Ces derniers mois à la Barbare sont apparus des discours négatifs concernant
la présence de femmes d'origine transsexuelle au sein du mouvement féministe
et/ou lesbien. Nous tenons à réagir sur ce point de vue qui ne nous paraît
pas très clair en resituant cette question d'un point de vue politique.
D'abord nous partons du constat que la société hétéropatriarcale utilise les
différences de sexes biologiques pour construire deux genres sociaux bien
distincts, et que c'est cela qui lui permet d'imposer une domination des hommes
sur les femmes. En dehors de cette oppression sociale, le sexe biologique n'a
pas de sens précis en soi, et une multitude de genres peuvent coexister.
Par conséquent, si les transsexuelles ont choisi de réaliser la concordance
entre le genre social dans lequel elles se reconnaissent et leur sexe
biologique, on ne peut pas dire qu'elles utilisent l'image des
femmes tout en conservant les avantages du statut masculin. Au contraire, de
fait, la pression sociale les oblige à y renoncer, de même que pour toutes les
autres femmes.
De plus, n'oublions pas que le changement de sexe est aujourd'hui encore un
processus très long et très éprouvant aussi bien physiquement que
psychologiquement. Un suivi psychiatrique est imposé par la loi, au cours
duquel les futures transsexuelles doivent obligatoirement faire preuve d'une féminité
normative, cacher si c'est le cas leur désir de devenir aussi lesbienne, et se
conformer, en outre, à l'image d'une personne affectée de pathologie mentale.
A l'issue de cette procédure leur appartenance au genre social féminin tel
qu'il est imposé ne peut être remise en cause légalement, et encore moins
humainement sous prétexte qu'elles n'en auraient pas vécu le conditionnement
préalable.
Par ailleurs, choisir de devenir une femme et choisir d'être lesbienne sont
deux choses bien distinctes mais non pas contradictoires. Les femmes d'origine
transsexuelle ont le choix de leur sexualité au même titre que les autres sans
qu'aucune méfiance obscure ne soit politiquement justifiée.
Enfin, si ces personnes ne pouvaient pas supporter le rôle dominant des hommes
lorsqu'elles en étaient, de même elles n'acceptent pas toujours le rôle de
dominées dévolu aux femmes lorsqu'elles le deviennent. Et dans ce cas la légitimité
de leur présence au sein du mouvement féministe et/ou lesbien ne peut être
mise en doute.
Pour finir, rappelons que par ce qu'elles changent de sexe, les transsexuelles
transgressent de fait les limites sociales du genre, ce qui est justement
l'objet de la problématique féministe telle que nous
la concevons. En effet, comment désamorcer l'oppression hétéropatriarcale
sinon en passant par la déconstruction des genres assignés à chaque sexe
biologique ?
Pour toutes ces raisons, dénigrer, invisibiliser, ou exclure les femmes
d'origine transsexuelle du mouvement féministe et/ou lesbien est sans fondement
politique. Ce serait aller dans le sens d'une analyse essentialiste des rapports
de sexe, et donc conférer un caractère immuable à la construction sociale des
genres, ce qui est contraire à notre conception du féminisme radical .
Texte écrit par le défunt
Collectif Féministe de Lyon