Qu’est-ce que la tolérance ? Que doit-on accepter et que doit-on refuser
par tolérance ? Jusqu’où va ma tolérance face à ce que je juge intolérable ?
Autant de questions qui se sont (une fois encore) posées à moi suite à
l’exclusion d’une amie d’un lieu féministe lesbien non mixte (l’amie en
question n’était pas une femme, selon les critères des responsables du
lieu).
Si l’on admet que des lieux peuvent être strictement féminins, pourquoi s’émouvoir
que certains lieux restent strictement masculins, où ne soient destinées qu’à
une certaine catégorie de femmes ?
Il y a pour moi une nuance à vouloir exclure d’un groupe certaines personnes
ou catégories de personne pour la raison qu’elles sont différentes des
personnes qui composent le groupe initial et seulement pour cette raison-là et
exclure ces mêmes personnes parce que l’objet ou l’objectif du groupe, ne
peut, de fait, les concerner. Le fait qu'un club soit un club de foot ou de
fumeurs de cigares ne justifie en rien une éventuelle non-mixité...
Mais prenons quelques cas pratiques :
Par exemple, si des lesbiennes décident de créer une association lesbienne :
pourquoi y envisager la possibilité d’inclure un homme ? Ce serait
non-sens…
Mais une femme hétérosexuelle a-t-elle légitimité à faire partie
d’une telle association ?
Si on considère que seules les lesbiennes se définissant comme telles peuvent
y entrer et que la femme « hétérosexuelle » (appelons-là femme A)
se dit lesbienne. Considérons également qu’une femme de l’association
lesbienne (femme B) sait pertinemment que cette femme
A est mariée, heureuse et
sans attirance connue pour les femmes. Dans cette situation, la femme B
doit-elle signaler aux autres femmes de l’association que la femme A
n’est
pas ce qu’elle prétend être, c’est à dire un élément légitime de
l’association lesbienne suscitée ? Comment la femme B
peut être
absolument certaine qu’elle sait ce qu’est la femme A puisqu’elle n’est
pas la femme A elle-même et qu’elle ne peut donc pas connaître la femme
A
dans sa totalité ? Peut-elle jurer que la femme A est certes apparemment
heureuse d’être mariée à un homme, mais secrètement et depuis la veille,
violemment éprise de sa collègue de bureau (rions un peu et appelons-là la femme
C) ?
Elle ne le peut pas. La femme B ne peut donc pas demander l’exclusion de la
femme A.
Prenons un autre cas de figure. Imaginons une association féministe désirant
lutter contre le sexisme, l’homophobie et plein d’autres sectarismes très
laids, notamment par la diffusion de textes militants. Considérons que bien
souvent, ce sont principalement des femmes qui s’intéressent au sujet et que
donc, l’association (appelons-là association Féesdulogis, pour voir…) est
principalement constituée de femmes. Admettons qu’un homme désire fortement
donner sa vision du sexisme et apporter sa pierre à l’édifice d’une société
où femmes et homme auraient réellement les mêmes droits, devoirs, possibilités,
etc. Admettons encore que les adhérentes n’aient
pas manifesté de désir particulier de construire ces luttes dans un contexte
strictement féminin (pour des raisons qui leur sont propres et que nous
pourrons néanmoins développer ultérieurement si vous n’avez pas trop mal à
la tête).
Doit-on refuser la carte d’adhérent de cet homme (homme X) sous le prétexte
qu’il ne peut, par essence, être sensibilisé au féminisme et consort ?
Les femmes du groupe peuvent bien sûr accepter que cet homme, en signe
d’expiation de son état d’homme peut-être, signe un chèque de soutien.
Sauf bien sûr si elles estiment alors que l’homme X reproduit le schéma
sexiste et patriarcal de l’homme qui paît les femmes pour faire ce que lui-même
est trop feignant pour faire, ou encore le vieux schéma haï du « chef de
foyer » subvenant aux besoins des femmes qui lui sont subordonnées. Mais !
Ces femmes, qui ne sont pas cet homme, peuvent-elles réellement savoir ce
qu’a vécu cet homme X, ce qu’il pense, ce qu’il ressent ?
Non. Elles ne peuvent affirmer en leur âme et conscience que cette homme X ne
peut être féministe, car elles sont trop intelligentes pour plaquer sur un
individu vivant des principes issus de réflexions théoriques appuyées
uniquement sur des données généralistes et connotées tant socialement que
culturellement et temporellement.
Elles ne peuvent donc interdire à cet homme
d’adhérer à l’association.
Compliquons encore avec l’exemple suivant : Une association lesbienne féministe,
désirant lutter activement dans une logique féminine et strictement féminine.
Admettons que cette association voit un jour arriver dans ses murs une personne
(personne I) se présentant en tant que femme, mais que l’une des adhérente
de l’association (pour simplifier, appelons-là association
E) reconnaisse
cette personne comme ayant un passé de transsexuelle. Considérons que I se présente
dans les lieux en tant que femme lesbienne.
Qui peut dire à I qu’elle ne peut pénétrer dans ce lieu lesbien féministe ?
Qui peut le dire à part I ? Qui connaît si bien la nature humaine
qu’elle ou il peut en conscience dire qui est I, A,
B, C,
X, Y ou Z ?
Qui peut manquer d’humanité pour dire sans rougir à quelqu’un « tu
n’es pas ce que tu prétends être et tu ne peux l’être, par nature » ?
Qui peut remettre en question une démarche active, une volonté de s’inscrire
dans une lutte, une existence ?
Pas moi. Pas vous.
Conclusion :
Si une personne inattendue se présente pour faire partie d’un groupe,
manifeste la volonté de participer à la dynamique du groupe sans l’entraver,
ni la ridiculiser, pour quelles raisons exclure cette personne ? Si la présence
de cette personne inattendue provoque des interrogations, des doutes, des
remises en question, pourquoi s’en défendre ? Si un être humain dit être
un être humain (avec tout ce que cela comprend) et que cela remet en cause MA définition
de l’être humain, que dois-je faire ? Décréter que cet être-là ne
peut être un être humain ou remettre en question MA définition de l’être
humain ?
Frédérique. Être humain
de 53 kilos 400g. Prouvez le contraire.