pas à la traine avec l'Indonésie, le Pakistan et l'Inde.
Elles sont plus de 130 millions dans le monde.