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Le foot, sport de gonzesses… Le 10 juillet 1999,
l’équipe américaine de foot a remporté la Coupe de Monde. Non, c’est pas une
blague, c’était la troisième Coupe du Monde féminine, la première organisée
aux Etats-Unis. La finale s’est déroulée au Rose Bowl, un stade plein
d’Histoire… mais plutôt dans le domaine du football américain, pas du soccer.
Toujours est-il que pas un siège n’était vide : 90,185 personnes ont assisté
au match sous le soleil de plomb californien. Aucun évènement sportif féminin
n’avait jamais déplacé autant de monde, un vrai jour de gloire pour les
femmes dans le sport et pour le foot aux Etats-Unis. Aujourd’hui, près de
deux ans après, maintenant que la victoire est bien digérée, quelles sont les
perspectives dans l’univers du foot féminin américain ? La WUSA (Women's
United Soccer Association), une ligue professionnelle de football féminin, a
vu le jour et le premier coup de sifflet est pour le 14 avril à Washington,
DC, en direct sur la chaîne de télévision TNT. La plupart des championnes du
monde ont, bien entendu, soutenu l’initiative et répondu présentes pour
lancer cette nouvelle ligue. Entre autres, la star Mia Hamm jouera pour les
Washington Freedom, l’expansive Brandi Chastain a été allouée aux Bay Area
CyberRays, La capitaine américaine Julie Foudy a rejoint les San Diego
Spirit, la sauveuse Kristin Lilly sera à Boston et la buteuse Tiffeny
Milbrett à New York. La ligue a également signé plus d’une vingtaine de stars
internationales (en provenance de Chine, Allemagne, Norvège, Brésil…). Huit
équipes ont ainsi été formées et s’affronteront à partir du Printemps 2001. Tous les ingrédients
sont là pour que la sauce prenne : les stars et le talent, les fans et la
notoriété, les sponsors et l’audimat. La plupart des ballons d’or de ces
dernières années et la meilleure buteuse de tous les temps seront sur le
terrain (enfin… pas toutes sur le même). 90 milliers de personnes se sont
déplacés pour suivre la finale de la Coupe du Monde, et 40 millions de plus
ont regardé le match à la télévision. Après leur victoire, les championnes du
Monde ont également fait la couverture de Newsweek, Time, Sports Illustrated
et People dans la même semaine. Sports Illustrated les a désignées Sportives
de l’année 1999. Comcast Corp., Discovery Communications, Time Warner Cable,
ont déjà rejoint le groupe d’investisseurs qui supportera financièrement le
lancement de la nouvelle ligue. Les chaînes de télévision TNT et CNNSI se
sont engagées à retransmettre une vingtaine de matches (pour 21 journées). Pourtant, le football
féminin est-il capable de s’imposer de facon durable comme un sport à
spectacle? L’idée est plutôt
excitante, mais c’est aussi un énorme challenge pour le football féminin. La
WUSA espère faire au moins aussi bien que la WNBA (ligue pro féminine de
basket-ball), la meilleure référence en terme de ligue professionnelle
féminine. Le point de départ est différent pourtant. La WNBA était soutenue
par la NBA en personne, c’est à dire l’une des plus grandes puissances
marketing dans le sport, alors que la WUSA ne bénéficie pas d’un tel grand
frère. Le MLS (la ligue masculine de soccer aux Etats-Unis) n’a pas tellement
plus d’expérience que la WUSA et est loin d’être un exemple de "success
story" : Née après que les Etats-Unis aient accueilli la Coupe du Monde
masculine en 1994, la ligue rencontre maintenant de sérieux problèmes, a du
mal à remplir ses stades et à aligner des équipes de qualité. Résultat, les
vrais amateurs préfèrent suivre les retransmissions de matchs européens ou
sud-américains et l’audimat MLS s’effondre. Et puis, les Etats
Unis ont déjà tellement de monstres en termes de ligues sportives, que cela
laisse peu de marge de manœuvre pour les petits nouveaux. Si les footeuses
veulent réussir, il leur faudra sûrement s’imposer comme une alternative
féminine au football masculin (dans le sens de football américain). Dans les
lycées et universités, le "football" est en effet un des seuls
sports d’hommes qui n’a pas d’équivalent féminin Tous les autres sports
populaires sont mixtes : basket-ball, volley-ball, tennis, base-ball /
soft-ball… Mais le football américain, le plus grand sport à spectacle aux
Etats Unis, est unisexe. L’existence même du football américain est
d’ailleurs probablement une des raisons pour laquelle le soccer masculin n’a
jamais vraiment conquis le cœur des américains. Mia Hamm a dû
surpasser sa nature timide pour promouvoir ce projet et le soccer en général
aux Etats Unis et elle avoue que son métier a très souvent prit des allures
de représentante de commerce. "Si vous allez en Angleterre, vous n’avez
pas besoin de vendre le sport, mais ici, même du coté des hommes, on est
toujours en train d’essayer de vendre l’idée". Hamm a confiance en
l’avenir du foot féminin et le devenir de la WUSA : "The talent level is
out there". Elle estime que le réservoir de joueuses est énorme et que
cela devrait permettre à cette ligue de générer une compétition de très haut
niveau. April Heinrichs, nouvelle sélectionneuse de l’équipe nationale
américaine, explique que la WUSA devrait voir émerger de nouveaux talents et
donner la chance aux teen-agers américaines de voir leurs héroïnes en direct
à la télévision plus d’une fois par an. L’optimisme est bien
là, mais il y a encore du travail. Ces mêmes teen-agers continueront toujours
à shooter dans un ballon, mais les footballeuses de haut niveau ont une
occasion rare et unique de devenir professionnelles et passer à la vitesse
supérieure. Si l’aventure est une réussite, et comme les Etats Unis ont
parfois joué le rôle de précurseur au niveau international, on peut alors
espérer que cela donnera quelques idées au reste du monde, et, de façon
ironique, montrer de nouveaux horizons au sport le plus populaire sur la
planète… excepté dans le Nouveau Monde. |